jeudi 8 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2400712 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | POCHARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Pochard, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer une carte de résident en qualité de réfugié ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, et de lui délivrer dans l'attente un récépissé valable six mois avec autorisation de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros toutes taxes comprises à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à sa mission d'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il est maintenu dans une position précaire, quand bien même il est reconnu réfugié ; le délai mis pour lui délivrer le titre excède largement celui prévu à l'article R. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; en raison de ce retard, il ne peut pas justifier d'une situation administrative stable en France, et notamment pas accéder à un logement autonome, ni circuler librement ; il a subi de ce fait des interruptions de versement d'allocations sociales ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, dès lors qu'il s'est vu reconnaître la qualité de réfugié et a transmis l'ensemble des documents requis, de sorte qu'il n'existe aucun obstacle à la délivrance d'une carte de résident, laquelle doit intervenir dans un délai de trois mois selon l'article R. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par des mémoires en défense enregistrés les 6 février 2024 et 7 février 2024, ce dernier non communiqué, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable, aucune décision implicite de rejet n'étant née de l'absence de délivrance de la carte de résident, les dispositions de l'article R. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne pouvant être regardées comme prévoyant la naissance d'une décision implicite à l'expiration du délai de trois mois ;
- il n'est pas justifié de l'urgence à prendre les mesures sollicitées, compte tenu de la délivrance d'attestations de prolongation d'instruction, qui ouvrent au réfugié le droit de se maintenir et de travailler sur le territoire français, et de ce qu'une convocation à la préfecture a été adressée au requérant, le 23 février 2024 ;
- l'absence de délivrance d'une carte de résident résulte de l'absence au dossier de l'attestation d'état-civil, document requis selon l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vue de la délivrance du titre sollicité.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 20 décembre 2023.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 7 novembre 2023, sous le n° 2309403, par laquelle M. B demande l'annulation de la décision implicite en litige.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Besse, président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Clément, greffier d'audience, M. Besse a lu son rapport et entendu les observations de :
- Me Pochard, représentant M. B, qui a repris ses conclusions et moyens ; elle a soutenu en outre que la requête est recevable, une décision implicite de rejet étant née et le requérant ayant vu d'ailleurs un précédent référé mesures utiles rejeté pour ce motif ; que le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile impose la production d'une simple attestation d'état-civil, laquelle doit d'ailleurs être établie et transmise par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ; que la préfecture du Rhône ne démontre aucunement que l'Office serait dans l'incapacité d'établir ces documents ; que son fils, dont la demande a été instruite dans un autre département, s'est vu délivrer depuis plusieurs mois une carte de résident.
- M. B, requérant.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Il résulte de l'instruction que par décision du 20 décembre 2022, la Cour nationale du droit d'asile a reconnu la qualité de réfugié à M. B, ressortissant soudanais. Celui-ci a déposé le 15 avril 2023 auprès de la préfecture du Rhône une demande de délivrance de la carte de résident prévue à l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il demande la suspension de l'exécution du refus implicite opposé à sa demande, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
Sur la recevabilité de la requête :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans ". Selon l'article R. 424-1 du même code : " Le préfet procède à la délivrance de la carte de résident prévue aux articles L. 424-1 ou L. 424-3 dans un délai de trois mois à compter de la décision de reconnaissance de la qualité de réfugié par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile. Ce délai n'est pas applicable aux membres de famille visés à l'article L. 561-2 ".
3. D'autre part, en vertu des dispositions combinées des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision implicite de rejet et la carte de résident en qualité de réfugié est au nombre des titres de séjour concernés par la règle du refus naissant au terme d'un délai de quatre mois de silence. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que le préfet, en principe tenu de remettre une carte de résident à un réfugié, doit être regardé comme ayant implicitement refusé de le faire s'il ne se prononce pas dans le délai de quatre mois à compter de la demande formée par l'étranger après qu'il s'est vu accorder le statut de réfugié.
4. Il résulte de l'instruction que M. B a déposé le 15 avril 2023 une demande de titre de séjour en qualité de réfugié. Aucune décision n'ayant été prise dans les quatre mois suivant cette demande, un refus implicite de délivrance de cette carte de résident, est né, dont M. B est recevable à demander l'annulation, et, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
Sur l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
5. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
6. En premier lieu, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans les cas de retrait ou de refus de renouvellement d'un titre de séjour.
7. Pour justifier l'urgence à suspendre la décision implicite de rejet en litige, M. B fait valoir qu'il est maintenu dans une position précaire, quand bien même il est reconnu réfugié, ce qui complique ses démarches administratives. Il fait état notamment de l'impossibilité pour lui d'ouvrir un compte bancaire et de difficultés dans ses démarches auprès des organismes sociaux, qui se sont traduites notamment par des interruptions de versement de prestations. Alors même que M. B est muni d'une attestation de prolongation d'instruction en cours de validité, valable jusqu'au 4 mai 2024, qui lui permet de justifier de la régularité de son séjour et lui confère le droit d'exercer une activité professionnelle, en vertu de l'article R. 431-15-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. B, qui se voit ainsi privé de séjourner sous couvert d'une carte de résident en dépit de la qualité de réfugié qui lui a été reconnu il y a plus d'un an, justifie d'une urgence à suspendre l'exécution de la décision implicite en litige. Est à cet égard sans incidence le fait que la préfecture du Rhône lui ait délivré un rendez-vous le 23 février 2024, dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que ce rendez-vous, qui a pour objet selon la préfète d'enregistrer sa biométrie, ait pour objet de lui remettre la carte de résident sollicitée. Par suite, la condition d'urgence prévue par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie.
8. En second lieu, le moyen selon lequel la préfète du Rhône, en refusant de délivrer la carte de résident, a méconnu les dispositions de l'article L 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, apparaît, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige.
9. Les deux conditions requises par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies en l'espèce, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision de refus implicite contestée, jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond.
Sur l'injonction :
10. La présente ordonnance implique nécessairement que la préfète du Rhône réexamine la demande de M. B. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de lui impartir un délai de quinze jours pour procéder à ce réexamen. En revanche, dès lors que l'article R. 431-5-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que l'étranger dont la qualité de réfugiée a été reconnue séjourne en France sous couvert d'une attestation de prolongation d'instruction le temps de l'examen de sa demande, il n'implique pas, le requérant étant muni d'une telle attestation, qu'il lui délivre un récépissé de demande, lequel ne lui ouvrirait d'ailleurs pas plus de droits. Dans ces conditions, doivent être rejetées les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint de lui délivrer un tel récépissé.
Sur les frais d'instance :
11. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Pochard, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à sa mission d'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Pochard de la somme de 500 euros toutes taxes comprises.
ORDONNE :
Article 1er : L'exécution de la décision implicite par laquelle la préfète du Rhône a refusé de délivrer une carte de résident à M. B est suspendue.
Article 2 : Il est fait injonction à la préfète du Rhône de réexaminer la situation de M. B dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera à Me Pochard, avocate de M. B, la somme de 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à sa mission d'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à la préfète du Rhône et à Me Pochard
Fait à Lyon, le 8 février 2024.
Le juge des référés,
T. Besse
Le greffier,
T. ClémentLa République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026