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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2400756

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2400756

jeudi 1 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2400756
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantMAHDJOUB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 janvier 2024, M. A B, détenu au centre pénitentiaire de Bourg-en-Bresse, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 8 janvier 2024 par lequel la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 janvier 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme Collomb.

Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Collomb, magistrate désignée ;

- les observations de Me Mahdjoub, représentant M. B qui demande le bénéfice de l'aide juridictionnelle et soutient que les décisions attaquées sont entachées d'un défaut de motivation et d'examen de la situation personnelle de l'intéressé qui a quitté son pays d'origine à l'âge de quinze ans, a travaillé pendant deux ans en qualité d'employé dans une société de nettoyage, n'a plus de contact avec sa famille en Algérie alors que ses attaches familiales sont désormais établies en France où réside son frère qui est en mesure de l'héberger ; que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que la vie privée et familiale de M. B est désormais établie en France ; qu'elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant ; que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ; que c'est à tort que la préfète de l'Ain s'est estimée en situation de compétence liée pour fixer la durée de cette interdiction à trois ans ; qu'elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

- les déclarations de M. B, assisté de Mme C, interprète en langue arabe qui précise qu'il s'agit de sa première incarcération et que ses deux frères vivent à Annecy.

La préfète de l'Ain n'étant ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience conformément aux dispositions de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 2 mars 1992, se déclarant de nationalité italo-algérienne, serait entré irrégulièrement en France pour la dernière fois en 2019. Par un arrêté du 8 janvier 2024, la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen dirigé contre l'ensemble des décisions attaquées :

3. Les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui les fondent et sont, par suite, suffisamment motivées. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Ain, qui n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de M. B n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation au regard de l'ensemble des informations portées à sa connaissance s'agissant notamment de la vie privée et familiale de l'intéressé, préalablement à leur édiction.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / () ".

5. M. B soutient, d'une part, que sa vie privée et familiale est désormais établie en France dès lors qu'il a quitté l'Algérie à l'âge de quinze ans, alors qu'il était encore mineur, et n'a pas conservé de contact avec les membres de sa famille qui résident dans son pays d'origine alors qu'il entretient des liens avec ses deux frères résidant à Annecy dont l'un est susceptible de l'héberger. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. B, qui s'est maintenu irrégulièrement en France en dépit de la mesure d'éloignement prise à son encontre le 7 juillet 2022, est célibataire et sans charge de famille et ne produit aucun élément permettant d'établir la réalité de la présence en France de ses deux frères. Il ne démontre pas davantage être dépourvu d'attaches en Algérie où il a vécu l'essentiel de son existence et dispose nécessairement d'un ancrage social et culturel. D'autre part, si le requérant se prévaut de son insertion professionnelle dès lors qu'il a travaillé pendant deux ans en qualité d'employé dans une société de nettoyage, il ne l'établit pas par les pièces qu'il verse au dossier et ne justifie ainsi d'aucune ressource légale. Il ressort enfin des pièces du dossier que M. B a été mis en cause dans plusieurs procédures judiciaires, sous d'autres patronymes, pour des faits de trafic de stupéfiants, de violence en réunion mais aussi pour usage et détention de faux documents et a été condamné par le tribunal correctionnel d'Annecy le 5 décembre 2023 à une peine de quinze mois d'emprisonnement pour des faits de trafic de stupéfiants et de vol en réunion. Célibataire et sans charge de famille en France, le requérant ne peut donc être regardé comme étant dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où sont également nécessairement ancrées ses attaches sociales et culturelles. Par ailleurs, il ne justifie d'aucune insertion socio-professionnelle stable et ancrée sur le territoire français où il se trouve sans ressources, précisant travailler au marché. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées doivent être écartés.

6. En outre, pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans :

7. En premier, lieu, M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet, il n'est pas fondé à s'en prévaloir par voie d'exception, à l'encontre de la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et selon les termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 () l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

9. Pour prononcer à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de trois ans, la préfète de l'Ain, après avoir retenu l'absence de circonstances humanitaires, a, notamment, relevé que l'intéressé ne justifiait ni de la nature, ni de l'ancienneté de ses liens avec la France, qu'il avait fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 7 juillet 2022 et que sa présence sur le territoire national représentait une menace pour l'ordre public. En l'espèce, le requérant que l'autorité administrative s'est estimée en situation de compétence liée en prononçant à son encontre une interdiction de retour d'une durée de trois ans en faisant état des éléments relatifs à sa situation personnelle précédemment exposés au point 5 et de la circonstance. Toutefois, compte tenu de la mise en cause du requérant dans plusieurs procédures judiciaires et de sa condamnation le 5 décembre 2023 à une peine de quinze mois d'emprisonnement pour des faits de trafic de stupéfiants et de violence en réunion par le tribunal judiciaire d'Annecy, la préfète de l'Ain n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que la présence de l'intéressé sur le territoire français représente une menace pour l'ordre public et il ne ressort pas d'avantage des pièces du dossier qu'elle se serait crue en situation de compétence liée en fixant la durée de cette interdiction à trois ans, laquelle ne présente pas, dans les circonstances de l'espèce, un caractère disproportionné.

10. Enfin, en l'absence de tout élément particulier invoqué, et même en tenant compte des conséquences spécifiques à cette mesure d'éloignement, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur d'appréciation de sa situation personnelle doivent être écartés par les même motifs que ceux précédemment énoncés s'agissant de la mesure portant obligation de quitter le territoire français.

11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par la préfète de l'Ain en défense, que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2: Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article : Le présent jugement sera notifié à M. B et à la préfète de l'Ain.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.

La magistrate désignée,

C. COLLOMB

La greffière,

E. GROS

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour exécution conforme,

Un greffier

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