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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2305455

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2305455

mardi 10 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2305455
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantPOCHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 30 juin 2023 et le 25 juillet 2023, Mme A B, représentée par Me Pochard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2023 par lequel la préfète du Rhône a refusé de lui accorder le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, à titre principal, de renouveler la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dont elle bénéficiait ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros TTC en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

en ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et des articles 7 et 24 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

en ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

en ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- la préfète ne s'est pas livrée à un examen complet de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Des pièces ont été produites le 24 juillet 2023 par la préfète du Rhône.

Par une ordonnance du 21 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 août 2023.

Un mémoire, enregistré le 20 septembre 2023 et présenté par la préfète du Rhône, n'a pas été communiqué en application de l'article R. 613-3 du code de justice administrative.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Maubon,

- et les observations de Me Pochard, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante libanaise née le 8 janvier 1978, déclare être entrée sur le territoire français en février 2017. Sa demande d'asile a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 31 août 2017, que par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 22 octobre 2019. Le 24 octobre 2022, Mme B a sollicité le renouvellement du titre de séjour dont elle bénéficiait en qualité d'accompagnante de son époux malade. Par un arrêté du 31 mai 2023 dont la requérante demande l'annulation, la préfète du Rhône a refusé de renouveler son titre de séjour, a refusé de lui délivrer un titre de séjour à un autre titre, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté du 31 mai 2023 par lequel la préfète du Rhône a rejeté la demande de renouvellement de son titre de séjour présentée par Mme B, qui mentionne les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui indique les motifs du refus de séjour opposé sur chacun des fondements examinés, permettant à l'intéressée d'en discuter utilement, et qui fait référence de manière précise et circonstanciée à la situation personnelle de Mme B, y compris la présence de ses deux enfants mineurs en France, comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et satisfait dès lors aux exigences de motivation résultant des dispositions des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté contesté, ni d'aucune autre pièce du dossier, que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier et complet de la situation personnelle de Mme B au regard des informations portées à sa connaissance. En tout état de cause il ne ressort pas des pièces du dossier que l'omission de déclaration de sa séparation aurait eu une incidence sur le sens de la décision contestée. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

4. En troisième lieu, d'abord, si Mme B soutient qu'elle a informé l'administration de sa séparation d'avec son mari, elle ne produit aucune pièce à l'appui de cette affirmation. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée est entachée d'une erreur de fait à ce titre. Ensuite, si Mme B établit qu'elle était titulaire d'un bail d'habitation et n'était plus hébergée à la date de la décision attaquée, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette erreur ait eu une incidence sur le sens de la décision de refus de séjour opposée sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, l'autorisation de travail exigée par les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif au titre de séjour portant la mention " salarié " est distincte de la possibilité d'exercer une activité professionnelle qu'ouvre la détention d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Dès lors, la mention selon laquelle Mme B " ne présente aucune autorisation de travail délivrée par les services compétents ", immédiatement suivie de la précision selon laquelle " la circonstance qu'elle ait été admise temporairement au travail à titre subsidiaire pendant la durée de soins de son époux est sans incidence " n'est entachée d'aucune erreur de fait. Le moyen doit par suite être écarté dans toutes ses branches.

5. En quatrième lieu, Mme B fait état de ce que sa vie privée et familiale se situe en France, où elle séjourne depuis plus de six ans, dont quatre années en situation régulière, avec ses enfants mineurs de nationalité syrienne qui sont scolarisés en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme B n'a été autorisée à séjourner en France qu'en qualité d'accompagnante de son époux malade, sans que cette autorisation lui ouvre un droit au séjour pérenne en France. Séparée, elle ne justifie d'aucune attache en France autre que son époux, qui fait comme elle l'objet d'une décision de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français, et leurs deux enfants mineurs qui résident avec elle. La famille a vécu plusieurs années au Liban, où sont nés les enfants en septembre 2006 et mars 2009. L'aînée est titulaire d'un titre de séjour en France et à l'approche de sa majorité. Mme B a conservé des liens familiaux dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-neuf ans et où résident encore ses parents selon ses déclarations. Dans ces circonstances, et alors même que Mme B exercerait une activité professionnelle en France et serait bien intégrée, la décision de refus de séjour ne porte pas à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent dès lors être écartés.

6. En cinquième lieu, la décision de refus de séjour opposée à Mme B n'a ni pour objet ni pour effet de la séparer de ses enfants mineurs dont il ressort des pièces du dossier qu'ils résident avec elle, leur père disposant d'un droit de visite et d'hébergement à l'amiable. La scolarisation de ses enfants pourra se poursuivre hors de France, notamment au Liban, leur pays de naissance, où Mme B n'établit pas qu'ils ne seraient pas admissibles malgré leur nationalité syrienne. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

7. En sixième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

8. Les circonstances dont fait état Mme B, tirées de sa durée de présence en France, de la détention d'un titre de séjour durant plusieurs années, de son intégration professionnelle et sociale en France et de la scolarisation de ses enfants mineurs dont elle s'occupe à titre principal, ne sont pas suffisantes pour constituer des motifs exceptionnels ou des considérations humanitaires permettant de l'admettre au séjour en application de ces dispositions. Le moyen ne peut en conséquence être accueilli.

9. En septième lieu, les circonstances dont fait état Mme B, rappelées aux points précédents, ne sont pas suffisantes pour constituer des circonstances particulières de nature à entacher la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

10. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () ".

11. En l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

12. En neuvième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et des dispositions équivalentes de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, même en tenant compte des conséquences spécifiques de cette mesure, doivent être écartés par les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 et 6 en ce qui concerne la décision de refus de séjour.

13. En l'absence d'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de ces décisions et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écarté.

14. Enfin, aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. " Aux termes de l'article L. 721-3 de ce code : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. " Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "

15. L'arrêté contesté, qui mentionne les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application ainsi que la nationalité de l'intéressée, et qui examine si un retour dans son pays d'origine ferait naître une menace pour sa vie ou sa liberté ou l'exposerait à des traitements inhumains et dégradants, n'est entaché ni d'insuffisance de motivation de la décision fixant le pays de destination, ni de défaut d'examen préalable à l'adoption de cette décision. L'absence de mention de la nationalité syrienne de ses enfants, alors que la présence de ses deux enfants mineurs en France est mentionnée dans la décision contestée, qui considère que Mme B pourra reconstituer sa cellule familiale au Liban avec ses deux enfants mineurs, ne révèle aucun défaut d'examen.

16. Enfin, faute pour la requérante d'établir que ses enfants, nonobstant leur nationalité syrienne, ne pourraient pas l'accompagner au Liban, ou qu'elle ne serait pas admissible en Syrie, les moyens tirés de la méconnaissance de l'intérêt supérieur de ses enfants et de l'erreur manifeste d'appréciation de leur situation, dirigés contre la décision désignant le pays de nationalité ou tout pays dans lequel elle est légalement admissible comme pays de destination de Mme B, doivent être rejetés.

17. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions attaquées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Sophie Pochard et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Drouet, président,

Mme Maubon, première conseillère,

M. Gilbertas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.

La rapporteure,

G. MaubonLe président,

H. Drouet

La greffière,

C. Amouny

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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