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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208468

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208468

mercredi 7 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208468
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantGAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 novembre et 6 décembre 2022, Mme B A, représentée par la SELAS Cabinet Champauzac, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative et jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 16 septembre 2022 par lequel la maire de Saint-Priest (Ardèche) a délivré un permis de construire modificatif à Mme C ;

2°) de mettre à la charge de l'État le paiement d'une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle dispose d'un intérêt à agir à l'encontre de l'arrêté litigieux, dès lors qu'elle est voisine immédiate du projet et qu'elle a acquis son bien en raison du caractère agricole et bocager du hameau ; en outre, compte tenu des modifications autorisées par le permis litigieux, elle va subir une privation d'ensoleillement et une perte de vue et d'intimité ;

- la preuve de la notification de l'arrêté retirant l'arrêté attaqué à la pétitionnaire n'est pas rapportée par la commune ;

- il y a urgence à suspendre l'exécution de l'arrêté attaqué, la condition d'urgence étant présumée en l'espèce et les travaux n'étant pas terminés ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige ; en effet :

. le dossier de la demande est incomplet et ne répond pas aux exigences des articles R. 431-7 et suivants du code de l'urbanisme, les pièces produites ne permettant pas d'apprécier le parti pris architectural, l'insertion du projet dans son environnement et le traitement des accès et du terrain ;

. l'arrêté attaqué constitue en réalité un véritable nouveau permis de construire, et non un simple permis modificatif, le maire ayant autorisé l'édification d'une nouvelle construction en lieu et place des constructions initiales qui ont été détruites ; or, aucune demande de permis de démolir n'a été présentée ; le règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone Ah n'autorise pas la démolition complète d'un bâtiment et une reconstruction n'ayant plus aucun rapport avec la construction initiale ;

. le règlement applicable à la zone Ah ne permet pas l'édification d'une construction neuve après démolition d'un bâtiment existant ; par ailleurs, l'habitation autorisée par le permis litigieux ne constitue pas une habitation nécessaire à l'exploitation agricole ;

. en outre, l'article A2 du règlement n'autorise que la réhabilitation et l'extension mesurée des bâtiments existants, dans la limite de 30 % de la surface de plancher initiale ; or, cette limite est dépassée en l'espèce ;

. enfin, le projet, qui ne respecte pas le caractère des lieux avoisinants, méconnaît l'article A11 du règlement du plan local d'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2022, Mme C, représentée par l'AARPI Cofluences, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 500 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- compte tenu des seules modifications apportées au projet initial par le permis de construire modificatif litigieux, Mme A ne dispose d'aucun intérêt à agir, en l'absence de toute incidence sur les conditions d'occupation et de jouissance de son bien ;

- la condition d'urgence n'est pas démontrée, dès lors en effet qu'elle a été informée par la commune de Saint-Priest de l'engagement d'une procédure de retrait de l'arrêté attaqué ;

- subsidiairement, aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ; en effet :

. la demande de permis, qui notamment permet d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement, répond aux exigences des articles R. 431-7 et suivants du code de l'urbanisme ;

. en l'absence de délibération instituant l'obligation d'obtenir un permis de démolir et de mention d'une telle obligation par le règlement du plan local d'urbanisme, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'une demande de permis de démolir aurait dû être présentée ; compte tenu des modifications apportées au projet initial, elle pouvait régulièrement présenter une demande de permis modificatif ;

. la demande de permis comporte une erreur matérielle et le projet respecte bien les dispositions de l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme, qui limitent les extensions à 30 % de la surface de plancher initiale ;

. enfin, l'article A11 du règlement est également respecté, le projet étant en parfaite cohérence avec l'architecture locale.

Par deux mémoires, enregistrés les 5 et 6 décembre 2022, la commune de Saint-Priest, représentée par la SELARL Fayol et associés, conclut au non-lieu à statuer sur la requête.

Elle soutient que, par un arrêté du 5 décembre 2022, le maire a retiré l'arrêté litigieux et a refusé de délivrer le permis demandé ; les travaux qui étaient initialement autorisés ne peuvent dès lors plus être réalisés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête, enregistrée le 16 novembre 2022 sous le n° 2208465, par laquelle Mme A demande au tribunal d'annuler la décision dont elle demande la suspension dans la présente requête.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Chenevey, président de la 2ème chambre, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Chenevey, juge des référés ;

- Me Barette, pour Mme A, qui a repris les faits, moyens et conclusions exposés dans la requête, en précisant en outre que la notification de l'arrêté retirant le permis modificatif litigieux ayant été faite à l'époux de Mme C, et non à cette dernière, ce permis ne peut être regardé comme ayant été valablement retiré ;

- Me Blanc, pour la commune de Saint-Priest, qui a repris les faits, moyens et conclusions exposés dans les écritures en défense, en précisant en outre qu'un seul moyen est susceptible de prospérer, en l'occurrence celui tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme, limitant à 30 % la surface de l'extension d'une construction existante ; ce moyen a justifié le retrait de l'arrêté attaqué par la maire ; si la notification de l'arrêté de retrait a effectivement été effectuée auprès de l'époux de Mme C, la notification postale à celle-ci est en cours ; cet arrêté a été transmis au contrôle de légalité et publié ;

- Me Gay, pour Mme C, qui a repris les faits, moyens et conclusions exposés dans le mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du 1er alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. "

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. La construction d'un bâtiment autorisée par un permis de construire présente un caractère difficilement réversible et, par suite, lorsque la suspension d'un permis de construire est demandée sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la condition d'urgence est en principe satisfaite ainsi que le prévoit l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme. Il ne peut en aller autrement que dans le cas où le pétitionnaire ou l'autorité qui a délivré le permis justifie de circonstances particulières. Il appartient alors au juge des référés de procéder à une appréciation globale de l'ensemble des circonstances de l'espèce qui lui est soumise.

3. Il résulte de l'instruction que l'arrêté du 16 septembre 2022 dont Mme A demande la suspension a été retiré par un arrêté du 5 décembre 2022 de la maire de la commune de Saint-Priest. Il n'est pas contesté que, comme indiqué sur cet arrêté de retrait, celui-ci a été adressé au contrôle de légalité et reçu en préfecture le 5 décembre 2022. Par ailleurs, sa notification a pu être valablement effectuée à l'époux de la bénéficiaire du permis litigieux. Dans ces conditions, ce permis ayant disparu de l'ordonnancement juridique et les travaux engagés en exécution de ce permis ne pouvant dès lors être poursuivis, la condition d'urgence requise par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requête de Mme A doit être rejetée, y compris les conclusions tendant au remboursement des frais non compris dans les dépens.

5. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à la commune de Saint-Priest et à Mme C.

Fait à Lyon le 7 décembre 2022.

Le juge des référés La greffière

J.-P. Chenevey G. Montézin

La République mande et ordonne au préfet de l'Ardèche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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