jeudi 27 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2307814 |
| Type | Décision |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL PARME AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 19 septembre 2023, le 20 juin 2024 et le 22 juillet 2024, la société Peinta Concept, représentée par la SCP Ducrot et associés, demande au tribunal :
1°) d'annuler ou de résilier le marché conclu le 19 juillet 2024 entre Saint-Etienne Métropole et la société Satibat Chape et portant sur le lot n°3 " Revêtements de sols décoratifs " des travaux de réhabilitation du Musée d'art moderne et contemporain de Saint-Etienne ;
2°) de condamner Saint-Etienne Métropole à lui verser la somme de 576 391,57 euros HT en réparation du préjudice lié à sa perte de chance d'obtenir ce marché ;
3°) de mettre à la charge de Saint-Etienne Métropole la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le rejet de son offre ne lui a pas été notifié sans délai, en méconnaissance de l'article R. 2181-1 du code de la commande publique ;
- la candidature de l'attributaire est irrégulière, faute de justification de la qualification ou du certificat requis ou d'une équivalence ;
- le pouvoir adjudicateur a méconnu les critères d'appréciation des offres en retenant un candidat possédant une qualification et justifiant d'une formation et d'un accompagnement non prévus par le règlement de la consultation ;
- le préjudice subi correspond au bénéfice escompté et s'établit à 576 391,57 euros (HT).
Par des mémoires en défense enregistrés les 4 avril, 11 juillet 2024 et 26 décembre 2024, Saint-Etienne Métropole, représentée par la Selarl Parme avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les conclusions de la requête à fin d'indemnisation ne sont pas recevables en l'absence de décision de rejet d'une demande indemnitaire préalable à la date de clôture de l'instruction ;
- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 2181-1 du code de la commande publique est inopérant et les autres moyens soulevés par la société Peinta Concept ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée à la société Satibat Chape, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de relever d'office que l'entière exécution du marché en litige a fait perdre leur objet aux conclusions tendant à sa résiliation.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Reniez,
- les conclusions de Mme Allais, rapporteure publique,
- et les observations de Me Potronnat pour la société Peinta Concept, ainsi que celles de Me Soules pour Saint-Etienne Métropole.
Une note en délibéré présentée pour la société Peinta Concept a été enregistrée le 9 janvier 2025.
Considérant ce qui suit :
1. Dans le cadre de la rénovation des salles d'exposition du Musée d'art moderne et contemporain de Saint-Etienne, Saint-Etienne Métropole a lancé une consultation en vue de la conclusion d'un marché public portant sur la mise en œuvre d'un revêtement de sols décoratif. Son offre n'ayant pas été retenue, la société Peinta Concept demande l'annulation ou la résiliation du marché concerné, conclu avec la société Satibat Chape, et présente également des conclusions tendant à l'indemnisation du préjudice qu'elle estime avoir subi.
Sur les conclusions à fin d'annulation ou de résiliation du marché et à fin d'indemnisation :
2. Indépendamment des actions dont disposent les parties à un contrat administratif et des actions ouvertes devant le juge de l'excès de pouvoir contre les clauses réglementaires d'un contrat ou devant le juge du référé contractuel sur le fondement des articles L. 551-13 et suivants du code de justice administrative, tout tiers à un contrat administratif susceptible d'être lésé dans ses intérêts de façon suffisamment directe et certaine par sa passation ou ses clauses est recevable à former devant le juge du contrat un recours de pleine juridiction contestant la validité du contrat ou de certaines de ses clauses non réglementaires qui en sont divisibles. La légalité du choix du cocontractant, de la décision autorisant la conclusion du contrat et de la décision de le signer ne peut être contestée qu'à l'occasion du recours ainsi défini. Le représentant de l'Etat dans le département et les membres de l'organe délibérant de la collectivité territoriale ou du groupement de collectivités territoriales concerné, compte tenu des intérêts dont ils ont la charge, peuvent invoquer tout moyen à l'appui du recours ainsi défini. Les autres tiers ne peuvent invoquer que des vices en rapport direct avec l'intérêt lésé dont ils se prévalent ou ceux d'une gravité telle que le juge devrait les relever d'office.
3. Aux termes de l'article R. 2181-1 du code de la commande publique : " L'acheteur notifie sans délai à chaque candidat ou soumissionnaire concerné sa décision de rejeter sa candidature ou son offre ". Si la société Peinta Concept soutient que le rejet de son offre ne lui a pas été notifié sans délai comme le prévoit cet article et ne l'a été qu'après la signature du marché qu'elle conteste, cette circonstance est sans rapport direct avec son éviction et n'affecte pas la validité du contrat. Par suite, le moyen doit être écarté.
4. Aux termes de l'article R. 2143-3 du code de la commande publique : " Le candidat produit à l'appui de sa candidature : () / 2° les renseignements demandés par l'acheteur aux fins de vérification de l'aptitude à exercer l'activité professionnelle, de la capacité économique et financière et des capacités techniques et professionnelles du candidat ".
5. Au soutien de sa contestation, la société Peinta Concept fait valoir que la société attributaire du marché en litige ne possédait pas la qualification requise. Toutefois, si l'article 6.1 du règlement de la consultation prévoit la production par les candidats, au titre des " Certificats de qualifications et/ou de qualité demandés ", de la " Qualification 6241 Revêtements coulés à base de liants hydrauliques E.C.* (technicité courante) ", de la " Qualification 6242 Revêtements poncés coulés en matériaux naturels E.C.* (technicité confirmée) ", de la " Qualification 6251 Revêtements à finition décorative " ou encore de la " Certification MASE ", cet article, qui demande également aux candidats, au titre des renseignements concernant les références professionnelles et la capacité technique de l'entreprise, de produire la liste des travaux qu'ils ont exécutés au cours des cinq dernières années, précise également que " Chacun des certificats précités pourra faire l'objet d'équivalence " et que " La preuve de la capacité du candidat peut être apportée par tout moyen notamment par des certificats d'identité professionnelle ou des références de travaux attestant de la compétence de l'opérateur économique pour réaliser la prestation en cause ". Il résulte ainsi du règlement de la consultation que les candidats qui ne possèdent pas l'une des trois qualifications mentionnées en matière de revêtements ou la certification MASE, laquelle est d'ailleurs sans rapport avec ces qualifications, peuvent toutefois être retenus s'ils peuvent justifier d'une qualification équivalente.
6.
Ainsi que l'expose Saint-Etienne Métropole, le cahier des clauses techniques du marché en litige prévoit la mise en œuvre d'un revêtement de sols de type granito avec un mélange mis en place in situ composé d'un mortier teinté avec des pigments minéraux mélangé à des granulats de marbre calibrés de petite taille et un ponçage de la surface à sec sous aspiration et il résulte de l'instruction que la société attributaire du marché, outre la " Qualification 6261 Chapes " dont il n'est pas contesté qu'elle est relative à des compétences proches de celles qu'implique la mise en œuvre de revêtements coulés, justifiait de son expérience en la matière avec deux références ainsi que du suivi d'une formation spécifique et de l'accompagnement du fabricant pour la pose du revêtement de sols que, comme la requérante, elle proposait de mettre en œuvre. Dans ces conditions, la société Peinta Concept n'est pas fondée à soutenir que la société attributaire ne justifiait pas de la qualification requise.
7. S'il est constant que Saint-Etienne Métropole, dans son appréciation de la valeur technique de son offre, a pris en compte la formation suivie par l'attributaire pour la mise en œuvre du revêtement concerné, cette circonstance ne saurait être regardée comme traduisant l'ajout par le pouvoir adjudicateur d'un sous-critère d'appréciation des offres qui n'était pas prévu dans le règlement de la consultation et venant ainsi, selon la requérante, neutraliser le critère du prix pour lequel elle était mieux-disante.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la société Peinta Concept aux fins d'annulation, de résiliation et d'indemnisation doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de Saint-Etienne Métropole, qui n'est pas partie perdante. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions que Saint-Etienne Métropole présente au titre de ce même article.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Peinta Concept est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de Saint-Etienne Métropole au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Peinta Concept, à Saint-Etienne Métropole et à la société Satibat Chape.
Délibéré après l'audience du 9 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
M. Gille, président,
Mme Lacroix, première conseillère,
Mme Reniez, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2025.
La rapporteure, Le président,
E. Reniez A. Gille
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-24PA01283
08/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-24PA01974
08/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-24PA02326
08/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-24PA02620
08/04/2026