vendredi 23 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2209463 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | GREPINET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 décembre 2022, M. D B, représenté par Me Grepinet, demande l'annulation des décisions du 18 décembre 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois.
Il soutient qu'il est en France depuis quinze ans, qu'il y a grandi et fait ses études. Il n'a plus de famille en Tunisie. Il est sous contrôle judiciaire et a besoin d'une carte de séjour pour travailler. Il a des projets de mariage et d'enfants avec sa copine.
Le préfet du Rhône a produit des pièces, enregistré le 21 décembre 2022.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Lyon a désigné Mme C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Sautier, magistrate désignée, qui a indiqué que, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'incompétence du magistrat désigné pour connaître des conclusions à fin d'annulation de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, qui relèvent d'une formation collégiale ;
- les observations de Me Grepinet, représentant M. B, absent à l'audience publique, qui reprend les conclusions de la requête et invoque des nouveaux moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard de sa durée de treize ans de présence en France et de la présence de son enfant français pour lequel aucune action en contestation de paternité n'a été intentée, de la méconnaissance des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que M. B est convoqué à une audience correctionnelle le 17 mai 2023, et enfin de ce que sa situation personnelle caractérise, au égard à sa durée de séjour et ses attaches sur le territoire, des circonstances humanitaires faisant obstacle à l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français ;
- les observations de M. A, représentant le préfet du Rhône, qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens ne sont pas fondés ; il rappelle le parcours de l'intéressé qui déclare être entré en France en 2009, s'est vu refuser un titre de séjour étudiant le 6 avril 2010, a bénéficié d'un titre de séjour en qualité de père d'un enfant français du 21 décembre 2011 au 21 décembre 2013 dont le renouvellement a été refusé en 2014 en raison de suspicion de reconnaissance frauduleuse de paternité et a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 19 septembre 2014 ; il fait valoir que l'intéressé ne justifie pas d'une résidence effective et permanente depuis 2009 sur le territoire alors d'ailleurs qu'il y a fait l'objet de périodes de détention de plus de vingt-six mois, que son comportement constitue une menace pour l'ordre public et qu'il a fait l'objet d'une interdiction judiciaire définitive du territoire le 6 février 2018, que l'enfant qu'il a reconnu a été placé à l'aide sociale à l'enfance en 2013 et que M. B ne bénéficie que d'un droit de visite médiatisé une fois par mois.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par décisions du 18 décembre 2022, le préfet du Rhône a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B, ressortissant tunisien né le 13 août 1992, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois. Le requérant, qui par ailleurs a été assigné pour une durée de quarante-cinq jours par une décision du même jour du préfet du Rhône, demande l'annulation de ces premières décisions.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.
Sur l'étendue du litige :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8. ". Aux termes de l'article L. 614-9 du même code : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction, ou les magistrats honoraires inscrits sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative, statue au plus tard quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours. / Dans le cas où la décision d'assignation à résidence ou de placement en rétention intervient en cours d'instance, le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin statue dans un délai de cent quarante-quatre heures à compter de la notification de cette décision par l'autorité administrative au tribunal. ".
4. D'autre part, aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, applicable en cas d'assignation à résidence : " () lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire. ".
5. Il résulte des dispositions précitées qu'il appartient au magistrat désigné de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation d'un délai de départ volontaire et du pays de destination et des conclusions accessoires dont elles sont assorties. En revanche, il ne lui appartient pas de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de séjour ni sur les conclusions accessoires dont elles sont assorties. Dès lors, les conclusions de M. B tendant à l'annulation du refus de séjour qui lui a été opposé doivent être réservées jusqu'à qu'il y soit statué et renvoyées à une formation collégiale du présent tribunal.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
6. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et liberté d'autrui ".
7. M. B fait valoir qu'il est arrivé régulièrement en France le 3 août 2009 de sorte qu'il y séjourne depuis treize ans, qu'il y a grandi et fait ses études, qu'il n'a plus de famille en Tunisie mais est père d'un enfant français résidant sur le territoire, qu'il est actuellement sous contrôle judiciaire et a besoin d'une carte de séjour pour travailler, enfin qu'il a des projets de mariage et d'enfants avec sa copine. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, qui ne justifie par aucun élément de l'ancienneté et du caractère habituel de sa résidence en France alléguée depuis 2009, au demeurant marquée par des périodes de détention, s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français après l'obligation de quitter le territoire français sans délai prononcée à son encontre le 19 septembre 2014 et après l'interdiction judiciaire définitive du territoire prononcée à son encontre le 6 février 2018 par le tribunal judiciaire de Lyon en complément de la peine de huit mois de prison pour des faits de vol par ruse, effraction ou escalade, vol en réunion. Il ne conteste en outre pas la matérialité des faits pour lesquels il a fait l'objet de dix-huit signalements aux services de police sur les années 2012, 2015, 2018, 2021 et 2022, sous son identité ou son homonyme, pour des faits notamment de blanchiment aggravé, aide en bande organisée à la justification mensongère de l'origine des biens ou revenus de l'auteur d'un délit, violence par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, menace de mort réitérées commise par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, détention non autorisée de stupéfiants, vol en réunion, vol aggravé, port ou détention d'armes prohibées. S'il se prévaut de sa relation avec sa concubine sur le territoire, il ressort des pièces du dossier qu'il est convoqué le 17 mai 2023 devant le tribunal correctionnel de Lyon pour y être jugé des faits du 17 décembre 2022 de violences volontaires ayant entraîné une incapacité totale de travail supérieure à huit jours sur sa partenaire de pacte civil de solidarité et qu'il est, dans cette attente, sous contrôle judiciaire. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il aurait par ailleurs maintenu un lien effectif et contribué à l'éduction et l'entretien de son fils français, notamment en exerçant son droit de visite depuis 2013. Dans ces conditions, compte tenu de ses conditions de séjour, le préfet du Rhône n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquelles les décisions litigieuses ont été prises. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit dès lors être écarté.
8. En deuxième lieu, M. B se prévaut de la violation de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que les décisions litigieuses l'empêcheraient d'assurer personnellement sa défense devant le tribunal correctionnel de Lyon, devant lequel il est convoqué le 17 mai 2023. Alors même que l'interdiction de retour pour une durée de vingt-quatre mois prononcée à son encontre fera effectivement obstacle à la délivrance d'un visa temporaire qu'il pourrait obtenir pour pouvoir se rendre à la convocation des autorités judiciaires, le requérant dispose toutefois de la possibilité de se faire représenter par son conseil pour l'ensemble de cette procédure. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Rhône a méconnu les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. En dernier lieu, et pour les motifs exposés au point 7, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il justifie, au égard à la durée de son séjour et de ses attaches sur le territoire, de circonstances humanitaires faisant obstacle à l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français.
10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions du 18 décembre 2022 par lesquelles le préfet du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français durant vingt-quatre mois doivent être rejetées.
D E C I D E
Article 1 : Les conclusions de M. B à fin d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et lui interdisant de retourner sur le territoire français durant vingt-quatre mois en date du 18 décembre 2022 du préfet du Rhône sont rejetées.
Article 2 : Les conclusions de M. B dirigées contre la décision du préfet du Rhône du 18 décembre 2022 portant refus de titre de séjour sont renvoyées à une formation collégiale.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 décembre 2022.
La magistrate désignée
M. CLa greffière,
G. Montézin
La République mande et ordonne au préfet du Rhône, en ce qui les concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026