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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2209511

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2209511

mardi 10 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2209511
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSCP COUDERC ZOUINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 décembre 2022, M. B A, représenté par la SCP Couderc-Zouine, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative et jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité, la suspension de l'exécution de la décision du 30 novembre 2022 par laquelle le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de salarié ;

3°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer provisoirement un certificat de résidence d'un an, dans un délai de cinq jours, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans ce même délai et de lui délivrer, dans l'attente, sans délai, un récépissé l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'État le paiement à son conseil d'une somme de 1 300 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à charge pour celui-ci de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle, ou, dans l'hypothèse dans laquelle l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, de mettre cette même somme à son profit.

Il soutient que :

- il existe une présomption d'urgence dans l'hypothèse, comme en l'espèce, d'une demande de renouvellement de titre de séjour ; en outre, la décision attaquée le place dans une situation d'irrégularité et fait obstacle à la poursuite de son activité professionnelle ; il est ainsi désormais sans ressource et, de plus, risque de perdre son emploi ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ; en effet :

. cette décision est entachée d'une erreur de droit et méconnaît les stipulations du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien ; dès lors que le titre de séjour dont il disposait n'a pas été retiré, le préfet ne pouvait priver d'effet cette décision pour considérer qu'il ne disposait d'aucun droit au séjour ; il remplit toutes les conditions posées pour la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié ;

. en estimant qu'il a commis une fraude, le préfet a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation ;

. compte tenu de sa situation sur le territoire français, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 décembre 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas démontrée, dès lors en effet que la suspension du contrat de travail dont dispose le requérant ne résulte que de son propre fait ; en outre, il n'a que récemment présenté une demande d'autorisation de travail et obtenu, le 5 octobre 2022, une décision favorable ;

- aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ; en effet :

. compte tenu de l'absence de toute vie commune avec l'épouse française de M. A, le titre de séjour qu'il a obtenu en qualité de conjoint d'une ressortissante française ne peut être renouvelé ;

. l'intéressé ne peut être regardé comme ayant régulièrement séjourné sur le territoire français en vertu d'un certificat de résidence le dispensant de la détention d'un visa de long séjour ; par suite, il ne peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié ;

. le refus de titre en litige ne porte pas une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de M. A.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête, enregistrée le 20 décembre 2022 sous le n° 2209497, par laquelle M. A demande au tribunal d'annuler la décision dont il demande la suspension dans la présente requête.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Chenevey, président de la 2ème chambre, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Chenevey, juge des référés ;

- Me Zouine, pour, qui a repris les faits, moyens et conclusions exposés dans la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du 1er alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. " Le premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code précise que : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. "

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier si la condition d'urgence est remplie compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe satisfaite dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait du titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

3. M. A, ressortissant algérien né le 6 juin 1987, est arrivé en France le 31 décembre 2017. A la suite de son mariage le 18 juin 2019 avec une Française, il a obtenu un certificat de résidence en application des stipulations du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, valable du 17 mars 2020 au 16 mars 2021, en qualité de conjoint d'une ressortissante de nationalité française. Il a demandé le renouvellement de ce titre de séjour le 9 mars 2021. Il fait valoir qu'au cours de l'instruction de cette demande, il a demandé au préfet, en raison de la rupture de la vie commune avec son épouse intervenue au début de l'année 2022, de lui délivrer un titre de séjour en qualité de salarié. Il demande au juge des référés du tribunal d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 précité du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 30 novembre 2022 par laquelle le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour en cette dernière qualité.

4. Toutefois, d'une part, il résulte de ce qui précède que, par le refus de titre de séjour en litige, le préfet du Rhône n'a pas refusé de renouveler le certificat de résidence précité dont disposait M. A. Ce dernier ne peut dès lors se prévaloir de la présomption d'urgence qui existe dans le cas dans lequel est demandée la suspension de l'exécution d'un refus de renouvellement du titre de séjour.

5. D'autre part, il résulte de l'instruction que, postérieurement à l'audiencement de la présente requête en référé-suspension, le tribunal a convoqué M. A à une audience, le 8 mars 2023, en vue de l'examen de la requête en annulation visée ci-dessus tendant à l'annulation du refus de titre de séjour présentement contesté. Dans ces conditions, même si l'employeur de l'intéressé a pour l'heure suspendu le contrat de travail à durée indéterminée à plein temps dont il bénéficie, dans l'attente de la clarification de sa situation, compte tenu de cette date rapprochée de l'audience au cours de laquelle la situation de M. A sera examinée, celui-ci ne peut être regardé comme justifiant de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente de la décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

6. Dans ces conditions, la condition d'urgence requise par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il y ait lieu de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire, que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au préfet du Rhône.

Fait à Lyon le 10 janvier 2023.

Le juge des référés La greffière

J.-P. Chenevey G. Montézin

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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