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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2400357

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2400357

vendredi 19 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2400357
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantIMBERT MINNI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 janvier 2024, M. B C, représenté par Me Imbert Minni, avocate, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 janvier 2024 par lequel la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 24 mois ;

3°) d'annuler l'arrêté du 14 janvier 2024 par lequel la préfète du Rhône l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Il ne soulève aucun moyen à l'encontre des arrêtés contestés.

Des pièces, enregistrées le 16 janvier 2024, ont été produites par la préfète du Rhône.

La présidente du tribunal a désigné M. Borges-Pinto pour statuer en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Vu la prestation de serment de Mme D, interprète en langue ourdou.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 18 janvier 2024, M. Borges-Pinto, magistrat désigné, a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Imbert Minni, avocate représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, en soulevant le moyen tiré de l'atteinte excessive à son droit au respect à la vie privée et familiale dès lors que M. C réside en France depuis plus de dix ans, sans avoir fait l'objet d'aucune condamnation pénale, et où il a recherché à s'intégrer à travers l'exercice d'activités professionnelles. S'agissant du refus de délai de départ volontaire, M. C doit être regardé comme justifiant de circonstances particulière au sens des dispositions de l'article L. 612-3 en raison de l'importante durée de séjour en France et de ses activités professionnelles et des garanties de représentation dont il dispose puisqu'il a été assigné à résidence. Ces mêmes éléments révèlent des circonstances humanitaires devant conduire à ce que la préfète ne prenne pas d'interdiction de retour sur le territoire français.

- les observations de M. C, assisté de Mme D interprète en langue ourdou ;

- et les observations de M. A, représentant la préfète du Rhône.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant pakistanais né le 20 janvier 1986, est entré irrégulièrement en France en 2013 pour y solliciter l'asile. Sa demande a cependant été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 17 février 2014, puis par la cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 20 mars 2014. Par un arrêté du 23 février 2015, notifié le 27 février 2015, M. C a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. Sa demande de réexamen de sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA le 16 juin 2016 puis par le CNDA le 14 novembre 2016 et sa seconde demande de réexamen a également été rejetée par l'OFPRA, le 24 avril 2017. Par arrêtés du préfet du Rhône du 11 avril 2017 et du 29 décembre 2022, M. C a, de nouveau, fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. S'étant maintenu irrégulièrement en France, par arrêté du 14 janvier 2024, la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 24 mois et, par un arrêté du même jour, la préfète du Rhône a assigné M. C à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, M. C demande au tribunal de prononcer l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire qu'il a sollicitée dans son mémoire introductif d'instance, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

4. En mesure de s'exprimer correctement en français à la barre, M. C fait état de la durée de sa présence sur le territoire français où il réside depuis plus de dix ans, et de sa volonté d'intégration par le travail. Toutefois, le requérant s'est maintenu sur le territoire national en dépit des mesures d'éloignement dont il a fait l'objet en 2015, 2017 et 2022, après le rejet de ses demandes d'asile. La seule durée de sa présence en France ne saurait établir, par elle-même, qu'il y aurait noué des liens à la fois anciens, intenses et stables. M. C demeure, en effet, célibataire et sans charge de famille en France, et il ne justifie d'aucun autre lien noué sur le territoire français. Par ailleurs, il ne verse aucun document relatif aux activités salariées alléguées. Enfin, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. C ne pourrait poursuivre son existence ailleurs qu'en France, notamment au Pakistan où il n'est pas établi qu'il n'y dispose plus d'attaches familiales. Dans ces conditions, eu égard aux conditions de son séjour en France où il s'est maintenu irrégulièrement et où il ne dispose pas d'attaches notables, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

5. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

6. Pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. C, la préfète du Rhône s'est fondée sur les dispositions précitées en relevant qu'il existe un risque de soustraction à la mesure d'éloignement dont l'intéressé fait l'objet dès lors qu'il s'est maintenu irrégulièrement en France, d'une part, en dépit des obligations de quitter le territoire français prises à son encontre et qu'il ne peut justifier, d'autre part, d'un hébergement stable sur le territoire français. Par suite, c'est sans méconnaitre les dispositions mentionnées au point précédent ni commettre d'erreur manifeste d'appréciation que la préfète du Rhône a pu refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. C pour les motifs précités.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

7. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. M. C ne formule aucun moyen spécifique à l'encontre de la décision fixant le pays de destination. Au demeurant, il ne produit pas plus, dans la présente instance, d'élément attestant des menaces alléguées devant l'OFPRA puis la CNDA, dont la réalité n'avait pas été tenue par établie lors d'examen de ses demandes d'asile.

En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 24 mois :

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

10. M. C a fait l'objet d'une mesure d'éloignement pour laquelle aucun délai de départ volontaire n'a été accordé et entre, dès lors, dans les cas prévus par les dispositions de l'article L.612-6 précité, pour lesquels le préfet doit assortir son obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour, sauf s'il existe des circonstances humanitaires de nature à justifier qu'une telle interdiction ne soit pas décidée. Or, la seule durée de sa présence en France, acquise essentiellement en méconnaissance des décisions portant obligation de quitter le territoire français prises à son encontre en 2015, 2017 et 2022, et des activités professionnelles exercées irrégulièrement, ne peuvent être regardés comme constituant des circonstances humanitaires au sens des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile devant conduire l'autorité administrative à s'abstenir d'assortir la mesure d'éloignement sans délai dont M. C fait l'objet d'une interdiction de retour. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté. En outre, dès lors que le requérant a fait l'objet de trois précédentes mesures d'éloignement et que par ailleurs, il ne justifie pas d'attaches significatives en France, c'est sans faire une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet du Rhône a pu fixer la durée de cette interdiction à 24 mois.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

11. M. C ne formule aucun moyen spécifique à l'encontre de la décision portant assignation à résidence.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, et à la préfète du Rhône.

Copie en sera adressée à Me Imbert Minni.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 janvier 2024.

Le magistrat désigné,

P. Borges-Pinto

Le greffier

T. Clément

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier.

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