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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2307034

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2307034

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2307034
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantCLEMENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés respectivement le 17 août 2023, le 23 octobre 2023, le 25 janvier 2024 et le 25 mars 2024, Mme B A, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 juin 2023 par lequel le président du conseil départemental de l'Ain a décidé de retirer son agrément d'assistante maternelle, ensemble la décision rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de l'Ain de lui renouveler son agrément d'assistante maternelle, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de condamner le conseil départemental de l'Ain à lui verser la somme globale de 24 000 euros qu'elle décompose ainsi : 12 000 euros au titre du préjudice matériel subi, 12 000 au titre du préjudice moral subi.

4°) de mettre à la charge du conseil départemental une somme de 3 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est signé par une autorité incompétente ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'art. L.461-6 du code de l'action sociale et des familles et présente un caractère disproportionné ;

- les faits reprochés sont matériellement inexacts ;

- elle sollicite, au regard de sa situation, une indemnisation de 30 000 euros pour le préjudice moral et le préjudice matériel subis.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 février 2024, le département de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête initiale est dépourvue de moyen ;

- les moyens ont été introduits après l'expiration du délai de recours contentieux ;

- les conclusions indemnitaires de la requérante sont irrecevables fautes d'avoir été reprises dans le mémoire complémentaire présenté le 25 janvier 2024 ;

- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Segado, président-rapporteur ;

- les conclusions de Mme Collomb, rapporteure publique ;

- les observations de Me Clément, pour Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a été agrée en qualité d'assistante maternelle le 16 avril 2018 pour une durée de cinq ans, pour l'accueil de deux enfants à la journée, dont un de plus de 24 mois et un en périscolaire. Plus de cinq mois après que l'intéressée ait sollicité le renouvellement de cet agrément, son dossier complet ayant été enregistré le 3 janvier 2023 par les services du département de l'Ain, le président du conseil départemental de l'Ain a décidé, par l'arrêté attaqué du 26 juin 2023, de retirer l'agrément d'assistante maternelle de Mme A. Par la présente requête, cette dernière demande l'annulation de cette décision

Sur les conclusions à fin d'annulation, d'injonction et d'astreinte :

2. En premier lieu, la décision litigieuse a été signée par Mme C D, responsable du service accueil du jeune enfant-parentalité, en vertu d'une délégation de signature à cet effet par arrêté du 12 juin 2023 du président du conseil départemental de l'Ain dont les formalités de publicité ont été accomplies le 13 juin 2023. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de cette décision doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel () est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside () / L'agrément est accordé () si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs () accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne () ". Aux termes de l'article L. 421-6 du même code : " Lorsque la demande d'agrément concerne l'exercice de la profession d'assistant maternel, la décision du président du conseil départemental est notifiée dans un délai de trois mois à compter de cette demande. A défaut de notification d'une décision dans ce délai, l'agrément est réputé acquis () / Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait. (). / Toute décision de retrait de l'agrément, de suspension de l'agrément ou de modification de son contenu doit être dûment motivée et transmise sans délai aux intéressés. ".

4. Pour décider de retirer l'agrément d'assistante maternelle de Mme A sur le fondement des dispositions précitées du code de l'action sociale et des familles, le président du conseil départemental de l'Ain a estimé que les conditions d'accueil au domicile de l'intéressée ne garantissent pas la santé, la sécurité et l'épanouissement des enfants accueillis, en relevant qu'elle n'accueille que sa petite-fille et ne souhaite pas accueillir d'autres enfants, que ses pratiques relèvent du cadre familial, qu'elle ne fait pas preuve d'un positionnement autonome ni de remise en question dès lors qu'elle applique ce que demandent les parents et les appellent en premier en cas d'accident, qu'elle ne connait pas ses obligations professionnelles malgré la formation suivie, qu'elle n'envoie pas ses fiches-navettes, que les repas qu'elle propose ne sont pas équilibrés, que les espaces de jeux sont encombrés et que son projet de renouvellement n'est pas mûri.

5. Pour contester cette décision, la requérante soutient que cet acte est fondé sur des faits matériellement inexacts, que cette mesure est disproportionnée et est entachée d'erreur d'appréciation. Elle relève particulièrement qu'elle est disponible pour accueillir d'autres enfants que sa petite-fille, qu'elle a suivi sa formation professionnelle continue, qu'elle a transmis ses fiches navettes au département de l'Ain, qu'il n'est pas démontré que les repas proposés ne seraient pas équilibrées et qu'en tout état de cause, elle souhaite se consacrer à la garde d'enfant périscolaire qui ne nécessite pas de préparer de repas, et, enfin, qu'il n'est pas démontré que les espaces de jeux seraient encombrés alors que l'organisation de son logement n'a pas été modifiée depuis la délivrance de son premier agrément.

6. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'enquête sociale du 8 mars 2023, que, s'agissant de la garde d'autres enfants que ses petits-enfants et de la pratique de son activité qui relèverait du cadre familial et non professionnel, Mme A a indiqué n'être " pas certaine de vouloir garder d'autres enfants car [elle] souhaite pouvoir être disponible pour ses enfants et petits-enfants ", et il est constant que Mme A n'a accueilli, depuis la délivrance de son agrément, que sa petite-fille, assurant ainsi un accueil exclusivement familial. Ensuite, s'il n'est pas contesté que Mme A suit ses formations assurées dans le cadre de la formation professionnelle continue, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'elle ne connaît pas ses obligations professionnelles malgré les formations suivies. Par ailleurs, s'agissant de l'équilibre des repas qu'elle propose, il ressort des pièces du dossier qu'elle a déclaré au cours d'une mise en situation ayant eu lieu lors de l'enquête sociale du 8 mars 2023 " s'adapter aux enfants ", en prenant pour exemple sa petite fille qui avait refusé de manger du riz et à qui elle a préparé " des frites maisons avec une crêpe au fromage et en dessert un fromage et deux compotes " et, en dépit des menus qu'elle dit prévoir, l'attitude de Mme A face au refus d'un enfant qu'elle garde révèle en l'espèce d'un positionnement inadéquat et non professionnel. En outre, s'agissant de l'organisation de son logement, la requérante soutient que celle-ci n'a pas été modifiée depuis la délivrance de son premier agrément et elle produit à l'appui de ses allégations des attestations de témoins. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il était indiqué, lors de la délivrance du précédent agrément, que l'intéressée disposait de trois chambres, deux à usage de chambre et une à usage de pièce " garde meuble " mais qui devait être aménagée en salle de jeux, et que les services du département ont cependant relevé lors de la visite du 8 mars 2023 la mise en place d'espace de jeux dans une partie du salon, qui en l'espèce n'est pas adapté et ne constitue pas une organisation satisfaisante dans le cadre de l'accueil simultané de plusieurs enfants. Les seuls éléments exposés par la requérante ne suffisent pas à remettre en cause les constatations ainsi opérées par le département de l'Ain concernant les espaces de jeux et l'organisation du logement. Enfin, il ne ressort pas de ces éléments, ni des pièces du dossier, que la requérante, qui a indiqué vouloir garder en priorité ses petits-enfants, que c'est à tort que l'administration a estimé que le projet de renouvellement d'agrément de Mme A n'était pas mûri. Dans ces conditions, compte tenu des éléments précédemment exposés qui ont motivé la décision litigieuse, qui ne sont pas entachés d'inexactitude matérielle des faits, et de l'intérêt général qui s'attache à la protection de la santé, de la sécurité et de l'épanouissement des enfants accueillis, le président du conseil départemental de l'Ain n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées, en prenant l'arrêté litigieux de retrait d'agrément, alors même que la requérante allègue qu'elle respectait l'obligation de communiquer les fiches navettes.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense par le département de l'Ain à ces conclusions, que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte.

Sur les conclusions indemnitaires :

8. En l'absence d'illégalité fautive, les conclusions de Mme A tendant à la condamnation du département de l'Ain à l'indemniser des préjudices subis suite à la décision précitée doivent également être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense par le département de l'Ain à ces conclusions.

Sur les frais exposés par les parties à l'occasion du litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge du département de l'Ain, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au département de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller ;

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

Le président-rapporteur,

J. SegadoL'assesseur le plus ancien,

L. Delahaye

La greffière,

F. Abdillah

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière,

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