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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208335

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208335

mardi 9 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208335
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantVINCENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 9 novembre 2022, 6 janvier 2023, 31 mai et 14 juin 2024, la société WKTL Lyon Part-Dieu, représentée par Me Vincent, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 9 septembre 2022 par laquelle la direction régionale des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes a rejeté sa demande d'aide exceptionnelle au titre du mois d'août 2021 dans le cadre du fonds de solidarité institué à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 ;

2°) de condamner l'Etat au paiement de la somme de 10 624 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subi, somme majorée des intérêts de retard ;

3°) d'enjoindre à l'administration de procéder au paiement de l'aide en litige, assortie des intérêts moratoires ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée n'est pas motivée en droit ;

- elle ne lui a pas été régulièrement notifiée dès lors qu'elle n'a pas donné son accord pour l'emploi d'un procédé électronique ;

- elle a été immatriculée en juillet 2011 et justifie de la condition d'antériorité ;

- elle a bénéficié de l'aide au titre du mois d'avril ou mai 2021 et ses demandes d'aide attestent d'une diminution suffisante de chiffre d'affaires ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle est éligible au dispositif du fonds de solidarité ;

- le dépassement du délai relève de la responsabilité du service instructeur.

Par un mémoire en défense enregistré 27 avril 2023, le directeur régional des Finances publiques de la région Auvergne-Rhône-Alpes conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2020-935 du 30 juillet 2020 ;

- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;

- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 modifié ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bardad, première conseillère ;

- les conclusions de Mme Collomb, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL WKTL Lyon Part-Dieu, qui exerce une activité de restauration rapide, a présenté le 23 septembre 2021, une demande d'aide exceptionnelle au titre du fonds de solidarité institué à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques et financières de la propagation de l'épidémie de Covid-19 au titre du mois d'août 2021, par l'intermédiaire d'un téléservice. Sa demande a fait l'objet d'une décision de rejet automatique, le même jour. Toutefois, l'administration a invité la société requérante à présenter une nouvelle demande, le 2 juin 2022. La société requérante a présenté une seconde demande en version papier, le 20 juin 2022, qui a fait l'objet d'une décision de rejet, le 9 septembre 2022. Par la présente requête, la société WKTL Lyon Part-Dieu demande d'une part, l'annulation de cette décision et d'autre part, la condamnation de l'administration au paiement d'une somme de 10 624 euros, majorée des intérêts de retard, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subi.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " () Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ". Aux termes de l'article R. 612-1 du même code : " Lorsque des conclusions sont entachées d'une irrecevabilité susceptible d'être couverte après l'expiration du délai de recours, la juridiction ne peut les rejeter en relevant d'office cette irrecevabilité qu'après avoir invité leur auteur à les régulariser. / () La demande de régularisation mentionne que, à défaut de régularisation, les conclusions pourront être rejetées comme irrecevables dès l'expiration du délai imparti qui, sauf urgence, ne peut être inférieur à quinze jours. La demande de régularisation tient lieu de l'information prévue à l'article R. 611-7. ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence de demande indemnitaire préalable formée devant l'administration, des conclusions tendant au versement d'une somme d'argent sont irrecevables.

4. La société WKTL Lyon Part-Dieu présente des conclusions indemnitaires tendant à ce que le tribunal administratif condamne l'Etat à lui verser une somme de 10 624 euros, majorée des intérêts de retard, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis compte tenu du refus de l'administration de lui verser l'aide qu'elle a sollicitée. Toutefois, la société requérante n'établit pas avoir adressé au service, en dépit de la demande de régularisation qui lui a été notifiée le 22 mai 2024, une réclamation indemnitaire préalable. Par suite, les conclusions indemnitaires de l'intéressée sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

5. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ". L'article L. 211-5 du même code précise : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

6. La décision par laquelle l'administration rejette une demande d'aide exceptionnelle au titre du fonds de solidarité institué à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques et financières de la propagation de l'épidémie de Covid-19 est au nombre de celles qui doivent faire l'objet d'une motivation en vertu des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il résulte de l'instruction que la décision du 9 septembre 2022 indique, d'une part, que la demande ne pouvait être acceptée les délais ayant expiré compte tenu de la date à laquelle les dispositifs d'aide relative au fonds de solidarité ont pris fin et, d'autre part, que les chiffres d'affaires indiqués sur le formulaire produit par l'intéressée ne correspondent pas aux informations en possession du service. Toutefois, si cette décision mentionne les considérations de fait sur lesquelles elle est fondée, elle ne comporte pour autant aucune motivation en droit. En s'abstenant ainsi de préciser les considérations de droit qui en constituent son fondement légal, cette décision de refus du 9 septembre 2022 n'a pas satisfait aux exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, cette décision est entachée d'illégalité.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête dirigés contre ce refus, que la société WKTL Part-Dieu est fondée à demander l'annulation de la décision du 9 septembre 2022 par laquelle la direction régionale des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes a rejeté sa demande d'aide exceptionnelle au titre du mois d'août 2021.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a seulement lieu d'enjoindre au directeur régional des finances publiques de la région Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône de réexaminer la demande de la société WKTL Lyon Part-Dieu, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 400 euros à verser à la société WKTL Lyon Part-Dieu en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La décision du directeur régional des finances publiques de la région Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône du 9 septembre 2022 portant refus d'octroi, au profit de la société WKTL Lyon Part-Dieu, de l'aide exceptionnelle du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 au titre du mois d'août 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au directeur régional des finances publiques de la région Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône de réexaminer la demande d'aide de la société WKTL Lyon Part-Dieu au titre du mois d'août 2021 dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : L'Etat versera à la société WKTL Lyon Part-Dieu une somme de 1 400 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de la société WKTL Lyon Part-Dieu est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SARL WKTL Lyon Part-Dieu, au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et au directeur régional des finances publiques de la région Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône.

Délibéré après l'audience le 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024.

La rapporteure,

N. BardadLe président,

J. Segado

La greffière,

G. Montézin

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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