mardi 21 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2208303 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SELAS CMS BUREAU FRANCIS LEFEBVRE LYON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 novembre 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Natural Origins, représentée par la SELAS CMS Francis Lefebvre Lyon Avocats, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2016, ainsi que des pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'administration aurait dû admettre en déduction les dépenses exposées pour les prestations de services de la société Forever Team Associates qui ont été engagées dans son intérêt et pour lesquelles elle a bénéficié de contreparties ;
- c'est à tort que l'administration a appliqué la pénalité de 40% prévue par les dispositions du a de l'article 1729 du code général des impôts dès lors qu'elle n'a pas démontré la mauvaise foi de la société.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2023, l'administrateur général des finances publiques de la direction de contrôle fiscal Centre-Est conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Rizzato, première conseillère,
- et les conclusions de Mme Tocut, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société Natural Origins, anciennement dénommée Herb's International Service SAS, a été cédée par la société de droit luxembourgeois Forever Team Associates, le 3 juin 2016, à la société de droit luxembourgeois Natural Origins qui est devenue son associé unique. À compter du 27 février 2018, la société française Natural Origins a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur les exercices 2015 et 2016 à l'issue de laquelle l'administration fiscale a adressé, le 11 juin 2019, une proposition de rectification tendant notamment à réintégrer dans le résultat de l'exercice 2016 une somme de 201 500 euros que l'administration considère ne pas être une charge exposée dans l'intérêt de l'entreprise. L'administration a assorti ce rappel d'impôt de la majoration de 40% prévue par le a de l'article 1729 du code général des impôts, en cas de manquement délibéré. La société Natural Origins demande au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 39 du code général des impôts, applicable pour la détermination de l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges () / 1° Les frais généraux de toute nature () / Les dépenses ci-dessus énumérées peuvent également être réintégrées dans les bénéfices imposables dans la mesure où elles sont excessives et où la preuve n'a pas été apportée qu'elles ont été engagées dans l'intérêt direct de l'entreprise. / Lorsqu'elles augmentent dans une proportion supérieure à celle des bénéfices imposables ou que leur montant excède celui de ces bénéfices, l'administration peut demander à l'entreprise de justifier qu'elles sont nécessitées par sa gestion ". Si, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.
3. Il résulte de l'instruction que la société Natural Origins a exposé des dépenses d'un montant de 201 500 euros au titre de l'année 2016 correspondant à la rémunération de la société Forever Team Associates, prévue par une convention d'accompagnement et de prestations de services, ayant pour objet la transmission d'informations sur la société française cédée, pour une période allant jusqu'au 31 décembre 2016. Cette convention a été conclue le 3 juin 2016, jour de la cession de la société requérante et en présence de celle-ci. Cette charge a été déduite par la société requérante au titre des frais généraux de toute nature de son bénéfice net. S'il appartient à l'administration d'apporter la preuve des faits sur lesquels elle se fonde pour estimer qu'un avantage consenti par une entreprise à un tiers constitue un acte anormal de gestion, elle est réputée apporter cette preuve dès lors que cette entreprise n'est pas en mesure de justifier qu'elle a bénéficié en retour de contreparties. La société requérante, pour justifier cette dépense et l'existence et la valeur de la contrepartie qu'elle en retiré, a produit le contrat conclu entre les deux sociétés luxembourgeoises Natural Origins et Forever Team Associates. Toutefois, il ressort des termes de ce contrat, auquel la société requérante n'était pas partie, que les prestations d'accompagnement réalisées postérieurement à la cession par la société Forever Team Associates doivent bénéficier à la société luxembourgeoise Natural Origins laquelle devait en retour s'acquitter des factures correspondant à ces prestations. Ainsi cette pièce n'établit ni l'existence ni la valeur de la contrepartie retirée par la société requérante de prestations rendues à la société qui la détient. Par ailleurs, si la société requérante soutient que les charges correspondant à cette prestation bénéficient à la société SA Natural Origins Lux en sa qualité de mandataire social de la société Natural Origins elle n'en justifie pas alors que l'article 4.1 de la convention stipule que celle-ci est conclue " en considération de la personne de Forever Team Associates, de sa présidente et de son directeur ".
4. Il résulte de ce qui précède que la société Natural Origins n'est pas fondée à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2016.
En ce qui concerne les pénalités :
5. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / () a. 40 % en cas de manquement délibéré () ". Selon l'article L.195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires () la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration ". La pénalité pour manquement délibéré a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir ce manquement délibéré, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt. Pour établir le caractère intentionnel du manquement du contribuable à son obligation déclarative, l'administration doit se placer au moment de la déclaration ou de la présentation de l'acte comportant l'indication des éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt.
6. Pour justifier l'application de la pénalité de 40 % pour manquement délibéré prévue par l'article 1729 du code général des impôts, l'administration fait valoir que la société Natural Origins ne pouvait ignorer, compte tenu des termes de la convention d'accompagnement et de prestations de services conclue entre les deux sociétés luxembourgeoises, que les prestations bénéficiaient à la société luxembourgeoise Natural Origins. Il ressort en effet de cette convention que " la société Forever Team Associates s'engage à réaliser des prestations auprès de la société Natural Origins " luxembourgeoise et que les factures sont acquittées par cette société. Dans ces conditions, l'administration établit que la société requérante ne pouvait ignorer le caractère non-déductible de cette charge résultant d'engagements pris par des tiers à l'entreprise.
7. Il résulte de ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à demander la décharge de la majoration assortissant les rappels d'impôt sur les sociétés qui lui ont été réclamés au titre de l'année 2016.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans le cadre de la présente instance, le versement à la société Natural Origins d'une somme au titre de ses frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Natural Origins est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Natural Origins et à l'administrateur général des finances publics de la direction de contrôle fiscal Centre-Est.
Délibéré après l'audience du 6 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Clément, président,
Mme Rizzato, première conseillère,
Mme Gros, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024.
La rapporteure,
C. Rizzato
Le président,
M. Clément
La greffière,
T. Zaabouri
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
No 2208303
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026