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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2308986

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2308986

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2308986
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantMANDRUZZATO MÉLISSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Mandruzzato, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 septembre 2023 par lequel le préfet de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer un titre de séjour permanent ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il méconnaît l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il dispose d'un droit au séjour permanent en France ;

- il est entaché d'erreur de droit car le 2° l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut être appliqué aux ressortissants de l'Union européenne ayant acquis un droit au séjour permanent ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- l'administration n'a pas pris en considération sa situation ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré, le 18 décembre 2023, le préfet de la Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 6 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bardad, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant italien né le 23 décembre 1985, serait entré en France, en 2008, selon ses déclarations. Par un arrêté du 22 septembre 2023, le préfet de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général, qui disposait d'une délégation de signature consentie par arrêté du préfet de la Loire du 13 juillet 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs le 24 juillet 2023 et accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles sont fondées. Le préfet de la Loire n'était pas tenu d'énoncer l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de l'absence de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes des décisions attaquées ni des pièces du dossier que l'autorité administrative n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de M. A.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; (). ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné par un jugement du tribunal correctionnel de Toulon du 10 juin 2022, à une peine de trois ans d'emprisonnement dont six mois de sursis probatoire pendant deux ans pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme suivi d'une incapacité n'excédant pas huit jours et port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D. L'intéressé avait, le 7 juin 2022, donné plusieurs coups de couteau au père de son ex-compagne après avoir consommé de la cocaïne. M. A a fait appel de cette condamnation. A titre de peine complémentaire, le tribunal a prononcé une interdiction de détenir ou porter une arme soumise à autorisation pendant une durée de cinq ans et une interdiction de séjourner dans le département du Var pendant la même durée. Par un arrêt du 5 octobre 2022, la cour d'appel d'Aix-en-Provence l'a condamné à une peine de trois ans d'emprisonnement dont un an de sursis probatoire pendant deux ans à raison des mêmes faits. Elle a également prononcé une interdiction de séjour dans le département du Var pendant une durée de trois ans et une interdiction de détenir ou de porter une arme soumise à autorisation pendant une durée de cinq ans. Par un jugement du 23 juin 2023, le juge de l'application des peines du tribunal judiciaire de Toulon lui a accordé une mesure de détention à domicile sous surveillance électronique à compter du 4 juillet 2023 jusqu'à la fin de sa peine, le 9 octobre 2023. Par un arrêté du 22 septembre 2023, le préfet de la Loire a pris à l'encontre de l'intéressé, la mesure d'éloignement attaquée.

7. Ainsi, compte tenu de la gravité et du caractère récent des faits pour lesquels M. A a été condamné en 2022, le préfet de la Loire a pu légalement estimer, au regard des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la présence de l'intéressé représentait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société de nature à justifier la mesure d'éloignement prise à son encontre.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 251-2 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-1 les citoyens de l'Union européenne () qui bénéficient du droit au séjour permanent prévu par l'article L. 234-1 ". Aux termes de l'article L. 234-1 de ce code: " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français ". Aux termes de l'article L. 200-6 du code précité : " Les restrictions au droit de circuler et de séjourner librement en France prononcées à l'encontre de l'étranger dont la situation est régie par le présent livre ne peuvent être motivées que par un comportement qui constitue, du point de vue de l'ordre public et de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. / () ".

9. Dès lors que le comportement de M. A constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, au sens et pour l'application de l'article L. 200-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de nature à justifier la mesure d'éloignement prise à son encontre, il n'est pas fondé à soutenir, en tout état de cause, qu'il justifie d'un droit au séjour permanent au sens de l'article L. 234-1 de ce code de nature à faire obstacle à une obligation de quitter le territoire en application de l'article L. 251-2 dudit code. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 234-1 et L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ()".

11. Si M. A soutient être présent en France depuis 2008, il n'établit pas le caractère continu de son séjour en France. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le requérant est célibataire, sans charge familiale, et ne justifie pas d'une intégration particulière en France. L'intéressé a été ainsi condamné récemment à une peine d'emprisonnement de trois ans dont un an de sursis probatoire pendant deux ans pour des faits récents d'une particulière gravité comme indiqué précédemment et il n'exerce aucune activité professionnelle depuis la fin de son incarcération. Par ailleurs, il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu la majeure partie de sa vie. De même, s'il se prévaut de la présence de son père en France et du fait qu'il soit malade, il ne démontre pas l'intensité des liens noués avec ce dernier ni que sa présence serait indispensable auprès de lui. Dans ces conditions, et même s'il fait valoir qu'il a travaillé, avant son incarcération, dans le domaine de l'hôtellerie, la décision en litige n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la mesure d'éloignement sur sa situation personnelle doivent être écartés.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée y compris ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.

La rapporteure,Le président,

N. BARDADJ. SEGADO

La greffière,

N. RENOUD-GENTY

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière,

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