jeudi 30 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2400512 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Avocat requérant | SAS SEBAN AUVERGNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 janvier 2024, Mme B E, représentée par Me Braillard (Selarl Thierry Braillard et associés), demande au juge des référés :
1°) d'ordonner une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, relative aux conditions de sa prise en charge à l'hôpital de la Croix-Rousse à compter de l'intervention du 23 février 2023 ;
2°) de mettre à la charge des Hospices civils de Lyon et de la SHAM les entiers dépens de l'instance.
Elle soutient que :
- elle a subi, le 23 février 2023, une réduction mammaire bilatérale à l'hôpital de la Croix-Rousse, justifiée par une gigantomastie mammaire occasionnant une cervicarthrose et des lombalgies ; elle a regagné son domicile le lendemain ;
- le 1er mars 2023, dans le cadre de son suivi post-opératoire, l'infirmier constate que les cicatrices sont légèrement ouvertes ; le 5 mars suivant, il constaté la présence de rougeurs et l'existence d'écoulements ;
- lors d'un rendez-vous post-opératoire, une désunion au niveau de la jonction horizontal/vertical est relevée ;
- suite à son déménagement, elle est admise au centre hospitalier de Bagnols-sur-Cèze le 24 mars 2023, où elle est opérée et restera jusqu'au 5 avril 2023 ; l'examen bactériologique réalisé sur prélèvement est positif pour pseudomonas aeruginosa.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 février 2024, les Hospices civils de Lyon, représentés par Me Lantero (Selas Seban Auvergne) demandent au juge des référés :
1°) si la mesure d'expertise devait être ordonnée, de désigner un collège d'experts spécialisés en chirurgie réparatrice et en infectiologie et de compléter la mission des experts selon les termes de leur mémoire ;
2°) d'étendre les opérations d'expertise au centre hospitalier de Bagnols-sur-Cèze ;
3°) de désigner un collège d'experts spécialisés en chirurgie réparatrice et en infectiologie ;
4°) de rejeter le surplus des conclusions de la requête.
Ils font valoir que le centre hospitalier de Bagnols-sur-Cèze est intervenu dans la prise en charge infectieuse de la requérante, de sorte que sa présence aux opérations d'expertises peut éclairer les investigations de l'expert.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2024, la société Relyens Mutual Insurance (anciennement SHAM), représentée par Me Deygas (Selarl Carnon avocats) demande au juge des référés de prononcer sa mise hors de cause.
Elle fait valoir qu'elle n'est plus l'assureur des Hospices civils de Lyon depuis le 31 décembre 2019 et que ce sont les sociétés Berkshire Hathaway et AGSM qui interviennent en qualité d'assureurs des HCL.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2024, la société Berkshire Hathaway Europe Insurance DAC, représentée par Me Lantero (Selas Seban Auvergne) demande au juge des référés :
1°) si la mesure d'expertise devait être ordonnée, de désigner un collège d'experts spécialisés en chirurgie réparatrice et en infectiologie et de compléter la mission des experts selon les termes de leur mémoire ;
2°) d'étendre les opérations d'expertise au centre hospitalier de Bagnols-sur-Cèze ;
3°) de désigner un collège d'experts spécialisés en chirurgie réparatrice et en infectiologie ;
4°) de rejeter le surplus des conclusions de la requête.
Elle fait valoir que le centre hospitalier de Bagnols-sur-Cèze est intervenu dans la prise en charge infectieuse de la requérante, de sorte que sa présence aux opérations d'expertises peut éclairer les investigations de l'expert.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 avril 2024, le centre hospitalier de Bagnols-sur-Cèze, représenté par Me Vital-Durand (Selarl Vital-Durand et associés) demande au juge des référés :
1°) de lui donner acte de ses protestations et réserves d'usage quant à la demande d'expertise présentée par la requérante ;
2°) de désigner un collège d'experts en chirurgie réparatrice et en infectiologie et de compléter la mission des experts selon les termes de son mémoire ;
3°) de mettre les frais de l'expertise à la charge de la requérante.
Par un mémoire enregistré le 19 avril 2024, la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes informe le juge des référés qu'elle sera en mesure de chiffrer ses débours lors du dépôt du rapport d'expertise.
La requête a été régulièrement communiquée à la société AGSM qui n'a pas présenté d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme A, première vice-présidente, en qualité de juge des référés.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".
2. La prescription d'une mesure d'expertise en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative est subordonnée au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande d'expertise, d'apprécier son utilité au vu des pièces du dossier et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.
3. En premier lieu, la demande d'expertise présentée par Mme E, relative aux conditions de sa prise en charge à l'hôpital de la Croix-Rousse à compter de l'intervention du 23 février 2023, présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées. Il y a lieu, dès lors, d'y faire droit dans les conditions précisées à l'article 1er de la présente ordonnance.
4. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que depuis le 31 décembre 2019, la SHAM n'est plus l'assureur des Hospices civils de Lyon dont dépend l'hôpital de la Croix-Rousse. Par suite il y a lieu de mettre cette société hors de cause.
5. En troisième lieu, en application des dispositions de l'article R. 621-2 du code de justice administrative, il n'est commis en principe qu'un seul expert, à moins que la juridiction n'estime nécessaire d'en désigner plusieurs. Au cas d'espèce, il n'apparait pas utile de désigner un collège d'experts. Il appartiendra à l'expert désigné, s'il le juge utile, de demander à la présidente du tribunal l'autorisation de s'adjoindre un ou plusieurs sapiteurs. Par suite, les conclusions des parties tendant à ce que le juge des référés désigne un collège d'experts sont rejetées.
6. En quatrième lieu, il n'appartient pas au juge administratif de donner acte de déclarations, de réserves ou d'intentions. Les conclusions présentées en ce sens par les paries sont, par suite, rejetées.
7. En dernier lieu, en application des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, les frais de l'expertise seront liquidés et taxés par ordonnance laquelle désignera la partie qui les supportera. Par suite, les conclusions des parties relatives aux dépens ne peuvent qu'être rejetées.
ORDONNE :
Article 1er : Le docteur D C, domiciliée 1950 Avenue Maréchal Juin à Nîmes (30900), est désigné comme expert avec pour mission de :
1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme E et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur elle lors de sa prise en charge à l'hôpital de la Croix-Rousse à compter de l'intervention du 23 février 2023 ; convoquer et entendre les parties et tout sachant ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme E, ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;
2°) décrire l'état de santé de Mme E et les soins et prescriptions antérieurs à son admission à l'hôpital, ainsi que les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge et soignée dans cet établissement ;
3°) préciser l'état actuel de Mme E et se prononcer sur l'origine de cet état ; en cas de pluralité de causes, indiquer les conséquences de chacune et, le cas échéant, proposer au tribunal, un partage en termes de pourcentages ;
4°) dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir si Mme E a été informée de la nature des opérations qu'elle allait subir, et des conséquences normalement prévisibles de ces interventions et si elle a été mise à même de formuler un consentement éclairé ;
5°) donner son avis sur la prise en charge de Mme E à l'hôpital de la Croix-Rousse, dire si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi, ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, s'ils étaient pertinents, adaptés à l'état de Mme E et aux symptômes qu'elle présentait, et exécutés conformément aux règles de l'art, notamment s'agissant de la prise en charge de l'infection ;
6°) donner son avis sur le point de savoir si l'état de Mme E a été causé par un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale et indiquer si, compte tenu de la chronologie des événements, Mme E a pu contracter cette affection iatrogène ou infection lors de son séjour à l'hôpital de la Croix-Rousse ou si elle a pour origine une cause extérieure et étrangère à l'activité de l'hôpital ; à cet effet, se faire remettre les compte rendus du CLIN, l'ensemble des protocoles d'hygiène applicables à l'acte litigieux, les résultats des enquêtes épidémiologiques effectuées, et, si nécessaire, les résultats des analyses environnementales ;
7°) préciser à quelle date ont été constatés les premiers signes d'infection ; préciser à quelle date a été porté le diagnostic et dire par quels moyens cliniques et para-cliniques le diagnostic a été porté, et si un retard au diagnostic a été constaté ; dire quels sont les types de germes identifiés ;
8°) déterminer la porte d'entrée de cette infection en précisant quel acte médical ou paramédical a été rapporté comme étant à l'origine de cette infection et par qui, et dans quel établissement, il a été pratiqué ;
9°) dire si un manquement aux obligations posées par la réglementation en matière de lutte contre les infections nosocomiales peut être relevé et si l'ensemble des mesures de prévention ont été appliquées conformément aux règles de l'art ; dans la négative, analyser la nature des erreurs, manque de précautions, négligences ou autres défaillances relevées ; indiquer, le cas échéant, dans quelle mesure l'état de santé de la patiente l'exposait particulièrement à la survenue de l'infection ;
10°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des manquements dans les actes médicaux, les actes de soins ou dans l'organisation des services ont été commis lors de la prise en charge de Mme E à l'hôpital de la Croix-Rousse ; le cas échéant, indiquer dans quelle mesure ces manquements ont concouru à la survenance du dommage ou ont fait perdre à Mme E une chance d'éviter la survenue du dommage et, dans l'affirmative, déterminer l'ampleur de la chance perdue en distinguant le pourcentage imputable aux diverses causes établies ;
11°) donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté a un rapport avec l'état initial de Mme E, ou l'évolution prévisible de cet état ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché à l'établissement, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause extérieure ;
12°) indiquer, le cas échéant, la date de consolidation et, en l'absence de consolidation, la date à laquelle il conviendra de revoir Mme E ; dire si l'état Mme E est susceptible de modification en aggravation ou en amélioration ; dans l'affirmative fournir toutes précisions utiles sur cette évolution ;
13°) déterminer, en les chiffrant précisément, les préjudices subis par Mme E notamment et le cas échéant :
- les préjudices patrimoniaux, temporaires et permanents, soit les dépenses de santé et frais futurs restés ou non à sa charge, l'assistance par une tierce personne, les répercussions sur l'activité professionnelle ;
- les préjudices extrapatrimoniaux, temporaires et permanents, soit le déficit fonctionnel temporaire et permanent, total et partiel, la durée de la période d'incapacité temporaire totale ou partielle, les souffrances endurées, le préjudice esthétique, le préjudice d'agrément, le préjudice sexuel, le préjudice d'établissement ;
- tous autres préjudices pouvant être constatés ;
14°) évaluer chacun de ces préjudices même en l'absence de lien de causalité, de manquement ou de faute ; distinguer, parmi ces préjudices, ceux imputables de manière directe, certaine et exclusive à son état initial et ceux imputables, dans les mêmes conditions, à l'infection contractée ou à d'autres causes ou pathologies ; dans le cas où les préjudices auraient plusieurs causes ou/et où le patient aurait perdu une chance de les éviter, indiquer la part de ces préjudices ou/et le taux de perte de chance de les éviter imputable à chacune des circonstances en présence ;
15°) distinguer dans les soins supportés par la caisse primaire d'assurance maladie ceux qui auraient incombé en tout état de cause à celle-ci en raison de l'état antérieur de Mme E ou à toute autre cause, de ceux imputables à l'intervention pratiquée le 23 février 2023 ;
16°) de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l'importance du préjudice, ainsi que toute information utile à la solution du litige ;
17°) tenter de parvenir à un accord entre les parties, si possible.
L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif.
Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable de la présidente du tribunal administratif. L'expert recueillera et consignera les observations des parties sur les constatations auxquelles il procèdera et les conclusions qu'il envisagera d'en tirer.
Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 4 : La société Relyens Mutual Insurance (anciennement SHAM) est mise hors de cause.
Article 5 : L'expertise aura lieu en présence de Mme E, des Hospices civils de Lyon, du centre hospitalier de Bagnols-sur-Cèze, de la société Berkshire Hathaway European Insurance DAC, de la société AGSM et de la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes.
Article 6 : L'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours.
Article 7 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer dans les conditions prévues à l'article R. 621-7-3 du même code.
Article 8 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B E, aux Hospices civils de Lyon, au centre hospitalier de Bagnols-sur-Cèze, à la société Berkshire Hathaway European Insurance DAC, à la société AGSM, à la société Relyens Mutual Insurance, à la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes et à l'expert.
Fait à Lyon, le 30 mai 2024.
Le juge des référés,
D. A
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026