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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2400736

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2400736

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2400736
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantPOCHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 janvier 2024, Mme B C épouse A, représenté par Me Pochard, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 27 décembre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône lui a refusé un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a déterminé le pays de destination en cas de reconduite ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une carte de séjour, ou à tout le moins de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, en la munissant en tout état de cause d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- cette décision procède d'une inexacte application des dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) est manquant au dossier ; le traitement nécessité par son enfant est indisponible au Kosovo ;

- cette décision méconnaît les exigences de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les exigences de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision refusant un titre de séjour ;

- cette décision méconnaît les exigences de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les exigences de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code précité ;

Sur la décision portant détermination du pays de destination :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision refusant un titre de séjour.

Par une ordonnance du 14 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 mai 2024.

Un mémoire a été enregistré pour la préfète du Rhône le 14 juin 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Gilbertas, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C épouse A, ressortissante kosovare née le 6 septembre 1984, demande l'annulation des décisions du 27 décembre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a déterminé le pays de destination en cas de reconduite.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision en litige vise les dispositions dont elle fait application et relève les éléments factuels pertinents pour cette application, en particulier le sens de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) dont l'autorité compétente s'est appropriée les termes. Dans ces conditions, la décision attaquée doit être regardée comme suffisamment motivée et le moyen afférent doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () ". Aux termes de l'article L. 425-10 du même code : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ".

4. D'une part, il ressort des mentions du bordereau de transmission de l'avis du collège des médecins de l'OFII produit que le médecin rapporteur du dossier ne faisait pas partie du collège des médecins ayant émis l'avis, que ces derniers sont identifiés ainsi que la date de cet avis. Aucune disposition de nature législative ou règlementaire ne fait par ailleurs obligation à cet avis de préciser les éléments médicaux ou de disponibilité de traitement ayant été pris en compte pour son émission. Le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie doit ainsi être écarté.

5. D'autre part, il ressort des mentions de l'avis du collège des médecins de l'OFII du 10 janvier 2023 que l'état de santé du jeune D A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et, qu'eu égard à l'offre de soin au Kosovo, il pouvait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. En se bornant à produire trois certificats médicaux, dont l'un est postérieur à la date de la décision attaquée, ne faisant aucune référence à la disponibilité d'un traitement adapté dans le pays d'origine, la requérante ne saurait être regardée comme remettant sérieusement en cause l'avis porté par le collège des médecins de l'OFII sur ce point et l'appréciation portée à sa suite par l'autorité préfectorale. Le moyen doit ainsi être écarté.

6. En dernier lieu, Mme A fait valoir sa présence en France depuis huit années, en compagnie de son époux et de leurs quatre enfants nés dans ce pays et qui y sont scolarisés. Elle indique également que son époux exerce une activité professionnelle, sans justifier de l'autorisation d'une telle activité. Toutefois, et compte tenu de l'âge des enfants du couple, de la situation médicale de l'enfant D, analysé ci-avant, la décision attaquée ne peut être regardée comme méconnaissant leur intérêt supérieur. De même, les liens ainsi caractérisés, compte tenu notamment du fait que la requérante a fait l'objet dès le 17 avril 2018 d'une mesure d'éloignement non exécutée, n'apparaissent pas tels que la décision en litige y porterait une atteinte disproportionnée au regard de ses objectifs. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

7. D'une part, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, la requérante ne saurait exciper d'une telle illégalité à l'encontre de la décision attaquée.

8. D'autre part, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

9. Il résulte de ce qui été dit au point 5 du présent jugement que ni la requérante ni son enfant n'entraient dans le champ des dispositions précitées.

10. Enfin, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés pour les motifs exposés au point 6 du présent jugement.

Sur la décision portant fixation du pays de destination :

11. L'illégalité de la décision portant mesure d'éloignement n'étant pas établie, la requérante ne saurait exciper d'une telle illégalité à l'encontre de la décision attaquée.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction les assortissant et celles présentées au titre des frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C épouse A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse A, à Me Pochard et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Drouet, président,

Mme Maubon, première conseillère,

M. Gilbertas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.

Le rapporteur,

M. Gilbertas

Le président,

H. Drouet

La greffière,

C. Amouny

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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