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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2310507

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2310507

mardi 9 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2310507
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL NEKAA ALLARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 août 2022, et des pièces complémentaires reçues le 20 mars 2024, M. A B et Mme C B, représentés par Me Nekaa, doivent être regardés comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de l'ensemble des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à leur charge à hauteur de la somme de 380 481 euros au titre de l'année 2014 et de 85 238 euros au titre de l'année 2015 ou, subsidiairement, de leur accorder une décharge partielle correspondant aux revenus de capitaux mobiliers réintégrés dans l'assiette de l'impôt sur le revenu pour un montant de 131 348 euros au titre de l'année 2014 et de 6 000 euros au titre de l'année 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de condamner l'Etat aux dépens.

Ils soutiennent que :

- la requête est recevable dès lors que le délai de réclamation expirant le 31 décembre 2020 expirait en vertu de l'ordonnance du 13 mai 2020 et de la doctrine administrative le 14 juin 2021 ;

- la proposition de rectification et la réponse aux observations du contribuable ont été signées par une autorité incompétente ;

- la proposition de rectification est insuffisamment motivée ;

- ils ont été irrégulièrement privés de saisir la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires ainsi que le comité de l'abus de droit ;

- ils n'ont jamais reçu un total de 131 348 euros de revenus de capitaux mobiliers au titre de l'année 2014 et ils n'ont jamais reçu un total de 6 000 euros de revenus de capitaux mobiliers au titre de l'année 2015.

Par des mémoires en défense enregistrés le 4 novembre 2021 et le 8 mars 2024, le directeur régional des finances publiques d'Auvergne Rhône Alpes et du département du Rhône conclut à l'irrecevabilité de la requête et, à titre subsidiaire, au non-lieu partiel et au rejet du surplus de la requête.

Il soutient que la réclamation préalable est tardive et qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 1er décembre 2022 n° 2106373, le président de la 4ème chambre du tribunal administratif de Lyon a rejeté cette requête.

Par un arrêt n° 23LY00365 du 7 décembre 2023, la cour administrative d'appel de Lyon, saisie d'un appel présenté pour les requérants, a annulé l'ordonnance du tribunal administratif de Lyon en date du 1er décembre 2022 et a renvoyé l'affaire au tribunal administratif de Lyon pour qu'il soit statué sur la requête des requérants.

Par un courrier du 5 mars 2024 les parties ont été informées que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen tiré du fait que l'administration ne pouvait légalement, sur le fondement des dispositions du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, imposer entre les mains de M. et Mme B au titre des années 2014 et 2015 des sommes supérieures aux bénéfices de la société SAEC-France retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés au titre des mêmes années.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B ont fait l'objet de rectifications en matière d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2014 et 2015, consécutives à la vérification de comptabilité de la société SAEC France, dont M. B était le président et l'unique associé et mises en recouvrement le 30 septembre 2018. M. et Mme B demandent la décharge de l'ensemble des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à leur charge à hauteur de la somme de 380 481 euros au titre de l'année 2014 et de 85 238 euros au titre de l'année 2015 ou, subsidiairement, de leur accorder une décharge partielle correspondant aux revenus de capitaux mobiliers réintégrés dans l'assiette de l'impôt sur le revenu pour un montant de 131 348 euros au titre de l'année 2014 et de 6 000 euros au titre de l'année 2015.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision du 8 mars 2024 postérieure à l'introduction de la requête, l'administration a prononcé un dégrèvement des impositions en litige pour un montant total de 86 821 euros en droits et pénalités. Les conclusions de la requête sont, dans cette mesure, devenues sans objet

Sur la procédure d'imposition :

3. En premier lieu, termes de l'article 350 terdecies de l'annexe III au code général des impôts : " I.- Sous réserve des dispositions des articles 409 et 410 de l'annexe II au code général des impôts, seuls les fonctionnaires de la direction générale des finances publiques appartenant à des corps des catégories A et B peuvent fixer les bases d'imposition et liquider les impôts, taxes et redevances ainsi que proposer les rectifications. (). Aux termes de l'article L. 80 E du livre des procédures fiscales : " La décision d'appliquer les majorations et amendes prévues aux articles 1729, 1732 et 1735 ter du code général des impôts est prise par un agent de catégorie A détenant au moins un grade fixé par décret qui vise à cet effet le document comportant la motivation des pénalités. ". Aux termes de l'article R. 80 E-1 du même livre : " La décision d'appliquer les majorations et amendes mentionnées à l'article L. 80 E est prise par un agent ayant au moins le grade d'inspecteur divisionnaire. ".

4. Il est constant que la proposition de rectification du 20 décembre 2017 adressée à M. et Mme B et la réponse à leurs observations du 17 avril 2018 ont été signées par une inspectrice des finances publiques, c'est-à-dire par un fonctionnaire de catégorie A ainsi que par une inspectrice divisionnaire des finances publiques. Par suite le moyen tiré de l'incompétence des signataires de la proposition de rectification doit en vertu des dispositions précitées être écarté.

5. En deuxième lieu de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile. S'agissant de revenus distribués, cette motivation peut résulter, soit de la reproduction de la teneur de la proposition de rectification adressée à la société distributrice, soit de la jonction de cette proposition de rectification en annexe du document adressé au bénéficiaire des distributions, dès lors du moins que le document concernant la société est lui-même suffisamment motivé.

6. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 20 décembre 2017 adressée à M. et Mme B à laquelle a été jointe la proposition de rectification de la société SAEC France comporte la désignation de l'impôt concerné, des années correspondantes et des bases d'imposition. Si, ainsi que le font valoir les requérants, elle ne précise pas si elle se réfère au 1° ou au 2° de l'article 109, cette circonstance n'est pas de nature à affecter sa régularité, dès lors que les contribuables ont été mis à même de présenter leurs observations. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de proposition de rectification doit être écarté.

7. En troisième lieu, il est constant que le désaccord opposant M. et Mme B à l'administration fiscale portait sur les rehaussements opérés dans la catégorie des traitements et salaires et dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. Or, ce désaccord ne relevait pas, en vertu de l'article L. 59 A du livre des procédures fiscales, de la compétence de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires. Par suite et contrairement à ce qui est soutenu, l'administration n'était pas tenue de saisir cette commission. Le moyen doit être écarté.

8. En quatrième lieu, en vertu de l'indépendance des procédures d'imposition, l'irrégularité de la vérification de comptabilité d'une société est sans incidence sur la régularité de la procédure de redressement engagée à l'encontre du bénéficiaire des revenus distribués qui en résulte. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'administration aurait, au cours de la procédure de vérification de la comptabilité de la société SAEC France, entendu dénoncer implicitement un abus de droit sans avoir respecté les garanties prévues à l'article L. 64 du livre des procédures fiscales doit, en tout état de cause, être écarté comme inopérant.

Sur le bien-fondé des impositions :

9. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital () ". Aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109, les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés ".

10. Les impositions en litige procèdent de l'inclusion dans les revenus taxables entre les mains de M. et Mme B dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, sur le fondement des dispositions précitées du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, de sommes correspondant à un rehaussement des bénéfices de la société SAEC France Ltd au titre des exercices clos en 2014 et 2015 et regardées comme des revenus distribués par cette société à M. B, que l'administration a considéré comme l'unique maître de l'affaire.

11. La qualité de seul maître de l'affaire que M. B ne conteste pas suffit à regarder le contribuable comme bénéficiaire des revenus réputés distribués, en application du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts par la société en cause, la circonstance qu'il n'aurait pas effectivement appréhendé les sommes correspondantes ou qu'elles auraient été versées à des tiers étant sans incidence à cet égard.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme B ne sont pas fondés à solliciter la décharge des impositions litigieuses.

Sur les dépens de l'instance :

13. La présente instance n'a donné lieu à aucun dépens. Par suite, les conclusions des requérants tendant à la condamnation de l'Etat aux dépens doivent, en tout état de cause, être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête aux fins de décharge à hauteur du dégrèvement de 86 821 euros prononcé en cours d'instance.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. A B et Mme C B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et Mme C B et au directeur régional des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône.

Délibéré après l'audience du 26 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Rizzato, première conseillère,

Mme Gros, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2024.

L'assesseure la plus ancienne,

C. Rizzato

Le président,

M. ClémentLa greffière,

T. Zaabouri

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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