jeudi 8 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2209033 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | BROCARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 et 7 décembre 2022, M. B A E, représenté par Me Brocard, demande au tribunal :
1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 5 décembre 2022 par lequel le préfet du Rhône a décidé son transfert aux autorités suisses pour l'examen de sa demande d'asile ainsi que l'arrêté du même jour l'assignant à résidence ;
3°) d'enjoindre au préfet d'enregistrer sa demande d'asile dans le délai de huit jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté de transfert :
- il méconnaît le principe d'intelligibilité dès lors qu'il est intitulé " arrêté portant remise d'un étranger aux autorités d'un pays signataire du règlement UE numéro 604/2013 " ;
- il n'est pas justifié qu'il a bénéficié d'un entretien mené par un agent qualifié de la préfecture au sens de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- sa demande d'asile a été rejetée en Suisse et il devait être expulsé en République démocratique du Congo où il craint pour sa sécurité compte tenu de la disparition de sa fille et de sa mère, des menaces à l'encontre des membres de sa famille après son départ du pays et des critiques qu'il a formulées contre les dirigeants dans un article rédigé dans le cadre d'une association suisse ; en Suisse, il a été arrêté pour identification, ce qui l'a perturbé moralement et physiquement ;
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de l'arrêté de transfert ;
- il a été privé du droit d'être entendu, ce qui lui aurait permis de faire valoir sa solution d'hébergement dans le département de l'Isère ;
- cette mesure est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences au regard des modalités qu'elle fixe, en ce qu'elle l'assigne dans le département du Rhône à une présentation une fois par semaine.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Lyon a désigné Mme C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les observations de Me Brocard, avocate, pour M. A E, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient en outre que l'entretien s'est déroulé dans des conditions irrégulières dès lors que le résumé ne mentionne pas que les membres de sa famille résident en Suisse, ce qui révèle que la question ne lui a pas été posée ;
- les observations de M. A E, qui affirme que ses parents et des membres de sa fratrie résident en Suisse, qu'il a fait une dépression à la suite des courriers d'expulsion qu'il a reçus des autorités suisses qui ont rejeté en 2020 sa demande d'asile sans que ses recours contre cette décision n'aboutissent ; questionné sur son lieu de résidence, il déclare avoir trouvé une place dans une église, en Isère, grâce à un compatriote.
Le préfet du Rhône n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré a été enregistrée par le préfet du Rhône le 7 décembre 2022.
1. M. A E, ressortissant de la République démocratique du Congo né le 22 mars 1990, entré irrégulièrement sur le territoire français le 4 septembre 2022 selon ses déclarations, s'est présenté aux services de la préfecture le 8 septembre 2022 afin d'y solliciter l'asile. La consultation des données de l'unité centrale Eurodac lors de l'instruction de cette demande a révélé que ses empreintes avaient préalablement été relevées le 5 décembre 2018 en Suisse où il a demandé l'asile. Les autorités suisses, saisies le 6 octobre 2022 par le préfet du Rhône d'une demande de reprise en charge de l'intéressé, en application de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013. Ces autorités ont donné leur accord le 10 octobre 2022 pour la réadmission de l'intéressé en application de l'article 25 du règlement (UE) n° 604/2013. Par arrêtés du 2 décembre 2022, le préfet du Rhône a décidé de remettre M. A E aux autorités suisses et l'a assigné à résidence. Le requérant demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Compte tenu de l'urgence à statuer résultant de l'application de la procédure prévue aux articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auxquels renvoie l'article L. 572-6 du même code, il y a lieu d'admettre M. A E, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté de transfert :
3. En premier lieu, l'intitulé " Arrêté portant remise d'un étranger aux autorités d'un pays signataire du Règlement (UE) n°604/2013 " n'affecte en rien l'intelligibilité de l'arrêté litigieux, le préfet, qui vise notamment le règlement (UE) n°604/2013 et l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ayant bien entendu appliquer à l'intéressé la procédure de transfert de l'étranger en vue de l'examen de sa demande d'asile et non celle de la remise d'un étranger prévue aux articles L. 621-1 à L. 621-7 du même code. Par suite, cet intitulé est, en l'espèce, sans incidence sur la légalité de l'arrêté de transfert.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604-2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. () / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. () ".
5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. A E a été reçu le 8 septembre 2022 à la préfecture du Rhône par un agent du bureau de l'asile et de l'hébergement, dont le requérant n'apporte pas la preuve qu'il ne serait pas un agent qualifié au sens des dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. D'autre part, si le requérant déclare que le résumé de l'entretien mentionne à tort qu'il n'a pas de famille en Suisse, cette circonstance n'est pas de nature à vicier le déroulement de l'entretien, alors au demeurant que l'intéressé a certifié sur l'honneur exacts les renseignements retranscrits dans le résumé de l'entretien. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté dans ses deux branches.
6. Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe par en vertu des critères fixés par le présent règlement / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ". Il résulte de ces dispositions que la faculté laissée à chaque État membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile. Cette possibilité doit en particulier être mise en œuvre lorsqu'il y a des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé courra, dans le pays de destination, un risque réel d'être soumis à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. Si le requérant fait valoir que sa demande d'asile a été définitivement rejetée par les autorités suisses qui ont également décidé son expulsion vers la République démocratique du Congo où il craint pour sa sécurité, l'arrêté de transfert litigieux a seulement pour objet de le remettre aux autorités suisses, responsables de sa demande d'asile, et il ne produit aucun élément établissant le rejet définitif de sa demande d'asile par ces dernières, ni l'existence et le caractère exécutoire d''une mesure d'éloignement prise à son encontre à destination de son pays d'origine. S'il fait en outre état de problèmes de santé lié à une situation de dépression consécutive aux risques qu'il encoure en cas d'expulsion vers la République démocratique du Congo, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que sa demande d'asile n'a pas fait l'objet d'un réel examen par les autorités de ce pays ni que la prise en charge de son état de santé ne pourrait être assuré en Suisse. Par suite, en refusant de faire usage de la possibilité de faire examiner par la France la demande d'asile de M. A E, le préfet du Rhône n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
8. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation par voie de conséquence de l'arrêté d'assignation du fait de l'illégalité de l'arrêté de transfert.
9. En deuxième lieu, le requérant fait valoir qu'il a été privé de son droit d'être entendu préalablement à l'édiction de la mesure d'assignation, puisqu'il n'a pas pu faire état de ce qu'il dispose d'une adresse stable dans l'Isère. Toutefois, il ressort tant de l'arrêté du 5 décembre 2022 portant assignation à résidence que du récépissé de cet arrêté l'accompagnant, notifié le même jour à 10 heures 53 minutes par l'agent notificateur de la préfecture du Rhône et signé par l'intéressé, que ce dernier a été informé, d'une part, de ce qu'il faisait l'objet, pour l'exécution de l'arrêté de transfert à destination de la Suisse, d'une assignation à résidence, et de ses droits quant à la possibilité " de présenter des observations, avertir un conseil ou une personne de (son) choix ". A cet égard, il ne ressort pas des autres pièces du dossier que l'étranger aurait été empêché de faire valoir toute observation utile relative à sa situation, en particulier s'agissant de son lieu de résidence. Dès lors, M. A E, qui a au demeurant présenté des observations écrites avant l'exécution de l'arrêté de transfert litigieux notifié le même jour à la même heure, n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait été privé du droit d'être entendu, alors en tout état de cause qu'il ne justifie par aucune pièce de ce qu'il dispose d'une résidence stable dans le département de l'Isère. Dès lors, le moyen doit être écarté.
10. En dernier lieu, si le requérant fait valoir qu'il ne dispose d'aucune solution d'hébergement dans le département du Rhône, il ne justifie d'aucune autre résidence dans le département de l'Isère, alors que le préfet indique dans sa décision, sans être contesté sur ce point, que l'intéressé est domicilié chez Forum Réfugiés à Lyon 7. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation entachant la mesure d'assignation prononcée à son encontre doit être écarté.
11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A E n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 5 décembre 2022 prononçant respectivement son transfert aux autorités suisses et son assignation à résidence dans le département du Rhône.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
12. Par suite, les conclusions présentées à fin d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E
Article 1er : M. A E est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A E est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A E et au préfet du Rhône.
Copie en sera adressée à Me Brocard.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2022.
La magistrate désignée,
Mme C
La greffière,
Mme D
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026