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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2309868

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2309868

mercredi 21 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2309868
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantREBAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 novembre 2023, M. B C, représentée par Me Tatiguian, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, relative aux conditions de sa prise en charge, au sein du centre hospitalier de Valence, rattaché au centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne, à compter de l'intervention du 22 novembre 2021 ;

2°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne, le centre hospitalier de Valence et le docteur G, ou qui mieux le devra, au versement d'une indemnité provisionnelle d'un montant de 10 000 euros ;

3°) de mettre les frais de l'expertise à la partie succombante ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne, du centre hospitalier de Valence et du docteur G, ou de qui mieux le devra, la somme de 2 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

5°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne, du centre hospitalier de Valence et du docteur G, ou de qui mieux le devra, la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- une IRM lombaire, réalisée le 8 septembre 2021 a mis en évidence une hernie médiane et paramédiane droite ;

- le 22 novembre 2021, il a subi une intervention pour le traitement d'une lombosciatique à bascule L5 prédominant du côté droit causé par une hernie discale lombaire L4-L5 ;

- suite à l'opération, il a présenté un déficit L5 gauche accompagné de fourmillements, d'engourdissements et d'une hypoesthésie du membre inférieur gauche ; un électromyogramme réalisé le 30 juin 2022 a mis en évidence une atteinte sévère de L5 gauche.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 décembre 2023, le centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne, représenté par Me Rebaud (Selarl Rebaud Avocat), demande au juge des référés :

1°) de considérer qu'il ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée, laquelle devra être complétée selon les termes de son mémoire et confiée à un expert neurochirurgien ;

2°) de rejeter le surplus des conclusions de la requête.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 janvier 2024, le centre hospitalier de Valence, représenté par Me Perron (Selarl Choulet Perron Avocats) demande au juge des référés :

1°) de lui donner acte de ce qu'il ne s'oppose pas aux opérations d'expertises sollicitées, sous les plus expresses réserves et protestations, lesquelles devront être complétées selon les termes de son mémoire et confiées à un expert en neurochirurgie ;

2°) de rejeter le surplus des conclusions de la requête ;

3°) de réserver les dépens.

La requête a été régulièrement communiquée au docteur F G et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Drôme qui n'ont pas produit d'observations.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme D, première vice-présidente, en qualité de juge des référés.

Considérant ce qui suit :

1. En premier lieu, aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

2. La prescription d'une mesure d'expertise en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative est subordonnée au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande d'expertise, d'apprécier son utilité au vu des pièces du dossier et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.

3. La demande d'expertise présentée par M. C, relative aux conditions de sa prise en charge au sein du centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne, à compter de l'intervention du 22 novembre 2021, présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées. Il y a lieu, dès lors, d'y faire droit dans les conditions précisées à l'article 1er de la présente ordonnance.

4. En deuxième lieu, aux termes de R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ".

5. En l'état de l'instruction, ni le principe ni l'étendue de la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne, du centre hospitalier de Valence et du docteur G ne peuvent être regardés comme suffisamment établis pour que l'obligation dont se prévaut M. C présente un caractère non sérieusement contestable qui, seul, autorise le juge des référés à ordonner le versement d'une provision. Par suite, les conclusions présentées par le requérant, tendant à ce que le centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne, le centre hospitalier de Valence et le docteur G soient condamnés à lui verser une provision doivent être rejetées.

6. En troisième lieu, il n'appartient pas au juge administratif de donner acte de déclarations, de réserves ou d'intentions. Les conclusions en ce sens présentées par le centre hospitalier de Valence doivent, par suite, être rejetées.

7. En quatrième lieu, en application des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, les frais de l'expertise seront liquidés et taxés par ordonnance laquelle désignera la partie qui les supportera. Les conclusions des parties relatives aux dépens doivent, par suite, être rejetées.

8. En dernier lieu, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. C présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Le docteur A E, domicilié 39 Chemin de la Vernique - Clinique du Val d'Ouest à Ecully (69130), est désigné comme expert avec pour mission de :

1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. C et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur lui lors de sa prise en charge à compter de l'intervention du 22 novembre 2021 ; convoquer et entendre les parties et tout sachant ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de M. C, ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;

2°) décrire l'état de santé de M. C et les soins et prescriptions antérieurs à son admission au centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne, ainsi que les conditions dans lesquelles il a été pris en charge et soigné dans cet établissement ;

3°) préciser l'état actuel de M. C et se prononcer sur l'origine de cet état ; en cas de pluralité de causes, indiquer les conséquences de chacune et, le cas échéant, proposer au tribunal, un partage en termes de pourcentages ;

4°) donner son avis sur la prise en charge de M. C au centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne à compter de l'intervention du 22 novembre 2021, dire si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux règles de l'art et données acquises de la science à l'époque des faits, et s'ils étaient pertinents, adaptés à l'état de M. C et aux symptômes qu'elle présentait, et exécutés conformément aux règles de l'art ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales du centre hospitalier et l'utilité des gestes opératoires pratiqués ;

5°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des manquements dans les actes médicaux, les actes de soins ou dans l'organisation des services ont été commis lors de la prise en charge de M. C ; le cas échéant, indiquer dans quelle mesure ces manquements ont concouru à la survenance du dommage ou ont fait perdre à M. C une chance d'éviter la survenue du dommage et, dans l'affirmative, déterminer l'ampleur de la chance perdue en distinguant le pourcentage imputable aux diverses causes établies ;

6°) dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir s'il y a eu manquement à l'obligation d'information à l'égard du requérant ;

7°) donner son avis sur le point de savoir si l'état de M. C a été causé par un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale et indiquer si, compte tenu de la chronologie des événements, M. C a pu contracter cette affection iatrogène ou infection lors de son séjour au centre hospitalier de Valence ou si elle a pour origine une cause extérieure et étrangère à l'activité de l'hôpital ; à cet effet, se faire remettre les compte rendus du CLIN, l'ensemble des protocoles d'hygiène applicables à l'acte litigieux, les résultats des enquêtes épidémiologiques effectuées, et, si nécessaire, les résultats des analyses environnementales ;

8°) donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté a un rapport avec l'état initial de M. C, ou l'évolution prévisible de cet état ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché au centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause extérieure ;

9°) déterminer la date de consolidation de l'état physique de M. C, l'importance et la durée du déficit fonctionnel temporaire, des souffrances endurées, du préjudice esthétique temporaire, du déficit fonctionnel permanent, du préjudice esthétique permanent ou de tout autre préjudice extrapatrimonial dont celui-ci ferait état ; dire si l'état de M. C est susceptible de modification en aggravation ou en amélioration ; dans l'affirmative fournir toutes précisions utiles sur cette évolution ;

10°) à défaut de consolidation indiquer le délai dans lequel M. C devra être réexaminée en fonction de l'évolution prévisible de son état de santé et préciser, lorsque cela est possible, les dommages prévisibles pour l'évaluation d'une éventuelle provision ;

11°) préciser le montant des dépenses de santé et des frais divers supportés jusqu'à la date de consolidation et évaluer la nature et le montant des dépenses de santé futures, le cas échéant, indiquer quels seront les besoins d'adaptation du logement et du véhicule de M. C, dire dans quelle mesure il aura besoin de l'assistance d'une tierce personne ;

12°) préciser la nature et évaluer l'importance de tout autre préjudice patrimonial ou extrapatrimonial dont le requérant ferait état ; donner toute précision utile permettant au tribunal d'apprécier une éventuelle incidence professionnelle du dommage et dire notamment s'il est dans l'impossibilité de se livrer à des activités spécifiques de sports, loisirs ;

12°) évaluer chacun de ces préjudices même en l'absence de lien de causalité, de manquement ou de faute ; pour chacun d'entre eux, distinguer la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressé ;

13°) distinguer dans les soins supportés par la caisse primaire d'assurance maladie ceux qui auraient incombé en tout état de cause à celle-ci en raison de l'état antérieur de M. C ou à toute autre cause, de ceux imputables à l'intervention pratiquée le 22 novembre 2021 ;

14°) de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l'importance du préjudice, ainsi que toute information utile à la solution du litige ;

15°) tenter de parvenir à un accord entre les parties, si possible.

L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable de la présidente du tribunal administratif. L'expert recueillera et consignera les observations des parties sur les constatations auxquelles il procèdera et les conclusions qu'il envisagera d'en tirer.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expertise aura lieu en présence de M. C, du centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne, du centre hospitalier de Valence, du docteur F G et de la caisse primaire d'assurance maladie de la Drôme.

Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges dans le délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 6 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer dans les conditions prévues à l'article R. 621-7-3 du même code.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C, au centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne, au centre hospitalier de Valence, au docteur F G, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Drôme et à l'expert.

Fait à Lyon, le 21 février 2024.

Le juge des référés,

D. D

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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