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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2207903

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2207903

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2207903
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 octobre 2022, M. A C, représenté par la SELARL BS2A Bescou et Sabatier Avocats et associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 septembre 2022 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a décidé sa réadmission à destination de l'Italie ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer une carte de séjour temporaire pluriannuelle de cinq années en sa qualité de membre de famille de ressortissant communautaire, ou d'une année portant la mention " vie privée et familiale ", ou à défaut de procéder au réexamen de sa demande dans le délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté attaqué ;

- l'arrêté en litige est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- la décision de refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 200-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision de refus de séjour est entachée d'un détournement de pouvoir ;

- la décision de refus de séjour est entachée d'une erreur de droit, les dispositions des articles L. 200-5 et L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prévoyant pas de réserve d'ordre public permettant de refuser la délivrance d'un titre de séjour et la préfète de l'Ain n'ayant pas caractérisé une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société que constituerait la présence de M. C en application de l'article L. 200-6 du même code ;

- la décision de refus de séjour attaquée est entachée d'un vice de procédure, faute de consultation de la commission du titre de séjour, M. C remplissant les conditions de fond pour obtenir la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 200-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision de refus de séjour est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur de fait en ce qui concerne la menace à l'ordre public que représenterait M. C ;

- le refus de séjour porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants protégé par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'illégalité du refus de titre qui lui est opposé entache d'illégalité la décision portant réadmission à destination de l'Italie ;

- la décision portant réadmission porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants protégé par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 décembre 2022, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- aucun des moyens de la requête n'est fondé ;

- s'agissant de la remise aux autorités italiennes, elle aurait pris la même décision en se fondant sur les dispositions du 2° de l'article R. 621-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Richard-Rendolet, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

- les observations de Me Bescou, avocat (SELARL BS2A Bescou et Sabatier Avocats et associés), pour M. C.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant marocain né le 17 janvier 1991, M. C demande l'annulation de l'arrêté du 26 septembre 2022 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a décidé sa réadmission à destination de l'Italie.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme D B, directrice de la citoyenneté et de l'intégration, en vertu de la délégation de signature qui lui a été donnée par un arrêté de la préfète de l'Ain du 31 janvier 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le lendemain. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 26 septembre 2022 doit être écarté.

3. En deuxième lieu, traduisant un examen de la situation particulière du requérant, l'arrêté critiqué fait en particulier état de façon circonstanciée du fondement de la demande de titre de séjour de l'intéressé, des observations transmises par l'intéressé le 10 août 2022 ainsi que de sa situation administrative, personnelle et familiale, l'application par la préfète de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne nécessitant pas d'invitation supplémentaire à produire des observations. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation du requérant doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 200-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par étranger entretenant des liens privés et familiaux avec un citoyen de l'Union européenne on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, ne relevant pas de l'article L. 200-4 et qui, sous réserve de l'examen de sa situation personnelle, relève d'une des situations suivantes : / 1° Étranger qui est, dans le pays de provenance, membre de famille à charge ou faisant partie du ménage d'un citoyen de l'Union européenne ; / 2° Étranger dont le citoyen de l'Union européenne, avec lequel il a un lien de parenté, doit nécessairement et personnellement s'occuper pour des raisons de santé graves ; / 3° Étranger qui atteste de liens privés et familiaux durables, autres que matrimoniaux, avec un citoyen de l'Union européenne. " Aux termes de l'article L. 233-2 du même code : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois. / Il en va de même pour les ressortissants de pays tiers, conjoints ou descendants directs à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées au 3° de l'article L. 233-1. " Aux termes de l'article L. 233-3 du même code : " Les ressortissants étrangers mentionnés à l'article L. 200-5 peuvent se voir reconnaître le droit de séjourner sur l'ensemble du territoire français pour une durée supérieure à trois mois dans les mêmes conditions qu'à l'article L. 233-2. "

5. M. C soutient qu'il atteste de liens privés et familiaux durables avec son père, ressortissant communautaire de nationalité italienne, et est donc éligible à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions combinées du 1° et du 3° de l'article L. 200-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 233-3 du même code. Toutefois, l'intéressé, qui ne conteste pas ne pas être à la charge de son père, dont il vit par ailleurs séparé, ne produit aucun élément établissant l'existence de liens privés et familiaux durables avec ce dernier. En l'absence d'autres éléments, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C entrait dans le champ d'application des dispositions précitées du livre II du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables aux citoyens de l'Union européenne et aux membres de leur famille, et, notamment celles des articles L. 200-5 et L 233-3 de ce code. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En quatrième lieu, si M. C soutient qu'en examinant d'office son droit au séjour sur le fondement de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sans l'en avertir, la préfète de l'Ain l'aurait empêché de demander à son employeur le dépôt d'une attestation de travail le concernant, il ne résulte d'aucune disposition que l'autorité administrative, à qui il est loisible d'examiner d'office si un étranger peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition que celle dont il demande le bénéfice, doive l'en avertir au préalable. Le moyen tiré du détournement de pouvoir doit ainsi être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. " Lorsque l'administration oppose à un ressortissant étranger un motif lié à la menace à l'ordre public pour refuser de faire droit à sa demande de titre de séjour, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision. La menace pour l'ordre public s'apprécie au regard de l'ensemble des éléments de fait et de droit caractérisant le comportement personnel de l'étranger en cause. Il n'est donc ni nécessaire, ni suffisant que le demandeur ait fait l'objet de condamnations pénales. L'existence de celles-ci constitue cependant un élément d'appréciation au même titre que d'autres éléments tels que la nature, l'ancienneté ou la gravité des faits reprochés à la personne ou encore son comportement habituel.

8. D'une part, contrairement à ce que soutient M. C, il ne résulte d'aucune disposition qu'un étranger ayant déposé une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 200-5 et L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne puisse se voir opposer les dispositions de l'article L. 432-1. En outre, M. C n'étant pas éligible à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du livre II du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi qu'il a été démontré dans le présent jugement, le préfet n'était pas dans l'obligation de caractériser une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société en application de l'article L. 200-6 du même code. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit ainsi être écarté en ses différentes branches.

9. D'autre part, si M. C soutient n'avoir été condamné ni au Maroc ni en Italie, il est constant que l'intéressé, qui réside en France depuis 2020, a été condamné le 25 mai 2021 en France à une peine de dix mois d'emprisonnement pour des faits de violence aggravée par deux circonstances. Au vu de la gravité et du caractère récent de ces faits, qui ont fait l'objet d'une condamnation pénale et de la circonstance qu'ils ont été commis moins d'un an après l'entrée en France de l'intéressé, c'est sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur de fait ni d'erreur d'appréciation que le préfet de l'Ain a pu considérer que la présence de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public et lui refuser un titre de séjour pour ce motif supplémentaire.

10. En sixième lieu, si M. C soutient qu'avant de prendre sa décision de refus de séjour la préfète de l'Ain aurait dû consulter la commission du titre de séjour, il ne résulte d'aucune disposition qu'un refus de titre demandé sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 200-5 et L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doive être précédé de la consultation de cette commission. Le moyen tiré du vice de procédure doit ainsi être écarté.

11. En septième lieu, si M. C fait valoir que ses deux parents et ses deux sœurs, ressortissants communautaires, ont un droit au séjour en France, que ses deux enfants sont scolarisés en France, et qu'il dispose d'une promesse d'embauche émise le 16 octobre 2020 par une agence d'intérim, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, entré en France à l'âge de 29 ans, dispose d'un titre de séjour en Italie, pays où il a admet avoir vécu depuis ses 11 ans, et que son épouse ne dispose d'aucun droit au séjour en France, l'intéressé n'exposant pas que celle-ci ne pourrait le suivre avec leurs deux jeunes enfants en Italie. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'atteinte excessive que le refus de titre de séjour en litige porterait au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de la méconnaissance de l'intérêt supérieur des enfants du requérant protégé par les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

12. En huitième lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. C n'est pas fondé à soutenir que l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé entache d'illégalité la mesure portant réadmission à destination de l'Italie prise sur son fondement.

14. En neuvième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, soulevés à l'encontre de la décision portant réadmission à destination de l'Italie, doivent être écartés par les mêmes motifs que ceux exposés au point 11 en ce qui concerne la décision de refus de séjour, M. C ne faisant valoir aucune circonstance particulière distincte à l'encontre de la décision de réadmission.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. C dirigées contre l'arrêté du 26 septembre 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent être rejetées les conclusions de sa requête à fin d'injonctions sous astreinte et celles à fin de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens dans les conditions prévues par les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 26 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Drouet, président,

M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

Mme Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.

Le rapporteur,

F-X. Richard-RendoletLe président,

H. Drouet

La greffière,

C. Chareyre

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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