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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2307515

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2307515

lundi 25 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2307515
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSELARL ADDEN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 8 et 21 septembre 2023, la société La Française des Formations, représentée par la Selarl JB Avocats (Me Bensahkoun) demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite née le 7 janvier 2023 par laquelle par laquelle la Caisse des dépôts et consignations (CDC) a rejeté sa demande tendant à sa réinscription sur la plateforme " Mon Compte Formation " et au paiement de plusieurs formations exécutées ;

2°) d'enjoindre à la Caisse des dépôts et consignations de la réintégrer en sa qualité d'organisme de formation sur la plateforme " Mon Compte Formation " dans un délai de 48 heures à compter de l'ordonnance sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la Caisse des dépôts et consignations une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle n'est plus référencée depuis plus de dix-huit mois, que les formations dont le paiement a été suspendu représentent une perte de 446 173,20 euros et qu'elle réalise la majeure partie de son chiffre d'affaires via la plateforme " Mon Compte Formation " et se retrouve en grandes difficultés financières du fait de son déréférencement depuis plus de dix-huit mois ;

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ; elle n'est pas motivée ; elle méconnaît les règles spécifiques de la formation professionnelle dès lors que la sanction dont elle a fait l'objet est arrivée à son terme le 22 juin 2022 et qu'elle a cessé les agissements qui lui étaient reprochés et remplit les conditions particulières " Mon Compte Formation " applicables aux organismes de formation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2023, la Caisse des dépôts et consignations, représentée par Adden avocats (Me Nahmias) conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la société requérante en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- l'urgence n'est pas établie ;

- les moyens invoqués ne sont pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision de sanction.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 14 juin 2023 sous le numéro 2304883 par laquelle la société La Française des Formations demande l'annulation de la décision en litige.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Vaccaro-Planchet, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Touja, greffière d'audience, Mme Vaccaro-Planchet a lu son rapport et entendu les observations de Me Bensahkoun, représentant la société La Française des Formations et celles de Me Guéna, substituant Me Nahmias, représentant la Caisse des dépôts et consignations, qui ont repris leurs écritures.

L'instruction a été close au terme de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 22 décembre 2021, la Caisse des dépôts et consignations a prononcé la suspension du référencement de la société La Française des Formations de la plateforme " Mon Compte Formation " pour une durée de six mois et la suspension du paiement des formations exécutées. La société La Française des Formations demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite née le 7 janvier 2023 par laquelle la Caisse des dépôts et consignations a, à l'issue de la période de déréférencement, rejeté sa demande tendant à sa réinscription sur la plateforme " Mon Compte Formation " et au paiement des formations exécutées.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (). ".

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme satisfaite lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, notamment de l'attestation établie par un expert-comptable et des extraits des bilans pour 2021 et 2022 produits par la société requérante que la société La Française des Formations réalisait la majeure partie de son chiffre d'affaires grâce à la plateforme " Mon Compte Formation ", que son chiffre d'affaires annuel a, du fait de la sanction prononcée à son encontre, chuté de 1 966 907 euros à 284 324 euros et qu'elle rencontre des " difficultés économiques importantes " et une " situation financière précaire ", alors que la période de déréférencement d'une durée de six mois prononcée à son encontre est arrivée à son terme le 22 juin 2022. Dès lors, la décision attaquée porte une atteinte suffisamment grave et immédiate à ses intérêts pour que la condition d'urgence puisse être regardée comme remplie.

5. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; (). ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

6. Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ".

7. En l'état de l'instruction le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision en litige est propre à faire naître un doute sérieux quant à sa légalité.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la décision implicite du 7 janvier 2023 doit être suspendue.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. " Aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. "

10. La présente ordonnance implique seulement, en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, que la Caisse des dépôts et consignations réexamine la demande de référencement sur la plateforme " Mon Compte Formation " présentée par la société La Française des Formations. Il y a lieu d'enjoindre à la Caisse des dépôts et consignations de procéder à ce réexamen dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu en revanche d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice font obstacle à ce que la somme demandée par la Caisse des dépôts et consignations au titre des frais liés au litige soit mise à la charge de la société La Française des Formations, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées à ce titre par la société requérante.

O R D O N N E :

Article 1er : La décision implicite de la Caisse des dépôts et consignations du 7 janvier 2023 est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint à la Caisse des dépôts et consignations de réexaminer la demande de référencement sur la plateforme " Mon Compte Formation " de la société La Française des Formations dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par la Caisse des dépôts et consignations au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la société La Française des Formations et à la Caisse des dépôts et consignations.

Fait à Lyon, le 25 septembre 2023.

La juge des référés,

V. Vaccaro-Planchet

Le greffier,

C. Touja

La République mande et ordonne à la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition,

Un greffier

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