mardi 13 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2304110 |
| Type | Décision |
| Recours | Exécution d'un jugement |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | PAQUET |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 24 mai 2023, la présidente du tribunal administratif de Lyon a décidé l'ouverture d'une procédure juridictionnelle, en application de l'article R. 921-6 du code de justice administrative, afin de statuer sur la demande enregistrée le 5 mai 2023 de M. A et Mme C, agissement pour leur enfant B A, représentés par Me Paquet, tendant à faire exécuter entièrement le jugement n° 2006742 du 15 mars 2022.
Par cette demande et des mémoires complémentaires enregistrés le 5 mai 2023, le 16 juin 2023, le 21 août 2023, le 12 septembre 2023 non communiqué, et le 19 décembre 2023, M. A et Mme C, agissement pour leur enfant B A, représentés par Me Paquet, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'effectuer toutes les diligences utiles pour assurer l'entière exécution du jugement n° 2006742 du 15 mars 2022 enjoignant à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'octroyer à leur fille, B A, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 10 juillet 2020 jusqu'au terme du mois suivant la notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides lui reconnaissant la qualité de réfugiée, soit jusqu'au 31 décembre 2022, en ordonnant le versement de l'allocation pour demandeur d'asile restant à payer estimé à 8 305,80 euros avec intérêts au taux légal à compter du 10 juillet 2020 et capitalisation des intérêts, dans un délai de 72 heures à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
2 °) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement de la somme de 1 500 euros au conseil des requérants sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de son renoncement à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Ils soutiennent que :
- l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas versé l'intégralité de l'allocation pour demandeur d'asile due à leur fille B A en exécution du jugement du 15 mars 2022 ; ainsi cet Office a omis de verser une somme de 536,80 euros pour la période du 9 juin 2020 au 8 avril 2021 et du 9 juin 2022 au 30 novembre 2022 dès lors qu'il n'a versé qu'un montant de 6 442,60 euros au lieu de 6 969,40 euros ; cet Office a aussi omis de verser les allocations dues d'un montant total de 7 769 euros pour la période de 9 avril 2021 au 8 juin 2022 et celle du 1er décembre 2022 au 31 décembre 2022 ;
- l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne peut faire valoir l'absence de production de l'attestation de demandeur d'asile pour justifier l'absence de versement des allocations dues 9 avril 2021 au 8 juin 2022 ; en effet, ils ont transmis les attestations de demandeur d'asile dont ils ont conservé une copie, soit les attestations du 9 juin 2020 au 8 avril 2021 et à compter du 9 avril 2022, qu'ils ont restitué à la préfecture les attestations lors de leur renouvellement pour la période du 9 avril 2021 au 9 avril 2022, leur fille remplissant bien les conditions pour bénéficier des conditions matérielles d'accueil ; en tout état de cause, le jugement est passé en force de chose jugé et est exécutoire, l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'ayant pas relevé appel, et implique ainsi le versement de l'allocation pour demandeur d'asile en application des articles 1 et 2 du jugement ;
- l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas ainsi entièrement exécuté le jugement du tribunal administratif du 15 mars 2022.
Par un mémoire en défense ainsi que des mémoires complémentaires enregistrés le 12 juin 2023, le 23 juin 2023 et le 29 août 2023, le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'il a accompli les diligences nécessaires, que l'allocation n'a pas été versée pour la période du 9 avril 2021 au 8 juin 2022 en l'absence de l'attestation de demandeur d'asile délivré à leur enfant B qui constitue une pièce réclamée par le comptable pour ce paiement et qu'en l'absence de cette attestation l'enfant n'est pas éligible à l'allocation pour cette période, la somme de 6 442,60 euros a été versée et correspond aux sommes dues.
Par une décision du bureau de l'aide juridictionnelle du 11 juillet 2023, l'aide juridictionnelle totale a été accordée aux requérants.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le jugement n° 2006742 du 15 mars 2022 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Segado, président-rapporteur,
- les conclusions de Mme Collomb, rapporteure publique,
- les observations de Me Paquet, pour M. A et Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ". Aux termes de l'article L. 911-4 du même code : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander à la juridiction, une fois la décision rendue, d'en assurer l'exécution. / () Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte. " Aux termes de l'article R. 921-5 du même code : " Le président () du tribunal administratif saisi d'une demande d'exécution sur le fondement de l'article L. 911-4, ou le rapporteur désigné à cette fin, accomplissent toutes diligences qu'ils jugent utiles pour assurer l'exécution de la décision juridictionnelle qui fait l'objet de la demande. / (). " Enfin, l'article R. 921-6 dispose que : " Dans le cas où le président estime nécessaire de prescrire des mesures d'exécution par voie juridictionnelle, et notamment de prononcer une astreinte, (), le président () du tribunal ouvre par ordonnance une procédure juridictionnelle. / () Cette ordonnance n'est pas susceptible de recours. L'affaire est instruite et jugée d'urgence. Lorsqu'elle prononce une astreinte, la formation de jugement en fixe la date d'effet. "
2. Par le jugement susvisé n°2006742 du 15 mars 2022, devenu définitif, le tribunal, après avoir annulé en son article 1er, la décision implicite de refus d'attribution du bénéfice des conditions matérielles d'accueil à l'enfant B A, a enjoint, en son article 2, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'octroyer à l'enfant B A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 10 juillet 2020, dans un délai d'un mois à compter de la notification dudit jugement. Ainsi, l'enfant B ayant obtenu le statut de réfugié par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides notifiée le 7 novembre 2022, cet enfant a donc droit au versement de l'allocation pour demandeur d'asile pour la période du 10 juillet 2020 au 31 décembre 2022, en exécution dudit jugement du 15 mars 2022 et compte tenu du 2ème alinéa de l'article L. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable, qui dispose que, pour " les personnes qui obtiennent la qualité de réfugié prévue à l'article L. 711-1 ou le bénéfice de la protection subsidiaire prévue à l'article L. 712-1, le bénéfice de l'allocation prend fin au terme du mois qui suit celui de la notification de la décision".
3. Concernant ensuite le montant à verser, il résulte des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, particulièrement de l'annexe 7-1 dudit code applicable jusqu'au 30 avril 2021 et dont les dispositions ont été reprises à l'annexe 8 de ce code à compter du 1er mai 2021, que le montant journalier de l'allocation à verser varie selon la composition familiale, ce montant journalier étant ainsi fixé à 6,80 euros pour une personne, à 10,20 euros pour deux personnes, à 13,60 euros pour trois personnes et à 17 euros pour quatre personnes, ce montant étant par ailleurs majoré d'un montant journalier additionnel de 7,40 euros, le montant de l'allocation pour demandeur d'asile versé pour l'enfant B devant être ainsi calculé en fonction du nombre de personnes composant son foyer, comme l'indiquent les motifs du jugement n° 2006742 du 15 mars 2022 en son point 8. En l'espèce, l'enfant B et sa famille n'étaient pas logés gratuitement du 10 juillet 2020 au 17 août 2020, et la famille était composée de trois personnes, l'enfant B et ses deux parents, du 10 juillet 2020 au 5 mars 2021, puis de quatre personnes à compter du 6 mars 2021 compte tenu de la naissance d'un second enfant. Eu égard à ces éléments relatifs à la composition familiale et à l'hébergement de la famille, l'allocation pour demandeur d'asile (ADA) à verser à l'enfant B en exécution du jugement du 15 mars 2022, s'élève donc à une somme de 819 euros pour la période du 10 juillet 2020 au 17 août 2020 [soit 39 jours * (13.60 euros d'ADA pour trois personnes + 7,40 euros de montant additionnel)], de 2 710 euros pour la période du 18 août 2020 au 5 mars 2021 (soit 200 jours * 13,60 euros d'ADA pour trois personnes), et de 11 322 euros pour la période du 6 mars 2021 au 31 décembre 2022 (soit 666 jours * 17 euros d'ADA pour quatre personnes). Ainsi, le montant total d'allocation pour demandeur d'asile à verser, au titre de l'ensemble de la période du 10 juillet 2020 au 31 décembre 2022 représentant 905 jours, s'élève à 14 861 euros afin d'assurer l'entière exécution du jugement du 15 mars 2022.
4. L'Office français de l'immigration et de l'intégration soutient cependant avoir entièrement exécuté ce jugement en procédant au versement, au cours de la procédure juridictionnelle, de la somme de 6 442,60 euros, en exposant qu'il ne peut procéder au versement de l'allocation pour demandeur d'asile que pour les périodes au cours desquelles les requérants ont produit l'attestation de demandeur d'asile valide pour l'enfant, document, selon lui, nécessaire au versement et réclamé par le comptable. Ainsi selon l'Office, il n'a pas à verser l'allocation pour la période comprise entre le 9 avril 2021 et le 8 juin 2022 pour laquelle l'attestation de demande d'asile n'a pu être produite, le paiement de l'allocation n'aurait été ainsi réalisé que pour les périodes du 9 juin 2020 au 8 avril 2021 et du 9 juin 2022 au 30 novembre 2022. Toutefois, en l'espèce, le jugement du 15 mars 2022, qui est revêtu de l'autorité de la chose jugée, est passé en force de chose jugée et a force exécutoire au regard de l'article L. 11 du code de justice administrative, a enjoint, en son article 2, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'octroyer à l'enfant B A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 10 juillet 2020, dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement. L'exécution de ce jugement implique ainsi nécessairement, le versement de l'allocation pour demandeur d'asile pour un montant total de 14 861 euros comme exposé au point 3, correspondant à l'allocation pour demandeur d'asile due à compter du 10 juillet 2020 jusqu'au 31 décembre 2022, sans que l'administration puisse invoquer, pour limiter le montant de ce versement à une somme de 6 442,60 euros, l'absence de production par la famille B de l'attestation pour demandeur d'asile pour la période comprise entre le 9 avril 2021 et le 8 juin 2022, qui ne constitue pas une circonstance nouvelle ni en droit, ni en fait. En outre, il résulte des dernières écritures produites par l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 12 décembre 2023 que l'allocation pour demandeur d'asile de l'enfant A a été liquidée pour l'ensemble des 905 jours de la période du 10 juillet 2020 au 31 décembre 2022 pour un montant total de 6 442,80 euros, soit, d'une part, une somme de 553,80 euros correspondant à 39 jours * 14,20 euros et, d'autre part, une somme 5 888,80 euros correspondant à 866 jours * 6,80 euros. Il ressort de ces éléments produits par l'administration elle-même que l'allocation pour demandeur d'asile a été ainsi finalement liquidée et versée pour les 905 jours correspondant à l'ensemble de la période due, soit du 10 juillet 2020 au 31 décembre 2022, en n'excluant ainsi aucune période du fait de l'absence d'attestation contrairement à ce qu'a exposé jusqu'alors l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en tenant compte de la majoration de 7,40 euros due pendant 39 jours en raison de l'absence d'hébergement mais en retenant une composition familiale d'une personne (6,80 euros), au lieu de 3 puis 4 personnes comme il lui appartient de le faire en exécution du jugement du 15 mars 2022.
5. Il résulte de ce qui précède qu'en ne versant qu'une somme de 6 442,60 euros au lieu d'une somme de 14 861 euros, et en s'abstenant ainsi de verser une somme complémentaire de 8 418,40 euros restant due au titre de l'allocation pour demandeur d'asile pour la période du 10 juillet 2020 au 31 décembre 2022, l'Office français de l'immigration n'a pas justifié, ni durant la phase administrative ni durant la phase juridictionnelle de la procédure d'exécution, avoir procédé au versement de l'intégralité de l'allocation pour demandeur d'asile due à l'enfant B en exécution du jugement du 15 mars 2022. Par suite, l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas exécuté entièrement ce jugement. Dans ces conditions, il y a lieu de prononcer à l'encontre de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à défaut de justifier, avant le 15 avril 2024, de l'entière exécution de ce jugement par le versement de l'allocation pour demandeur d'asile restant dû, une astreinte de 50 euros par jour jusqu'à la date à laquelle le jugement précité aura reçu entière exécution.
6. Enfin, les requérants ne sauraient solliciter le versement des intérêts à compter du 10 juillet 2020 et la capitalisation des intérêts dus sur ces sommes, cette demande excède celle qu'implique nécessairement la chose jugée par le jugement du 15 mars 2022 et relève d'un litige distinct. Par suite une telle demande doit être rejetée
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 800 euros au profit de Me Paquet, conseil de M. A et Mme C, au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de son renoncement à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : Une astreinte est prononcée à l'encontre de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, s'il ne justifie pas, avant le 15 avril 2024, avoir versé la totalité de la somme de 14 861 euros due à l'enfant B au titre de l'allocation pour demandeur d'asile, soit le versement d'une somme complémentaire de 8 418,40 euros compte tenu de la somme de 6 442,60 euros déjà versée à ce titre, afin d'assurer l'entière exécution du jugement du tribunal n° 2006742 du 15 mars 2022. Le montant de cette astreinte est fixé à 50 (cinquante) euros par jour à compter de l'expiration de ce délai.
Article 2 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration communiquera au tribunal copie des actes justifiant des mesures prises pour exécuter entièrement le jugement n° 2006742 du 15 mars 2022.
Article 3 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Paquet, conseil de M. A et Mme C, une somme de 800 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de son renoncement à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A et Mme C ainsi qu'à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Segado, président,
M. Delahaye, premier conseiller,
Mme Bardad, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.
Le Président-rapporteur,
J. Segado
L'assesseur le plus ancien,
L. Delahaye La greffière,
T. Zaabouri
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2519430
Le Tribunal Administratif de Nantes, statuant en exécution d’un précédent jugement du 23 décembre 2024, a constaté que le ministre de l’intérieur n’avait pas exécuté l’injonction de délivrer un visa d’établissement (visa long séjour type D) à Mme C... épouse B..., en lui délivrant à tort un visa de court séjour type C. Sur le fondement de l’article L. 911-4 du code de justice administrative, le tribunal a enjoint au ministre de délivrer le visa d’établissement requis sous un délai de trois mois, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. La solution retenue vise à assurer l’exécution complète et conforme du jugement initial.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 513344
07/04/2026
Conseil d'État — N° 513428
07/04/2026
Conseil d'État — N° 507600
07/04/2026