vendredi 20 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2300290 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | LEBEAUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 16 et 18 janvier 2023, M. A C demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2023 par lequel la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS), et l'a assigné à résidence dans le département de l'Ain pour une durée de quarante-cinq jours.
Il soutient qu'il est en possession d'un passeport lui permettant de circuler sur le territoire français jusqu'au mois de mars 2023.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 janvier 2023, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la requête de M. C est irrecevable, dès lors que ses moyens ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé ;
- les moyens de l'intéressé sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention d'application de l'accord de Schengen du 14 juin 1985, signée le 19 juin 1990 ;
- le règlement (UE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 ;
- le règlement (UE) n° 2018/1806 du Parlement européen et du Conseil du 14 novembre 2018 ;
- le règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Gueguen, conseiller, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle la préfète de l'Ain n'était ni présente, ni représentée.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue avec l'assistance de Mme Montézin, greffière :
- le rapport de M. B ;
- les observations de Me Lebeaux, avocate de permanence, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins, en insistant sur le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le requérant est entré régulièrement sur le territoire national sous couvert de son passeport biométrique, et soutient en outre que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an est disproportionnée au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du même code, dès lors qu'elle empêchera l'intéressé d'exercer son activité professionnelle alors qu'il est autoentrepreneur ;
- et les observations de M. C, assisté de M. D, interprète en langue géorgienne, qui indique en réponse aux différentes questions qui lui ont été posées, qu'il est entré pour la dernière fois en France le 28 novembre 2022, à l'aéroport d'Orly, muni de son passeport biométrique qui n'a pas été tamponné par les autorités françaises, qu'il s'y rendait pour un séjour d'un mois et demi dans le cadre de son activité professionnelle, comme il le fait régulièrement depuis plus de treize ans, et qu'il est spécialisé dans l'achat et la revente de véhicules qui sont transportés en Géorgie par l'intermédiaire d'une entreprise située à Rennes ; il indique également, de manière confuse, avoir été contrôlé par les services de la police nationale le 12 janvier 2023, accompagné d'un compatriote qu'il ne connaissait que depuis deux jours, à bord d'un véhicule qu'il venait d'acheter ; il déclare enfin qu'il est le père de quatre enfants et qu'il souhaiterait pouvoir poursuivre son activité afin de subvenir aux besoins de sa famille.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant géorgien né le 3 juillet 1971, déclare être entré en France le 28 novembre 2022 sous couvert de son passeport biométrique. Le 12 janvier 2023, l'intéressé a été interpellé par les services de la police aux frontières de Prévessin-Moëns à fin de vérification de son droit de circulation ou de séjour. Par un arrêté du même jour, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS), et l'a assigné à résidence dans le département de l'Ain pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Selon les termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement des dispositions citées au point précédent.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 1er du règlement du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes : " Le présent règlement () / () établit les règles applicables au contrôle aux frontières des personnes franchissant les frontières extérieures des États membres de l'Union. ". Selon les termes de l'article 6 du même règlement : " 1. Pour un séjour prévu sur le territoire des États membres, d'une durée n'excédant pas 90 jours sur toute période de 180 jours, ce qui implique d'examiner la période de 180 jours précédant chaque jour de séjour, les conditions d'entrée pour les ressortissants de pays tiers sont les suivantes : / a) être en possession d'un document de voyage en cours de validité autorisant son titulaire à franchir la frontière qui remplisse les critères suivants : () / b) être en possession d'un visa en cours de validité si celui-ci est requis en vertu du règlement (CE) n° 539/2001 du Conseil, sauf s'ils sont titulaires d'un titre de séjour ou d'un visa de long séjour en cours de validité ; / c) justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé, et disposer de moyens de subsistance suffisants, tant pour la durée du séjour envisagé que pour le retour dans leur pays d'origine ou le transit vers un pays tiers dans lequel leur admission est garantie, ou être en mesure d'acquérir légalement ces moyens ; () ".
5. D'autre part, aux termes de l'article 4 du règlement du Parlement européen et du Conseil du 14 novembre 2018 fixant la liste des pays tiers dont les ressortissants sont soumis à l'obligation de visa pour franchir les frontières extérieures des États membres et la liste de ceux dont les ressortissants sont exemptés de cette obligation : " 1. Les ressortissants des pays tiers figurant sur la liste de l'annexe II sont exemptés de l'obligation prévue à l'article 3, paragraphe 1, pour des séjours dont la durée n'excède pas 90 jours sur toute période de 180 jours. () ". L'annexe II à ce règlement prévoit que les ressortissants géorgiens titulaires de passeports biométriques délivrés par la Géorgie en conformité avec les normes de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI) sont exemptés de l'obligation de visa lors du franchissement des frontières extérieures des États membres pour des séjours dont la durée n'excède pas 90 jours sur toute période de 180 jours.
6. Enfin, selon les termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Et aux termes de l'article L. 311-1 du même code : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : / 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales et par l'article 6, paragraphe 1, points a et b, du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ; / 2° Sous réserve des conventions internationales, et de l'article 6, paragraphe 1, point c, du code frontières Schengen, du justificatif d'hébergement prévu à l'article L. 313-1, s'il est requis, et des autres documents prévus par décret en Conseil d'Etat relatifs à l'objet et aux conditions de son séjour et à ses moyens d'existence, à la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières, y compris d'aide sociale, résultant de soins qu'il pourrait engager en France, ainsi qu'aux garanties de son rapatriement ; () ".
7. Pour obliger M. C à quitter le territoire français, la préfète de l'Ain s'est fondée sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en considérant notamment que l'intéressé ne justifiait pas être entré régulièrement sur le territoire français, dès lors que s'il alléguait être entré pour la dernière fois en France quinze jours avant l'édiction de la décision contestée sous couvert de son passeport biométrique géorgien l'exemptant de l'obligation de visa pour un séjour d'une durée inférieure à trois mois, il ne justifiait cependant pas satisfaire aux conditions prévues par les dispositions du 2° de l'article L. 311-1 du même code. Or, si le requérant soutient être en possession de son passeport biométrique délivré par la Géorgie, il résulte de l'ensemble des dispositions précitées que la seule détention de ce passeport n'est pas suffisante pour se prévaloir d'une entrée régulière en France et l'intéressé n'établit ni même n'allègue qu'il remplissait l'ensemble des conditions prévues par les dispositions du 2° de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à la date de la décision attaquée. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Ain aurait commis une erreur de droit au regard des dispositions précitées du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'obligeant à quitter le territoire français.
8. En second lieu, selon les termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 () l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
9. Pour fixer la durée de l'interdiction de retour prononcée à l'encontre de M. C à un an, la préfète de l'Ain a considéré que bien qu'il n'avait jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement auparavant, l'intéressé ne disposait d'aucune attache en France où il ne résidait que depuis quinze jours. Le requérant, qui a déclaré lors de l'audience être entré pour la dernière fois sur le territoire français le 28 novembre 2022, soutient que la décision contestée serait disproportionnée dès lors qu'elle l'empêchera d'exercer son activité professionnelle alors qu'il est autoentrepreneur. Toutefois, il ressort du procès-verbal de son audition par les services de la police nationale le 12 janvier 2023 que M. C a déclaré, à deux reprises, n'être présent sur le territoire national que depuis quinze jours, après avoir quitté la Géorgie le 28 décembre 2022, pays où il a indiqué être arrivé le 28 novembre 2022. À supposer même, comme le soutient l'intéressé en produisant notamment un billet d'avion à destination de l'aéroport d'Orly daté du 28 novembre 2022 et tamponné le jour-même, qu'il soit effectivement entré en France plus de quinze jours avant l'édiction de la décision attaquée, il n'en demeure pas moins que cette entrée revêt un caractère particulièrement récent à la date de cette décision. Par ailleurs, il est constant que M. C ne dispose d'aucune attache familiale sur le territoire français, son épouse ainsi que deux de ses enfants résidant dans son pays d'origine, et ses deux autres enfants en Grèce. En outre, si le requérant soutient se rendre régulièrement en France depuis plus de treize années dans le cadre de son activité professionnelle relative à l'achat et à la revente de véhicules, et s'il fait état de ce qu'il venait d'acquérir un véhicule préalablement à son contrôle par les services de la police nationale, il n'apporte pas le moindre commencement de preuve à l'appui de ses allégations de nature à justifier de la réalité et de la licéité de cette activité, ni des véritables motifs de son séjour. Enfin, l'autorité préfectorale s'est limitée à édicter une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, alors que la durée d'une telle interdiction pouvait être fixée à trois ans. Dans ces conditions, et alors même que M. C n'avait pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, la préfète de l'Ain n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, laquelle ne présente pas, dans les circonstances de l'espèce, un caractère disproportionné.
10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requête de M. C doit être rejetée.
D É C I D E :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète de l'Ain.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2023.
Le magistrat désigné,
C. B
La greffière,
G. Montézin
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026