mardi 4 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2300686 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | CARON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 janvier et le 16 mars 2023, M. B D, représenté par Me Caron, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 24 août 2022 du préfet du Rhône rejetant sa demande de titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une carte de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour, l'ensemble sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision lui refusant un titre de séjour a été signée par une autorité incompétente ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière ;
- l'avis du collège de médecins de l'OFII est insuffisamment motivé et irrégulier dans sa forme ;
- le préfet du Rhône a méconnu le 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il s'est estimé en situation de compétence liée pour prendre sa décision ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français sur sa situation personnelle ;
- il n'a pas procédé à un examen approprié et détaillé de sa vulnérabilité en ne prolongeant pas la durée de départ volontaire au-delà du droit commun et a méconnu l'article 7 de la directive du 16 décembre 2008 ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Un mémoire enregistré le 21 mars 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction, présenté par la préfète du Rhône, n'a pas été communiqué en application de l'article R. 613-3 du code de justice administrative.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 13 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008, relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 ;
- le code de justice administrative ;
La présidente de la formation de jugement ayant dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Après avoir entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bertolo, rapporteur,
- et les observations de Me Caron, représentant M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant algérien, demande l'annulation des décisions du 24 août 2022 du préfet du Rhône rejetant sa demande de titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.
2. En premier lieu, la décision de refus de titre de séjour a été signée par Mme A C, directrice des migrations et de l'intégration, en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet du Rhône en date du 8 juin 2022, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône, le lendemain. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. (). ".
4. Si l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régit d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, il n'a toutefois pas entendu écarter, sauf stipulations incompatibles expresses, l'application des dispositions de procédure qui s'appliquent à tous les étrangers en ce qui concerne la délivrance, le renouvellement ou le refus de titres de séjour. Figurent au nombre de ces dispositions celles de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prises pour l'application des dispositions de l'article L. 425-9 du même code, dont la rédaction est analogue à celle des stipulations précitées du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, et aux termes desquelles : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. ().". Aux termes de l'article 4 de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé : " Pour l'établissement de son rapport médical, le médecin de l'office peut demander, dans le respect du secret médical, tout complément d'information auprès du médecin ayant renseigné le certificat médical et faire procéder à des examens complémentaires. ". L'article 6 de cet arrêté prévoit : que " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ;
c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; d) la durée prévisible du traitement. Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. Cet avis mentionne les éléments de procédure. ( ). ".
5. La préfète du Rhône a versé au débat l'avis émis le 29 juin 2022 par le collège de médecins du service médical de l'OFII dans le cadre de l'instruction de la demande de titre de séjour présentée par M. D pour raisons de santé. Il ressort, d'une part, de cet avis, qu'il a été rendu sur le fondement d'un rapport établi par un médecin de l'OFII, le 17 juin 2022, et transmis au collège de médecins le jour même, et que le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein du collège composé de trois autres médecins. Il ressort, d'autre part, du même avis, que, au stade de l'élaboration du rapport médical, M. D a été convoqué pour examen, qu'il lui a été demandé de justifier de son identité et que le collège de médecins a examiné son état de santé, les conséquences d'un éventuel défaut de prise en charge, l'existence d'un traitement approprié dans son pays d'origine et la possibilité d'y voyager sans risques. Par suite, cet avis, qui mentionne les seuls éléments de procédure effectivement réalisés à l'occasion de l'examen de la demande du requérant, n'est pas irrégulier ni, en tout état de cause, insuffisamment motivé, au motif que certaines cases du formulaire relatives à la procédure suivie ne seraient pas cochées. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision de refus de titre de séjour a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière doit être écarté en toutes ses branches.
6. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser de délivrer à M. D un titre de séjour pour raisons de santé, le préfet du Rhône, qui a visé l'avis du collège des médecins de l'OFII, a estimé que son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est atteint d'une cirrhose hépatique et qu'il a fait l'objet d'une transplantation hépatique le 24 août 2020, compliquée d'abcès hépatiques, qui ont conduit à la mise en place d'un traitement immunosuppresseur. Pour contester l'analyse du préfet, M. D soutient qu'en cas de retour dans son pays d'origine, il ne pourra pas effectivement bénéficier d'une prise en charge médicale adaptée à son état de santé, dès lors que le système de santé algérien est défaillant et que trois de ses médicaments essentiels, ainsi que leur principe actif, n'y sont pas disponibles. S'il produit une attestation d'une pharmacie d'Oran faisant état de la non-commercialisation de l'un de ces trois médicaments, ainsi qu'une attestation du chef du service d'hépato-gastro-entérologie du centre hospitalier universitaire d'Oran indiquant que ce médicament " n'existe pas " en Algérie, il ne ressort pas, toutefois, des pièces du dossier, que les médicaments qui lui sont prescrits en France ne pourraient pas faire l'objet d'une substitution par d'autres marques ou molécules disponibles en Algérie et qu'il n'y existerait pas de soin équivalent. Dans ces conditions, le préfet du Rhône, qui ne s'est pas estimé lié par l'avis du collège de médecin, n'a pas méconnu les stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.
7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D est entré en France le 25 février 2020 à l'âge de 67 ans. Si trois de ses enfants résident sur le territoire français, il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où demeurent sa femme et un autre de ses enfants et où il a vécu l'essentiel de son existence. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ni méconnu les stipulations de l'article 8 convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. En quatrième lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision doit être écarté.
9. En cinquième lieu, compte tenu de ce qui a été dit, le préfet du Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français sur la situation du requérant.
10. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. ".
11. D'une part, il ne résulte pas de ce qui a été dit précédemment que le préfet n'aurait pas procédé à un examen approfondi et détaillé de la situation de vulnérabilité de M. D en ne lui octroyant un délai supérieur à trente jours pour exécuter l'obligation de quitter le territoire français, le collège des médecins de l'OFII ayant indiqué, comme exposé au point 5, qu'il pouvait voyager sans risque vers son pays d'origine. D'autre part, le requérant ne peut pas utilement soutenir que la décision fixant le délai de départ volontaire attaquée méconnaît les dispositions de l'article 7, concernant le départ volontaire, de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 visée ci-dessus, dès lors qu'elle avait été transposée en droit interne à la date de la décision attaquée et qu'il n'est pas soutenu que cette transposition serait incorrecte.
12. En dernier lieu, l'intéressé pouvant effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, la décision fixant le pays de destination ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
13. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions qu'il attaque. Sa requête doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 23 mars 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Michel, présidente,
M. Bertolo, premier conseiller,
Mme Conte, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.
Le rapporteur,
C. BertoloLa présidente,
C. Michel
La greffière,
K. Schult
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026