mardi 11 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2207344 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | BRET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés le 28 septembre 2022, le 13 janvier 2025 et le 23 janvier 2025, ainsi qu'un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés le 5 octobre 2023 et le 24 janvier 2025, non communiqués, Mme C B, représentée par la Selarl Corpea Avocats (Me Bret), demande au tribunal :
1°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales à lui verser la somme totale de 185 612,48 euros au titre de la réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis, dans les suites de l'infection nosocomiale qu'elle estime avoir développée lors de sa prise en charge aux Hospices civils de Lyon ;
2°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales à lui verser la somme de 4 200 euros au titre des dépens ;
3°) de mettre à la charge de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les conditions pour bénéficier d'une indemnisation par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) au titre de la solidarité nationale, sur le fondement des dispositions du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, sont remplies, dès lors qu'elle a été victime d'une infection nosocomiale lors de son séjour hospitalier aux Hospices civils de Lyon, à la suite de son opération chirurgicale de prothèse de hanche du 9 octobre 2018, lui ayant causé des dommages aboutissant à un taux d'atteinte permanente à son intégrité physique et psychique supérieur à 25% ;
- elle a subi, du fait de cette infection nosocomiale, plusieurs préjudices, dont elle demande la réparation suivante :
* préjudices patrimoniaux : dépenses de santé actuelles : 4 176,23 euros ; frais divers : 3 543,69 euros ; dépenses de santé futures : 1 385,93 euros ; frais de véhicule adapté : 2 929,04 euros ; frais de logement adapté : 10 064,03 euros ; frais d'assistance par une tierce personne : 20 740,68 euros pour la période du 18 février 2020 au 30 avril 2022 et 63 772,88 euros au titre de la capitalisation future à partir de juillet 2022 ;
* préjudices extra-patrimoniaux : déficit fonctionnel temporaire total avant consolidation : 11 500 euros ; souffrances endurées : 25 000 euros ; préjudice esthétique temporaire : 2 000 euros ; préjudice esthétique permanent : 3 500 euros ; déficit fonctionnel permanent : 32 000 euros ; préjudice d'agrément : 5 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 3 juillet 2023 et le 14 janvier 2025, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, représentés par la SCP UGGC Avocats (Me Welsch), conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conditions ouvrant droit à l'engagement de la solidarité nationale ne sont pas réunies car l'infection subie par Mme B a été causée par sa chute au sein du service, ayant conduit à l'ouverture traumatique de la cicatrice de son opération de prothèse du genou, et ne constitue ainsi pas une infection nosocomiale ; en tout état de cause, son taux de déficit fonctionnel permanent n'est pas supérieur à 25% ;
- il n'y a pas lieu de faire droit à la demande d'indemnisation des dépenses de santé actuelles de la requérante, qui n'ont pas été retenues par le rapport d'expertise, et dès lors que son séjour en EHPAD résulte d'un choix propre de la patiente ;
- il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de remboursement de ses frais de télévision pendant son hospitalisation, qui ne sont pas directement liés à son infection nosocomiale ;
- il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de remboursement de ses frais d'assistance par un médecin conseil, en l'absence de justification d'une absence de prise en charge par son assurance ;
- il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de remboursement de ses frais d'assurance de son véhicule, qui auraient nécessairement été engagés en l'absence de toute infection puisque son contrat était déjà en cours en 2018 ;
- il n'y a pas lieu de faire droit à la demande d'indemnisation de son préjudice d'agrément, de ses frais d'entretien de son jardin, à titre temporaire comme à titre permanent, ainsi que concernant ses dépenses de santé futures, ses frais de véhicule adapté et de ses frais d'installation d'un système de téléalarme, qui n'ont pas été retenus par l'expert et ne sont pas imputables à l'infection qu'elle a développée ;
- il convient de réduire à de plus justes proportions les montants d'indemnisation de ses préjudices d'assistance par une tierce personne, de ses souffrances endurées, de son déficit fonctionnel permanent et de son préjudice esthétique permanent, ainsi que les périodes de déficits fonctionnels temporaires.
La procédure a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône, qui n'a produit aucune observation.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Le Roux, conseillère ;
- les conclusions de M. Borges Pinto, rapporteur public ;
- et les observations de Me Durand, substituant Me Bret, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, née le 12 janvier 1930, souffrait de gonalgies importantes. Le 9 octobre 2018, elle a subi une intervention chirurgicale d'implantation d'une prothèse totale de son genou gauche à l'hôpital Edouard Herriot, dépendant des Hospices civils de Lyon. Dans la nuit du 12 au 13 octobre 2018, alors qu'elle était hospitalisée, avec la mise en place d'une attelle, au sein du service de gériatrie de cet établissement, elle a fait une première chute, qui a entraîné la rupture de son tendon rotulien et a nécessité la réalisation d'une reprise chirurgicale le 23 octobre 2018. Le 29 novembre 2018, elle a fait une seconde chute au sein du même service, à l'origine d'une réouverture de la plaie issue de sa chirurgie de prothèse du genou gauche, avec exposition du cadrage métallique de cette prothèse et de sa rotule, nécessitant un lavage de l'articulation de son genou gauche. Une nouvelle reprise de sa cicatrice avec lavage de sa plaie a été réalisée le 6 décembre 2018. Au regard de la persistance de sa désunion cicatricielle et de l'apparition d'un écoulement purulent au niveau du site opératoire, des antibiotiques ont été prescrits à Mme B et une chirurgie d'ablation de sa prothèse de genou gauche a été réalisée le 12 février 2019. Les prélèvements effectués en per-opératoire se sont révélés positifs à trois germes (staphylocoque aureus, klebsiella pneumaniae et corynebacterie striatum). A compter du 18 février 2019, Mme B a été suivie en centre de rééducation, mais, en l'absence d'amélioration de son état de santé, elle a fini par subir, le 19 décembre 2019, une chirurgie d'arthrodèse sur son genou gauche.
2. Le 30 juillet 2020, Mme B a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux Rhône-Alpes, qui a confié la réalisation d'une expertise aux docteurs Arich et Asencio, lesquels ont déposé leur rapport le 7 décembre 2020. La commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales a rendu un avis le 7 avril 2021, indiquant que la responsabilité des Hospices civils de Lyon devait être écartée et qu'aucun accident médical, aucune affection iatrogène ni aucune infection nosocomiale n'était susceptible d'être indemnisés par la solidarité nationale. Le 7 juin 2021, Mme B a introduit un recours en référé expertise devant le tribunal administratif de Lyon, et une expertise a été ordonnée par le juge des référés le 19 octobre 2021. L'expert désigné, le docteur A, a déposé son rapport définitif au greffe du tribunal le 17 mars 2022. Par un courrier reçu le 28 juillet 2022, Mme B a adressé une demande indemnitaire à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) en raison de l'infection nosocomiale qu'elle estime avoir subie lors son hospitalisation au sein des Hospices civils de Lyon à compter du 9 octobre 2018. Par une décision du 1er août 2022, l'ONIAM a refusé de faire droit à sa demande. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal de condamner l'ONIAM à lui verser des indemnités d'un montant total de 185 612,48 euros, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de son infection nosocomiale.
Sur l'engagement de la responsabilité de l'ONIAM au titre de la solidarité nationale :
3. Aux termes du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. (). ". Aux termes de l'article L. 1142-1-1 du même code : " Sans préjudice des dispositions du septième alinéa de l'article L. 1142-17, ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale : / 1° Les dommages résultant d'infections nosocomiales dans les établissements, services ou organismes mentionnés au premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 correspondant à un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 25 % déterminé par référence au barème mentionné au II du même article, ainsi que les décès provoqués par ces infections nosocomiales (). ". Doit être regardée, au sens de ces dispositions, comme présentant un caractère nosocomial une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.
4. D'une part, il est constant que, avant son admission à l'Hôpital Edouard Herriot, le 9 octobre 2018, Mme B ne présentait aucune infection, même en incubation, et que le prélèvement bactériologique réalisé le 12 février 2019 à l'endroit de la cicatrice résultant de son opération de prothèse de genou gauche, a révélé la présence d'une double infection staphylococcique méti S et méti R, ainsi qu'une infection avec un corine bactérium striatum et la présence de bacilles gram (la klebsiella pneumoniae). S'il résulte du rapport d'expertise rendu le 17 mars 2022, que le docteur A et le médecin infectiologue ayant été désigné comme sapiteur admettent une incertitude concernant la date exacte du point de départ de l'infection développée par Mme B, ils la situent toutefois nécessairement entre la seconde chute de Mme B au sein du service de gériatrie de l'hôpital Edouard Herriot, le 29 novembre 2018, ayant entraîné l'ouverture de sa plaie issue de l'intervention du 9 octobre 2018, et le prélèvement bactériologique réalisé le 12 février 2019, en incluant la possibilité qu'elle ait contracté cette infection lors de la reprise de sa cicatrice au bloc opératoire le 6 décembre 2018, à la suite de laquelle un écoulement purulent est rapidement apparu depuis cette plaie restant désunie, et des antibiotiques lui ont été prescrits. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient l'ONIAM en défense, en l'absence d'exclusion de l'origine hospitalière des germes contractés par la patiente, la seule circonstance qu'il ne soit pas exclu que la seconde chute de Mme B ait permis une colonisation de sa plaie par des germes " de dehors en dedans ", ne saurait suffire à constituer une cause étrangère excluant toute caractérisation d'une infection nosocomiale. En outre, il résulte du rapport d'expertise du 7 décembre 2020, que les experts devant la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux Rhône-Alpes expliquent la présence de tels germes au niveau de la cicatrice de Mme B par ses séjours presque exclusivement hospitaliers depuis le mois d'octobre 2018. Par conséquent, dès lors qu'il n'est pas établi que le sepsis dont a souffert Mme B aurait une autre origine que sa prise en charge hospitalière, il s'ensuit qu'elle doit être regardée comme ayant été victime d'une infection nosocomiale.
5. D'autre part, il est constant que la chronicité de cette infection a conduit à la réalisation d'une explantation de sa prothèse de genou gauche, suivie d'une arthrodèse, qui a occasionné la raideur complète et définitive des articulations de son genou gauche. Si l'ONIAM fait valoir en défense que c'est à tort que le rapport d'expertise du 17 mars 2022 a retenu un taux de déficit fonctionnel permanent de Mme B de 30%, dès lors que le taux d'incapacité engendré par une arthrodèse d'un genou est fixé à 25% par le barème indicatif d'évaluation des taux d'incapacité en droit commun dans le concours médical, il résulte cependant des éclaircissements apportés par le docteur A le 19 décembre 2024, et communiqués aux parties, que l'enlèvement de la prothèse qui avait été mise en place et la fusion par l'arthrodèse des deux extrémités de l'articulation restant en place a également entraîné une importante inégalité de cinq centimètres entre les deux membres inférieurs de Mme B. Dans ces conditions, les dommages subis par la requérante du fait de son infection nosocomiale doivent être évalués à un taux d'atteinte permanente à son intégrité physique ou psychique supérieur à 25 % et sont ainsi de nature à lui ouvrir le droit à une réparation au titre de la solidarité nationale, sur le fondement des dispositions de l'article L. 1142-1-1 du code de la santé publique.
6. Par suite, conformément aux dispositions de l'article L. 1142-1-1 du code de la santé publique citées précédemment, l'ONIAM est tenu d'indemniser, au titre de la solidarité nationale, les préjudices résultant de l'infection nosocomiale contractée par Mme B.
Sur l'évaluation des préjudices :
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux à titre temporaire et permanent :
S'agissant des dépenses de santé :
7. Concernant ses dépenses de santé futures, la requérante fait état de la circonstance que l'infection dont elle a été victime se serait propagée au niveau buccal, entraînant de nombreux bris dentaires et la nécessité de recourir à une prothèse dentaire. Toutefois, il résulte du compte-rendu de sa consultation orthopédique du 12 décembre 2017, qu'elle présentait déjà de multiples déchaussements dentaires au niveau du maxillaire, ce qui a nécessité sa prise en charge en stomatologie pour des extractions dentaires multiples. Il résulte également du rapport d'expertise du 5 décembre 2020, qu'a été précisée dans ses antécédents la présence de multiples déchaussements dentaires. Il s'ensuit que la requérante, qui n'établit pas l'existence d'un lien de causalité suffisamment certain et direct entre les frais dentaires dont elle se prévaut et l'infection nosocomiale dont elle a souffert entre 2019 et 2020, n'est pas fondée à demander l'indemnisation de telles dépenses de santé futures.
S'agissant des frais divers :
8. En premier lieu, Mme B sollicite la prise en charge de ses frais d'hébergement au sein de l'EHPAD Fleurs d'automne, entre le 10 octobre 2019 et le 18 décembre 2019, et produit, à ce titre, l'ensemble des factures correspondantes, qui font état d'un montant total de frais d'hébergement temporaire et de frais liés à sa dépendance de 5 959,10 euros. Si l'ONIAM oppose en défense l'absence de nécessité d'un tel hébergement durant cette période, il est toutefois constant que Mme B résidait seule à son domicile avant de contracter l'infection nosocomiale litigieuse, qu'elle a de nouveau rejoint, à compter du 18 février 2020, dans les suites de son arthrodèse. Il résulte par ailleurs du rapport d'expertise judiciaire, qu'en raison de son hébergement en EHPAD pendant cette période, Mme B n'a pas eu besoin d'une assistance par une tierce personne, malgré le retrait non consolidé de sa prothèse de genou gauche. De plus, contrairement à ce que soutient l'ONIAM en défense, la requérante ne demande pas l'indemnisation de ses frais de coiffeur, de médecin et de pharmacie, mais seulement des sommes restées à sa charge concernant ses frais d'hébergement temporaire et de dépendance GIR 3. A ce titre, si, selon le rapport d'expertise du 17 mars 2022, l'ensemble des hospitalisations de la patiente auraient été prises en charge, Mme B déclare toutefois, sans être infirmée par la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône, qu'une somme de 4 176,23 euros est restée à sa charge, après déduction de son allocation personnalisée d'autonomie, d'un montant de 994,29 euros, et de la prise en charge par sa mutuelle. Par suite, il y a lieu de mettre cette somme à la charge de l'ONIAM.
9. En deuxième lieu, la requérante sollicite l'indemnisation de frais de télévision dont elle se serait acquittée lors de ses hospitalisations au SSR de Val Rosay, du 17 avril 2019 au 7 février 2020, pour un montant total de 1 107,50 euros. Toutefois, la pièce qu'elle produit en ce sens, intitulée " historique état de caisse ", et faisant état de divers " crédits " non détaillés, ne comporte que la mention manuscrite des frais de télévision dont elle se prévaut. Dans ces conditions, la requérante ne justifie pas suffisamment de la réalité de l'engagement des frais de télévision dont elle demande le remboursement. Par suite, il n'y a pas lieu de lui allouer l'indemnisation de tels frais.
10. En troisième lieu, Mme B justifie s'être acquittée, le 12 mai 2020, auprès de l'hôpital Edouard Herriot, d'une facture d'un montant de 62,19 euros, correspondant aux frais de copie de son dossier médical, utile à la solution du présent litige. Il y a lieu, par suite, d'allouer l'indemnisation de cette somme à la requérante.
11. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction que la requérante a supporté pour la somme totale de 1 680 euros, correspondant aux honoraires d'un médecin-conseil pour l'étude médico-légale de son dossier et l'assistance aux opérations d'expertises ordonnées par le juge des référés du tribunal administratif de Lyon, réalisées le 19 janvier 2022 à Saint-Etienne. Par ailleurs, en réponse au mémoire de l'ONIAM, la requérante produit une attestation sur l'honneur selon laquelle elle n'a jamais souscrit de contrat d'assurance " garantie des accidents de la vie " au titre duquel de tels frais auraient pu être pris en charge. Ces frais, qui résultent entièrement du dommage subi par l'intéressée, doivent être intégralement indemnisés par l'ONIAM.
12. En cinquième lieu, Mme B demande l'indemnisation de frais correspondant à son abonnement à un système de téléalarme, souscrit à compter du mois de mars 2020, soit consécutivement à son retour à domicile après son hospitalisation prolongée par le développement d'une infection nosocomiale. Toutefois, contrairement à ce que soutient la requérante, il n'est pas établi que le besoin qu'elle a ressenti de recourir à un système de téléassistance résulterait certainement et directement des suites de son infection nosocomiale, alors qu'elle était âgée de quatre-vingt-dix ans en 2020, et qu'il résulte des pièces du dossier que son état de santé était déjà dégradé pour plusieurs motifs avant qu'elle développe ce sepsis. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de faire droit à sa demande d'indemnisation de ses frais de téléassistance.
13. En dernier lieu, la requérante demande le remboursement de la prime d'assurance tout risque pour véhicule non circulant, d'un montant de 414 euros, et à laquelle elle a souscrite pendant son hospitalisation prolongée tout au long de l'année 2019 jusqu'au 18 février 2020. Toutefois, les frais d'assurance de sa voiture, qui étaient à la charge de Mme B quelle que soit l'utilisation effective de son véhicule, ne présentent pas de lien de causalité direct et certain avec l'infection nosocomiale qu'elle a subie. Il y a, dès lors, lieu de rejeter cette demande.
S'agissant des frais de jardinage :
14. D'une part, il résulte du compte-rendu médical de la consultation de Mme B avec son chirurgien orthopédique du 28 avril 2017, que, deux mois après son intervention de prothèse totale du genou droit, la requérante présentait " un excellent niveau d'autonomie " et " repratiquait des activités de jardinage ". Il résulte également du rapport d'expertise du 17 mars 2022, que Mme B jardinait régulièrement à son domicile avant les faits litigieux, et qu'elle est désormais atteinte d'une raideur complète et définitive de son genou gauche et se sert d'une à deux cannes béquilles pour se déplacer. Il ne résulte, en outre, pas de l'instruction que, avant de contracter l'infection nosocomiale litigieuse, la requérante recourait aux services d'un tiers pour entretenir son jardin. Dans ces conditions, la requérante est fondée à solliciter l'indemnisation des frais qu'elle justifie avoir engagés pour l'entretien de son jardin avant la consolidation de son état de santé. Elle produit à ce titre les factures justifiant des frais de jardinage dont elle a dû s'acquitter entre les mois de mars à septembre 2019, pour un montant total de 280 euros, qu'il convient de mettre à la charge de l'ONIAM.
15. D'autre part, il y a également lieu d'indemniser les frais de jardinage engagés par Mme B après la consolidation de son état de santé, entre le 10 mars 2020 et le 22 juin 2022, qui sont également liés aux conséquences de son infection nosocomiale sur son état de santé et qu'elle justifie par la production de factures, pour un montant total de 3 271 euros. Toutefois, concernant les frais de jardinage que Mme B soutient continuer à débourser depuis le 22 juin 2022, il ne résulte pas de l'instruction qu'ils seraient en lien direct et certain avec les suites de son infection nosocomiale, eu égard à son âge avancé et à son état de santé antérieur déjà dégradé. Par suite, il n'y a lieu de mettre à la charge de l'ONIAM que la somme de 3 271 euros au titre des frais de jardinage futurs de la requérante.
S'agissant des frais de véhicule adapté :
16. Mme B soutient ne plus conduire en raison de l'inadaptation de son véhicule actuel à son état de santé, et produit un devis du 22 avril 2022 correspondant aux frais d'adaptation de son véhicule, à savoir l'installation d'une embase électrique sur le siège passager pour permettre son installation dans le véhicule et la mise en place de commandes de frein et d'accélérateur au volant. S'il résulte du rapport d'expertise du 5 décembre 2020 que Mme B conduisait une voiture sans permis lui appartenant avant sa prise en charge au sein des Hospices civils de Lyon le 9 octobre 2018, il résulte néanmoins du rapport d'expertise du 17 mars 2022 qu'elle n'a plus conduit depuis son retour à domicile, et la consolidation de son état de santé, le 18 février 2020. Ainsi, par ces seules allégations, et en l'absence de facture attestant de la réalisation des travaux dont elle se prévaut, la requérante n'atteste pas qu'elle serait toujours en capacité de conduire et que les frais dont elle sollicite l'indemnisation seraient réellement à envisager. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit à sa demande d'indemnisation au titre des frais de véhicule adapté.
S'agissant des frais de logement adapté :
17. Il résulte de la facture du 12 mai 2020, qu'elle produit, que Mme B s'est acquittée d'une somme de 833,80 euros pour la réalisation de travaux d'aménagement de son domicile aux personnes à mobilité réduite, consistant en la surélévation de son siège de sanitaires, le déplacement de son siège de douche et l'installation d'une barre d'appui dans sa douche. Ces aménagements étaient envisagés dans le rapport d'expertise du 5 décembre 2020 et résultent directement des dommages causés par son infection nosocomiale, il y a lieu, par suite, d'accorder à la requérante l'indemnisation de la somme de 583,40 euros restée à sa charge, après déduction de l'allocation personnalisée d'autonomie d'un montant de 250,40 euros perçue à ce titre.
S'agissant des frais d'assistance à tierce personne :
18. Lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire permettant, dans les circonstances de l'espèce, le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat, sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.
19. Il résulte du rapport d'expertise du 7 décembre 2020 que, avant de développer son infection nosocomiale, le niveau d'autonomie de Mme B, qui gérait seule ses courses, ses repas, son ménage et sa lessive, correspondait au GIR 6, soit le plus haut niveau d'autonomie de la grille AGGIR, utilisée pour l'évaluation de la dépendance, et qu'elle devait, depuis son retour à domicile, bénéficier d'une aide par tierce personne, estimée à deux heures par jour du 19 février 2020 au 30 novembre 2020, puis à hauteur cinq heures par semaine. Il résulte par ailleurs du rapport d'expertise du 17 mars 2022, que l'expert a estimé le besoin d'assistance par une tierce personne de Mme B après la consolidation de son état de santé à hauteur de deux heures par jour. La requérante produit à ce titre plusieurs factures d'organismes d'aide à la personne, correspondant à la réalisation de 582,65 heures à son domicile entre le 18 février 2020 et le 30 juin 2022, soit l'équivalent de 40 minutes par jour, et elle soutient par ailleurs, sans être contredite par l'ONIAM en défense, que l'assistance qui lui est ainsi apportée ne couvre pas l'intégralité de ses besoins, et qu'une de ses filles lui apporte cette aide complémentaire. Dans ces conditions, il convient de lui reconnaître le besoin d'une assistance par une tierce personne à hauteur de deux heures par jour pour la période du 19 février 2020 au 31 décembre 2022, période pour laquelle elle établit avoir eu recours à une telle aide. L'aide nécessaire étant une aide non spécialisée, il sera fait une exacte appréciation du préjudice subi, en l'indemnisant sur la base d'un taux horaire moyen de rémunération, tenant compte des cotisations sociales dues par l'employeur, estimé à une moyenne de 14,64 euros pour l'ensemble de cette période, rapportées sur une année de 412 jours afin de tenir compte des congés payés, dont il convient de déduire la prise en charge au titre de l'allocation personnalisée d'autonomie qu'elle a effectivement perçue pour l'ensemble de cette période, ainsi que les crédits d'impôt sur le revenu dont elle a également bénéficié [(2 x 1 047 x 14,64 x (412/365)) - (152,23 x 3 + 355,19 x 3 + 341,88 x 8 + 342,38 x 12 + 146,74 x 12 + 380,50 x 12 + 163,07 x 12 + 491 + 978 + 1474)], soit la somme de 15 011,09 euros. Toutefois, pour la période courant à compter du 1er janvier 2023, la requérante n'établit pas continuer à toucher l'allocation personnalisée d'autonomie en se bornant à produire un courrier de la métropole de Lyon concernant la nouvelle tarification de cette allocation à compter du 1er janvier 2023, sans produire le plan détaillé du versement de cette aide à compter de cette date, et malgré une mesure d'instruction en ce sens. Par conséquent, à compter du 1er janvier 2023 et pour l'avenir, elle ne justifie pas de la réalité d'un tel besoin d'assistance par une tierce personne à son domicile, où il n'est pas établi qu'elle résiderait toujours. Par suite, l'ONIAM est condamné à verser à Mme B la somme de 15 011,09 euros au titre de son besoin d'assistance par une tierce personne.
En ce qui concerne les préjudices personnels :
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
20. Il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport d'expertise, éclairé par le dossier médical de Mme B, que la requérante a supporté une période de déficit fonctionnel temporaire total lors de la prolongation de son hospitalisation en raison de l'infection nosocomiale qu'elle a développée à compter du 29 novembre 2018, jusqu'à son retour à domicile le 18 février 2020, correspondant à la fixation de la date de consolidation de son état de santé par l'expertise judiciaire. En retenant une valorisation du déficit fonctionnel temporaire total de l'ordre de 500 euros par mois, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant sur la période concernée à la somme globale de 7 152 euros.
S'agissant des souffrances endurées :
21. Il résulte de l'instruction que Mme B a enduré des souffrances physiques importantes durant plus d'un an du fait du sepsis contracté à l'endroit du site opératoire de sa prothèse du genou, et en raison duquel elle a subi plusieurs interventions douloureuses afin de laver cette plaie, retirer sa prothèse de genou et procéder à une arthrodèse. Les souffrances endurées par la requérante ont été évaluées à 5 sur une échelle de 7 par les experts devant la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux Rhône-Alpes, et à 6 sur une échelle de 7 par le rapport d'expertise judiciaire. Ainsi, il sera fait une juste appréciation des souffrances endurées par Mme B entre la fin de l'année 2018 et la consolidation de son état de santé, en les évaluant, dans les circonstances de l'espèce, à 5,5 sur une échelle de 7, soit la somme totale de 15 000 euros. Il y a lieu, par suite, de condamner l'ONIAM à verser à Mme B une somme de 15 000 euros à ce titre.
S'agissant des préjudices esthétiques :
22. D'une part, les deux rapports d'expertises ont évalué le préjudice esthétique temporaire subi par la requérante à 2,5 sur une échelle de 7, en raison de la désunion cicatricielle purulente qu'elle a endurée pendant plusieurs mois, ainsi que des suites de ses interventions de lavage de sa plaie et de l'arthrodèse réalisée le 19 décembre 2019. D'autre part, il résulte de ces mêmes rapports, que Mme B subit également un préjudice esthétique permanent, évalué à 2,5 sur une échelle de 7, en raison de la cicatrice résultant de son arthrodèse, et dès lors qu'elle se déplace désormais avec, a minima, l'aide d'une canne béquille. Par suite, il sera fait une juste appréciation des préjudices esthétiques subis à titre temporaire et permanent par la requérante, en lui allouant une somme totale de 7 500 euros.
S'agissant du déficit fonctionnel permanent :
23. Il résulte de l'instruction, et notamment de ce qui a été exposé au point 5, que le déficit fonctionnel permanent de Mme B en lien avec son infection nosocomiale doit être évalué à 30%, en raison de l'arthrodèse réalisée sur son genou gauche, occasionnant une raideur complète et définitive de son articulation, ainsi qu'une inégalité importante entre ses deux membres inférieurs, en raison de laquelle elle a développé un déséquilibre et une boiterie à la marche. Par suite, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en allouant à la victime, compte tenu de son sexe et de son âge à la date de consolidation, une somme de 30 000 euros.
S'agissant du préjudice d'agrément :
24. En raison des activités associatives et de jardinage qu'elle a dû abandonner et qui ont été reconnues par les experts, Mme B justifie avoir subi un préjudice d'agrément, qu'il convient d'évaluer à hauteur de 1 000 euros.
25. Il résulte de tout ce qui précède que l'ONIAM doit être condamné à verser une somme totale de 85 715,91 euros à Mme B en remboursement de ses préjudices consécutifs à l'infection nosocomiale qu'elle a contractée.
Sur les dépens :
26. Les frais de l'expertise judiciaire ont été taxés et liquidés à la somme de 4 200 euros par une ordonnance de la présidente du tribunal administratif de Lyon du 6 avril 2022. Dans les circonstances de l'espèce et en application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre cette somme à la charge définitive de l'ONIAM.
Sur les frais liés au litige :
27. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'ONIAM une somme de 1 500 euros à verser à Mme B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'ONIAM versera à Mme B une somme totale de 85 715,91 euros (quatre-vingt-cinq mille sept cent quinze euros et quatre-vingt-onze centimes) en réparation de ses préjudices.
Article 2 : Les frais et honoraires de l'expertise, liquidés et taxés à la somme de 4 200 (quatre mille deux cents) euros, sont mis à la charge définitive de l'ONIAM.
Article 3 : L'ONIAM versera à Mme B la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.
Délibéré après l'audience du 28 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Bour, présidente,
Mme Jorda, première conseillère,
Mme Le Roux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 février 2025.
La rapporteure,
J. Le Roux
La présidente,
A-S. Bour
La greffière,
C. Touja
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026