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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2309012

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2309012

vendredi 27 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2309012
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantPOCHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Pochard, demande au juge des référés du tribunal :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Rhône sur la demande de titre de séjour qu'il a présentée le 8 septembre 2021 ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et, dans cette attente, de lui délivrer un récépissé de renouvellement de titre de séjour avec autorisation de travail d'une durée de six mois, et ce dans un délai de deux jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 10 juillet 2023 sous le numéro 2305724 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La président du tribunal a désigné M. Segado, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Selon les termes de l'article L. 522-3 dudit code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du retrait de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour. Cette présomption étant liée aux conséquences résultant, pour un étranger, du passage d'un statut régulier à un statut irrégulier, elle doit être admise, sauf circonstances particulières, alors même que les motifs invoqués par l'intéressé pour solliciter un titre de séjour auraient changé.

3. Selon l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : / 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. Lorsque sa demande porte sur un titre de séjour ne figurant pas dans cette liste, il présente sa demande dans le courant des deux mois précédant l'expiration du document dont il est titulaire ; / (). ". Aux termes de l'article R. 431-2 dudit dans sa rédaction applicable : " La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code. / Les personnes qui ne sont pas en mesure d'effectuer elles-mêmes le dépôt en ligne de leur demande bénéficient d'un accueil et d'un accompagnement leur permettant d'accomplir cette formalité. Le ministre chargé de l'immigration fixe les modalités de cet accueil et de cet accompagnement ". Par ailleurs, la carte de séjour étudiant figure à l'annexe 9 du le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable et sur la liste des titres fixée par l'article 1er de l'arrêté du 27 avril 2021 pris en application de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif aux titres de séjour dont la demande s'effectue au moyen d'un téléservice.

4. Pour caractériser l'existence d'une situation d'urgence, M. B se prévaut de prévaloir de la présomption existant en cas de refus de renouvellement d'un titre de séjour. Il résulte de l'instruction que l'intéressé, qui a bénéficié d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 28 septembre 2021, a présenté sa demande de carte de séjour le 8 septembre 2021. Or, une demande de titre déposée après l'expiration des délais prévus par les dispositions de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point 3 doit être regardée comme une première demande d'un nouveau titre de séjour étudiant, la décision implicite de rejet née du silence gardé sur cette demande ne pouvant pas ainsi constituer un refus de renouvellement du titre de séjour " étudiant ". Le requérant fait alors valoir qu'il a demandé un changement de statut en sollicitant la délivrance d'une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale ", laquelle ne relève pas des titres listés à l'article R. 431-2 du le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, le refus de faire droit à une telle demande de délivrance d'une carte de séjour " vie privée et familiale " au détenteur d'une carte de séjour temporaire " étudiant ", délivrée ainsi sur un autre fondement, ne saurait être regardé comme un refus de renouvellement de titre, en sachant que, comme il a été dit précédemment, il ne peut être regardé en l'espèce comme ayant sollicité le renouvellement de son titre étudiant. Par suite, le requérant ne saurait se prévaloir de la présomption d'urgence applicable en cas de refus de renouvellement. Par ailleurs, M. B fait valoir qu'il était détenteur d'un titre étudiant, alors qu'il n'en a pas sollicité le renouvellement dans les délais impartis, que le délai d'instruction de sa demande est anormalement long, alors qu'une décision implicite de rejet est née du silence gardé pendant quatre mois sur sa demande de titre, qu'il est contraint de consacrer plusieurs jours depuis janvier 2023 à effectuer des démarches en préfecture pour obtenir le renouvellement de ses récépissés et des autorisations de travail compte tenu notamment des erreurs de la préfecture contenues dans trois récépissés ayant omis de les assortir du droit de travailler, qu'il risque de perdre son emploi, alors qu'il s'est vu finalement délivrer, certes après avoir sollicité des rectifications sur trois récépissés, des récépissés autorisant à travailler. Il se prévaut aussi des effets de cette décision sur sa vie personnelle, sur sa famille, notamment sur sa fille mineure dont il pourvoit aux besoins avec sa compagne, et sur sa situation professionnelle. Toutefois les éléments exposés par le requérant ne permettent pas de regarder les effets de la décision attaquée comme caractérisant une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative, justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision qu'il conteste soit suspendue. Par suite, la condition d'urgence prévue par ces dernières dispositions ne peut être regardée comme étant remplie.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête présentées par M. B sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée à la préfète du Rhône.

Fait à Lyon, le 27 octobre 2023.

Le juge des référés,

Juan Segado

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

N°230901

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