vendredi 17 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2208659 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | ABDOURAOUFI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 22 novembre et 26 décembre 2022, M. D A E, représenté par Me Abdouraoufi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 juillet 2022 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de réexaminer sa situation dans le délai qui sera déterminé par le tribunal et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait été à nouveau statuer sur son droit au séjour.
M. A E soutient que :
- sa requête est recevable ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
1°) s'agissant de la décision portant refus de séjour :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 dès lors que l'autorité préfectorale aurait pu lui délivrer un titre de séjour en vertu de son pouvoir de régularisation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
2°) s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
3°) s'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par exception d'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.
Par des mémoires en défense, enregistré au greffe les 16 décembre 2022 et 4 janvier 2023, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
M. A E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (55%) par une décision du 21 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A E, ressortissant marocain né le 22 mars 1999, déclare être entré en France en novembre 2019. Le 17 mai 2022, l'intéressé a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté en date du 26 juillet 2022, la préfète de l'Ain a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. A E demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.
2. L'arrêté attaqué, en date du 26 juillet 2022, a été signé par Mme F C, directrice de la citoyenneté et de l'intégration de la préfecture de l'Ain, en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté de la préfète du 31 janvier 2022, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de l'Ain du 1er février 2022. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige, qui manque en fait, doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
4. M. A E fait état de son absence d'attaches au Maroc, sa mère étant décédée en septembre 2011 et son père en raison de son indigence l'ayant confié à sa tante maternelle vivant en Belgique où il a vécu jusqu'à sa majorité, de ce que ses seules attaches familiales se trouveraient désormais en France où résident ses cousins et cousines de nationalité française, de ce qu'il s'y est intégré professionnellement par l'exercice d'activités salariées dans le secteur de l'alimentaire, notamment durant la période de crise sanitaire, et socialement par sa pratique sportive associative. Toutefois, le requérant a vécu l'essentiel de son existence en dehors du territoire français et, par suite, il a été séparé des attaches familiales dont il se prévaut en France. En outre, M. A E se borne à produire une attestation d'hébergement de son cousin de nationalité française et la copie de la carte nationale d'identité de sa cousine, domiciliée à la même adresse, mais ces documents ne permettent pas de démontrer l'existence de liens à la fois anciens, intenses et stables en France alors que le requérant y demeure célibataire et sans charge de famille, ainsi qu'il ressort de son formulaire de demande de titre de séjour. Par ailleurs, le cours de français et son engagement bénévole associatif initié en juillet 2022 au sein d'un club de football ne démontrent pas que M. A E aurait établi le centre de ses intérêts en France où sa présence demeure encore récente. La circonstance qu'il ait exercé des activités salariées ne démontre pas une intégration professionnelle à la fois ancienne et durable, la promesse d'embauche pour un poste de serveur versé à l'instance étant postérieure à la date de la décision attaquée et M. A E se trouvant sans emploi. Enfin, si le requérant verse au débat l'acte de décès de sa mère, l'acte d'état d'indigence de son père établi devant notaire le 7 décembre 2011 et le projet d'acte notarié d'adoption simple par sa tante et son oncle établi le 13 novembre 2019 en Belgique où ces derniers résident, ces éléments ne démontrent pas que M. A E, désormais majeur, ne pourrait poursuivre sa vie privée et familiale ailleurs qu'en France, notamment au Maroc, pays dont il a la nationalité et où il conserve nécessairement des attaches culturelles et sociales puisqu'il ressort des pièces du dossier qu'il y a été scolarisé au cours des années 2014-2015 et 2016-2017. Dans ces conditions, M. A E n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France au regard des buts poursuivis. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent ainsi être écartés. Par les mêmes motifs et en l'absence d'argumentation spécifique, la préfète de l'Ain ne saurait être regardée comme ayant commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision portant refus de séjour sur la situation personnelle et familiale de M. A E.
5. En deuxième lieu, M. A E soutient qu'il serait éligible à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " en application des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain susvisé. Toutefois, l'intéressé a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et non son admission au séjour en qualité de salarié et, dès lors que la préfète de l'Ain ne s'est pas prononcée sur le droit au séjour du requérant au regard de l'article 3 de l'accord franco-marocain susvisé, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté comme inopérant.
6. En dernier lieu, eu égard à la situation personnelle et familiale de M. A E, célibataire et sans charge de famille en France, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation que la préfète de l'Ain a pu refuser de lui délivrer, à titre exceptionnel, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. En l'absence d'illégalité de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
8. En premier lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant refus titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de ces décisions et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.
9. En second lieu, le requérant peut être regardé comme invoquant une erreur manifeste d'appréciation lorsqu'il fait état, dans le dernier état de ses écritures, de ce qu'il a vécu entre la Belgique et la France depuis sa majorité et ne saurait être renvoyé au Maroc où il n'aurait aucune attache. Toutefois, M. A E n'apporte pas la preuve de ce qu'il ne pourrait poursuivre son existence dans son pays d'origine où il ressort des pièces du dossier qu'il a été scolarisé. Par suite, en fixant au pays dont il a la nationalité ou tout pays où il établit être légalement admissible le pays à destination duquel M. A E pourra être reconduit d'office, la préfète de l'Ain n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que cette requête doit être rejetée, en ce comprises les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A E et à la préfète de l'Ain.
Délibéré après l'audience du 27 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
M. Pineau, premier conseiller,
M. Gueguen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2023.
Le rapporteur,
N. B
La présidente,
A. Baux
La greffière,
S. Rolland
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026