vendredi 16 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2208993 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | BROCARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 2, 5 et 7 décembre 2022, M. B C, représenté par Me Brocard, demande au tribunal :
1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 2 décembre 2022 par lequel le préfet du Rhône a décidé son transfert aux autorités espagnoles pour l'examen de sa demande d'asile ainsi que l'arrêté du même jour l'assignant à résidence ;
3°) d'enjoindre au préfet d'enregistrer sa demande d'asile dans un délai de huit jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté de transfert :
- l'arrêté de transfert est entaché d'incompétence ;
- il méconnaît le principe d'intelligibilité dès lors qu'il est intitulé " arrêté portant remise " ;
- il est dépourvu de base légale en ce qu'il ne mentionne notamment ni l'article 18 du règlement UE n° 604/2013 du 26 juin 2013 ni l'alinéa applicable à sa situation ;
- la procédure est irrégulière faute pour le préfet de justifier de la remise, en langue arabe, de la brochure A " j'ai demandé l'asile dans l'union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " et de la brochure B " je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' " ;
- il n'est pas justifié qu'il a bénéficié d'un entretien individuel et confidentiel, mené par un agent qualifié de la préfecture et en présence d'un interprète identifié et qualifié, en méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ; le résumé de l'entretien ne reprend pas de façon fiable ses déclarations, notamment quant à l'absence de vulnérabilité ;
- l'arrêté de transfert méconnaît son droit d'être entendu préalablement à cette décision ;
- le préfet a entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier de sa situation, notamment de son état de santé ;
- l'arrêté de transfert méconnaît l'article 17 du règlement (UE) n° 604/22013 du 26 juin 2013 en ce qu'un déplacement dans un autre pays présente un risque dommageable de rupture de son traitement et de sa prise en charge médicale ;
En ce qui concerne l'arrêté d'assignation :
- l'arrêté d'assignation est entaché d'incompétence ;
- il est entaché d'un défaut de motivation en ce qu'il mentionne dans les visas qu'il est pris en application de l'arrêté du 2 novembre 2022 portant " réadmission aux autorités espagnoles " ;
- il est illégal par voie d'exception de l'illégalité de l'arrêté de transfert.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 et 7 décembre 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Lyon a désigné Mme D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les observations de Me Brocard, avocate, pour M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête et déclare renoncer aux moyens tirés d'une part de l'incompétence du signataire des décisions attaquées, d'autre part du vice de procédure faute pour le préfet de justifier de la remise à l'intéressé, en langue arabe, des Brochures A et B Dublin ; elle insiste sur l'absence de confidentialité de l'entretien qui s'est déroulé au guichet de la préfecture sans possibilité de faire état de sa vulnérabilité, et sur la circonstance que l'interprète à qui il en a fait part par téléphone n'a pas relu le résumé de l'entretien en français qu'on lui a demandé de signer et qui ne faisait pas état de ses problèmes médicaux, ce qui méconnaît son droit à être entendu ;
- les observations de M. C, assisté de M. A E, interprète en langue arabe, qui, levant le secret médical à l'audience, déclare être positif au virus de l'immunodéficience humaine (VIH) pour lequel il bénéficie d'un suivi en France depuis deux mois et va subir une intervention liée aux condylomes anaux dont il souffre, initialement prévue le 28 décembre 2022 mais avancée, pour urgence, au 14 décembre prochain au regard du risque de dégénérescence en cancer.
Le préfet du Rhône n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
1. M. C, ressortissant algérien né le 23 juillet 1990, entré irrégulièrement sur le territoire français le 23 septembre 2022 selon ses déclarations, s'est présenté aux services de la préfecture le 30 septembre 2022 afin d'y solliciter l'asile. La consultation des données de l'unité centrale Eurodac lors de l'instruction de cette demande a révélé que ses empreintes avaient préalablement été relevées le 11 septembre 2022 en Espagne, suite à un franchissement irrégulier de la frontière. Les autorités espagnoles, saisies le 18 octobre 2022 par le préfet du Rhône d'une demande de prise en charge de l'intéressé, en application de l'article 13 du règlement (UE) n° 604/2013. Ces autorités ont donné leur accord le 25 octobre 2022 pour la réadmission de l'intéressé en application de l'article 22 du règlement (UE) n° 604/2013. Par arrêtés du 2 décembre 2022, le préfet du Rhône a décidé de remettre M. C aux autorités espagnoles et l'a assigné à résidence. Le requérant demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Compte tenu de l'urgence à statuer résultant de l'application de la procédure prévue aux articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auxquels renvoie l'article L. 572-6 du même code, il y a lieu d'admettre M. C, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions d'annulation :
3. Aux termes de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ". Il résulte de ces dispositions que si une demande d'asile est examinée par un seul Etat membre et qu'en principe cet Etat est déterminé par application des critères d'examen des demandes d'asile fixés par son chapitre III, dans l'ordre énoncé par ce chapitre, l'application de ces critères est toutefois écartée en cas de mise en œuvre de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de l'article 17 du règlement, qui procède d'une décision prise unilatéralement par un Etat membre. Cette faculté laissée à chaque Etat membre est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. C, entré en France le 23 septembre 2022 en provenance d'Espagne, a consulté dès son arrivée l'association Médecins du Monde, et que son état de santé a nécessité, dès le mois d'octobre 2022, des examens en urgence réalisés par les hospices civils de Lyon (HCL),lesquels ont constaté à son entrée en clinique un poids de 40 kg pour 1,76 mètres (12,91 kg/m2 d'IMC) résultant d'une perte de poids de 5 kg en quelques mois accompagnée d'une asthénie . Un premier diagnostic arrêté le 12 octobre 2022 a permis d'établir qu'il présentait une infection au VIH et une condylomatose anale majeure justifiant un traitement médicamenteux quotidien, ainsi qu'un suivi spécialisé en infectiologie, éducation thérapeutique, suivi psychologique et suivi proctologique, effectué à l'hôpital de la Croix-Rousse. L'intéressé a été hospitalisé le 10 octobre 2022 dans le cadre d'un bilan VIH et est convoqué le 28 décembre 2022 pour une hospitalisation, décidée, selon ses déclarations non contestées, en urgence, dans le cadre du traitement des condylomes anaux en raison du risque de dégénérescence en cancer. Ces circonstances, bien qu'ignorées par le préfet, révèle un état de santé antérieur à la décision contestée. Dans ces conditions, eu égard à la particulière vulnérabilité, tant physique que psychologique, de M. C, et au caractère urgent de la mise en place d'un suivi médical adapté à son état de santé à la date de la décision attaquée, celle-ci est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du pouvoir discrétionnaire dont le préfet dispose en application des dispositions précitées de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 décembre 2022 par lequel le préfet du Rhône a décidé son transfert aux autorités espagnoles, et, par voie de conséquence, l'annulation de l'arrêté du même jour l'assignant à résidence.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
6. Le présent jugement implique nécessairement, eu égard au motif sur lequel il se fonde, que le préfet du Rhône délivre à M. C une attestation de demande d'asile lui permettant de saisir l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de délivrer à l'intéressé cette attestation dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu en revanche d'assortir cette injonction d'une astreinte.
D E C I D E
Article 1er : M. C est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Les arrêtés du 2 décembre 2022 par lesquels le préfet du Rhône a décidé de transférer M. C aux autorités espagnoles et l'a assigné à résidence dans le département du Rhône sont annulés.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Rhône de délivrer à M. C une attestation de demande d'asile lui permettant de saisir l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.
Article 4 : Le surplus des conclusions présentées par M. C est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Rhône.
Copie en sera adressée à Me Brocard.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.
La magistrate désignée,
M. D
La greffière,
G. Montézin
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026