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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2400266

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2400266

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2400266
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantRODRIGUES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 janvier et 25 mars 2024, Mme A B, représentée par Me Rodrigues, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Rhône sur sa demande de titre de séjour, la décision implicite par laquelle la même autorité a refusé de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler et les décisions du 7 décembre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, sous astreinte de 30 euros par jour de retard passé le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " et, dans l'attente et dans le délai de huit jours dans la même condition d'astreinte, de la convoquer à un rendez-vous pour lui remettre une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ou, à titre subsidiaire, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, de réexaminer sa situation et, dans l'attente et dans le délai de huit jours dans la même condition d'astreinte, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, de la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour du 7 décembre 2023 est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation personnelle et est entachée d'une erreur de fait ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que la préfète n'apporte pas la preuve qu'un avis a été rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale par exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour du 7 décembre 2023 ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire du 7 décembre 2023.

Des pièces, enregistrées le 3 mai 2024, ont été produites par la préfète du Rhône.

Par une lettre du 14 mai 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur l'irrecevabilité relevée d'office des conclusions présentées à fin d'annulation des décisions implicites de refus de titre de séjour et de récépissé de demande de titre de séjour dès lors que de telles décisions sont inexistantes.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le rapport de Mme Lacroix a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante arménienne née le 22 avril 1969, est entrée en France, selon ses déclarations, le 28 février 2019 en vue d'y solliciter l'asile qui lui a été refusé définitivement le 1er février 2022 par la Cour nationale du droit d'asile. Elle a sollicité le 11 mars 2020 la délivrance d'un titre de séjour en se prévalant de son état de santé. Par les décisions du 7 décembre 2023 attaquées, la préfète du Rhône a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office.

Sur l'étendue du litige :

2. En premier lieu, s'il est constant que le silence gardé sur la demande de titre de séjour déposée le 11 mars 2020 par Mme B a fait naître, en application des dispositions des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code des relations entre le public et l'administration, une décision implicite de rejet, la décision expresse du 7 décembre 2023 de la préfète du Rhône portant refus de titre de séjour s'est substituée à cette décision implicite. Il en résulte que les conclusions dirigées contre cette dernière décision, qui ont perdu leur objet avant l'introduction le 8 janvier 2024 du présent recours, sont irrecevables.

3. En second lieu, alors que Mme B produit des récépissés de demande de carte de séjour antérieurs à la décision de refus du 7 décembre 2023, il ne ressort pas des pièces produites que l'administration aurait refusé de lui délivrer des récépissés à la suite du dépôt de sa demande de titre de séjour le 11 mars 2020. En l'absence d'un tel refus, les conclusions dirigées contre cette décision inexistante, sont irrecevables.

Sur la décision du 7 décembre 2023 portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, la décision du 7 décembre 2023 portant refus de titre de séjour vise les textes dont elle fait application, notamment l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle fait par ailleurs mention de ce que Mme B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en invoquant son état de santé, de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) dont elle indique le contenu et des éléments relatifs à la situation familiale de l'intéressée. Elle comporte ainsi l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort, ni des termes de cette décision, ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète du Rhône, qui a notamment pris en compte l'état de santé de Mme B et sa situation familiale, n'aurait pas procédé à un examen complet de son dossier.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat (). ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. (). ".

7. D'une part, il ressort des pièces du dossier qu'un rapport médical a été établi le 26 février 2023 à la suite de la demande de titre de séjour présentée par Mme B. Ce rapport a été transmis au collège de médecins du service médical de l'OFII le lendemain et un avis a été émis par ce collège le 14 avril 2023, préalablement à la décision de refus de titre de séjour du 7 décembre 2023. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision serait intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière doit être écarté.

8. D'autre part, il ressort de l'avis du collège de médecins de l'OFII du 14 avril 2023 que l'état de santé de Mme B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'en égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, elle peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Les pathologies dont souffre Mme B, qui est atteinte d'une leucémie lymphoïde chronique diagnostiquée en mars 2019, d'un diabète de type 2 et de troubles psychiatriques, nécessitent un traitement médicamenteux et une surveillance en hématologie et en diabétologie ainsi que l'assistance d'une tierce personne pour les actes de la vie courante. Toutefois, l'intéressée ne contredit pas sérieusement l'avis du collège de médecins de l'OFII quant à la disponibilité de ce traitement en Arménie, alors même que ce collège a considéré le contraire dans un avis précédent du 14 mai 2020. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, dès lors, être écarté.

9. En cinquième lieu, si Mme B se prévaut de la présence de sa fille qui la prend en charge, elle n'apporte cependant aucun élément concernant cette dernière de nature à établir sa situation administrative en France et la stabilité et l'intensité de leur relation. Alors qu'elle est entrée en France à l'âge de 49 ans, elle n'établit pas ne plus disposer d'attaches dans son pays d'origine, qu'elle avait quitté depuis moins de cinq ans à la date à laquelle la préfère du Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour. Dans ces conditions, la préfète n'a pas, en tout état de cause, porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a pris cette décision et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Compte tenu de ce qui est jugé au point 8, elle n'a pas davantage commis une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, Mme B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour prise à son encontre, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers dans sa version applicable au litige : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. (). ". Il résulte de ce qui est dit au point 8 que le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

12. Enfin, en l'absence de tout élément particulier invoqué, et même en tenant compte des conséquences spécifiques à la mesure d'éloignement, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de Mme B doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9 du présent jugement.

Sur le pays de destination :

13. En l'absence d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée du fait de l'illégalité de ces décisions doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions qu'elle attaque. Sa requête doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Michel, présidente,

Mme Lacroix, première conseillère,

Mme Reniez, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

La rapporteure,

A. Lacroix

La présidente,

C. Michel

La greffière,

K. Schult

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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