vendredi 20 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2300267 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | LOUIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 janvier 2023, M. B A E doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2023 par lequel la préfète de l'Ain lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a désigné le pays de destination de son éloignement, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois, et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours.
Par un mémoire enregistré le 17 janvier 2023, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- faute de comporter des moyens, la requête est irrecevable ;
- la signataire de l'arrêté attaqué était compétente pour le prendre en vertu d'un arrêté publié le 1er février 2022 au recueil des actes administratifs de la préfecture ;
- cet arrêté est suffisamment motivé en droit et en fait ;
- l'obligation de quitter le territoire français sans délai ne viole pas les articles R. 611-1 et L. 612-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté attaqué ne viole pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est entaché d'aucune erreur manifeste d'appréciation ;
- l'obligation de quitter le territoire français étant légale, la fixation du pays de renvoi n'est pas dépourvue de base légale ;
- de même, l'interdiction de retour sur le territoire français n'est pas dépourvue de base légale, ne méconnaît pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la prestation de serment de Mme F, interprète en langue arabe.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties de l'audience publique du 17 janvier 2023, au cours de laquelle, après le rapport de l'affaire, ont été entendues :
- les observations de Me Louis, représentant M. A E, qui demande son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle et conclut aux mêmes fins que la requête. Le requérant soutient que sa requête est recevable dans le cadre de cette procédure d'urgence où les moyens peuvent être développés à l'audience ; que l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ; que l'obligation de quitter le territoire français et le refus d'un délai de départ volontaire violent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; que l'interdiction de retour sur le territoire français porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale compte tenu des attaches de sa compagne en France ; que son assignation à résidence démontre qu'il justifie de garanties de représentation suffisantes ;
- et les observations de M. A E, requérant, assisté de Mme F, interprète.
La préfète de l'Ain n'était ni présente ni représentée à l'audience.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A E, ressortissant marocain né le 15 juillet 1978, ayant présenté lors d'un contrôle d'identité la copie d'une carte d'identité espagnole, a été placé en retenue administrative en vue de la vérification de son droit au séjour. Les opérations de vérification ayant abouti à la conclusion que la carte d'identité présentée était falsifiée, la préfète de l'Ain, par un arrêté du 12 janvier 2023, a prescrit à l'intéressé l'obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de son éloignement, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois et l'a assigné à résidence pour une période de quarante-cinq jours. M. A E demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A E au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :
3. L'arrêté attaqué est signé par Mme D, directrice de la citoyenneté et de l'intégration de la préfecture de l'Ain, qui a reçu délégation de la préfète de ce département pour signer de tels actes par un arrêté du 31 janvier 2022. Il appartient au juge de faire application de cet acte réglementaire qui a été publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture, alors même qu'il n'a pas été versé au dossier par l'administration. Le moyen tiré de l'incompétence de cette signataire ne peut dès lors être accueilli.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ". M. A E, ressortissant marocain, ayant présenté la copie d'une carte d'identité espagnole falsifiée, et ne présentant pas de passeport justifiant du passage régulier de la frontière muni d'un visa en cours de validité, ni de titre de séjour français, la préfète de l'Ain lui a fait obligation de quitter le territoire français sur le fondement de ces dispositions.
5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. M. A E expose que sa mère a quitté le Maroc alors qu'il était très jeune pour se remarier en France, où elle vit encore. Il serait resté seul auprès de sa grand-mère, et après le décès de celle-ci, une tentative de le faire bénéficier du regroupement familial n'aurait pu aboutir avant qu'il atteigne l'âge de 18 ans. Il se serait marié mais la famille de son épouse l'aurait séparé de celle-ci, dont il aurait divorcé sans que le couple ait eu des enfants. C'est dans ce contexte que, n'ayant pas pu obtenir la délivrance d'un visa pour la France, le requérant serait entré irrégulièrement dans l'espace Schengen en 2019. Après avoir vécu un an en Espagne, il serait venu rejoindre sa mère auprès de laquelle il réside à Bourg-en-Bresse, où il a travaillé irrégulièrement en qualité d'assistant de vie. Il serait en couple avec une Française résidant à Perpignan, avec laquelle il serait entré en relation sur internet il y a une quinzaine d'années, qu'il voit une fois par mois, et avec laquelle il dit avoir un projet de mariage. Toutefois, le requérant, qui ne produit aucune pièce d'état civil, n'établit pas être dépourvu de toute attache familiale au Maroc, et en particulier être divorcé et sans enfant dans ce pays dont il a la nationalité où il a vécu l'essentiel de sa vie, soit plus de quarante ans. Il ne justifie pas de la nature et de l'intensité des liens qu'il entretient avec sa mère, dont il a vécu séparé une quarantaine d'années. Enfin, ni la production de copies de quelques billets de trains acquis par la femme qu'il présente comme sa compagne pour venir le voir à Lyon, ni l'original d'un dossier de mariage retiré en mairie de Perpignan, qui n'a été ni rempli, ni déposé, ne suffisent pas à établir l'ancienneté et l'intensité des relations qu'il entretient avec celle-ci. Dans ces circonstances, l'obligation faite à M. A E de quitter le territoire français ne porte pas une atteinte disproportionnée au respect de son droit à une vie privée et familiale, et le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne le refus d'accorder un délai de départ volontaire :
7. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision " Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
8. En premier lieu, M. A E est entré irrégulièrement en France, n'y a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et a fait usage de la copie d'une carte d'identité espagnole falsifiée, en se prévalant de la nationalité espagnole. Il doit dès lors être présumé présenter un risque de soustraction à l'exécution de la décision d'éloignement en vertu des dispositions citées ci-dessus. Alors que le requérant ne produit aucune pièce justifiant de la réalité et de ses conditions d'hébergement par sa mère, il ne fait état d'aucune circonstance particulière permettant d'écarter cette présomption. Contrairement à ce que le requérant soutient, le fait qu'il a été assigné à résidence à l'adresse de sa mère n'établit pas qu'il présente des garanties de représentation suffisantes.
9. En deuxième lieu, le moyen tiré de ce que le refus d'accorder un délai de départ volontaire à M. A E violerait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 ci-dessus.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
11. M. A E fait valoir que la femme qu'il présente comme sa compagne, qui est française et a ses enfants en France, ne pourra le rejoindre au Maroc. Toutefois, le requérant déclare vivre en France depuis 2020. Ainsi que cela a été exposé ci-dessus, il ne démontre pas être dépourvu d'attaches au Maroc, où il a passé l'essentiel de sa vie, et il n'établit pas l'ancienneté et l'intensité des liens avec sa compagne. Le moyen tiré de ce que l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre pour une durée de dix-huit mois porterait une atteinte excessive à sa vie privée et familiale doit dès lors être écarté.
12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué et que sa requête doit être rejetée, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense par l'administration.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A E et à la préfète de l'Ain.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2023.
Le magistrat désigné,
J. C,
Premier conseiller
La greffière,
C. Driguzzi
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026