mercredi 6 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2402003 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | MBOULI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 février 2024 à 11h20, M. C B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler les décisions du 26 février 2024 par lesquelles la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit d'office, lui a fait interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an et l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours.
Il soutient qu'il est père d'une fille dont il est responsable.
Par un mémoire, enregistré le 29 février 2024, M. C B, représenté par Me Mbouli, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 26 février 2024 ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à payer à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français sans délai : il n'est pas établi qu'il aurait fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement du territoire français le 28 mai 2019 ; il entretient depuis une relation avec une ressortissante française et a une fille née en 2022 ; cette mesure d'éloignement est ancienne ; l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers a été méconnu ; il justifie d'un hébergement stable de sorte que le risque de soustraction n'est pas établi ;
- s'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français : il justifie de la nature et de l'intensité de ses liens avec la France où il est établi depuis 7 ans ; il est en couple avec une ressortissante française avec qui, il a eu une enfant âgée bientôt de 2 ans ; la décision porte une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale dès lors qu'il ne peut mener à bien la procédure de contestation de paternité ; la décision souffre d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- en ce qui concerne la décision portant assignation à résidence : une assignation à Lyon l'empêche de mener des démarches, possibles uniquement à Paris et Marseille, pour obtenir ses documents d'identité camerounais.
Des pièces, présentées par la préfète du Rhône, ont été enregistrées le 29 février 2024.
La présidente du tribunal a désigné Mme Lacroix pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lacroix,
- les observations de Me Mbouli, représentant M. B, qui reprend les conclusions et moyens de sa requête et soutient en outre qu'il a exécuté la précédente mesure d'éloignement de 2019 en partant à Bruxelles,
- les observations de Mme A, pour la préfète du Rhône, qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés,
- en l'absence de M. B personnellement convoqué.
La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, ressortissant camerounais né le 10 septembre 1977, demande au tribunal de prononcer l'annulation des décisions du 26 février 2024, notifiées le même jour à 11h50, par lesquelles la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit d'office, lui a fait interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an et l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 précédemment visée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". D'autre part, aux termes de l'article aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
4. M. B, dont la demande d'asile a été définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile le 21 décembre 2018, se prévaut de la présence en France de sa compagne, de nationalité française et de leur fille, née en 2022. Le document produit, par lequel sa compagne atteste être en couple avec M. B, père biologique de sa fille, dont il s'occupe régulièrement, et avoir entamé des démarches pour faire reconnaître sa paternité, n'est accompagné d'aucune pièce corroborant ces propos. M. B, ayant déclaré être entré en France en 2016, ne fait valoir aucune autre attache privée ou familiale en France et ne justifie d'aucune intégration sociale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
5. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
6. Pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. B, la préfète a considéré que le comportement de l'intéressé est constitutif d'une menace pour l'ordre public dès lors qu'il a été interpellé le 25 février 2024 alors qu'il conduisait dangereusement un véhicule sans être titulaire d'un permis de conduire, sous l'emprise d'alcool en commettant plusieurs infractions au code de la route, et qu'il existe un risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet dès lors qu'il s'est maintenu sur le territoire après une précédente mesure d'éloignement du 28 mai 2019, dont une copie est produite à l'instance, qu'il ne dispose pas d'un passeport et ne justifie pas de moyens d'existence et d'un hébergement stable sur le territoire.
7. M. B fait valoir qu'il a quitté le territoire français en exécution de l'obligation lui ayant été faite en ce sens le 28 mai 2019 en se rendant à Bruxelles ainsi qu'il en justifie par la production de billets de train. Toutefois, une obligation de quitter le territoire français est réputée exécutée à la date à laquelle a été apposé, sur les documents de voyage de l'étranger qui en fait l'objet, le cachet justifiant de sa sortie de l'espace Schengen. Par suite, en rejoignant la Belgique en 2019, M. B ne peut être regardé comme ayant exécuté l'obligation de quitter le territoire français décidée à son encontre. En dépit de son ancienneté alléguée, la préfète pouvait, sans commettre d'erreur de droit, en tenir compte pour apprécier les risques de soustraction. Par ailleurs l'attestation d'hébergement chez un ami à Bron produite à l'instance n'est pas suffisante pour justifier d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale, alors au demeurant qu'il a déclaré lors de son audition être domicilié à Villeurbanne. Alors que M. B ne conteste pas sérieusement les faits ayant conduit à son interpellation par les services de police et son comportement regardé comme une menace pour l'ordre public, le préfet n'a pas méconnu les dispositions précitées des article L. 612-2 et L. 612-3 en refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
8. En vertu des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. En vertu de l'article L. 612-10 de ce code, pour fixer la durée de ces interdictions de retour, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.
9. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B au regard des critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. En second lieu, ainsi qu'il a été dit, M. B, qui a déclaré être entré irrégulièrement en France en 2016, ne fait valoir aucune autre attache privée ou familiale en France hormis une compagne de nationalité française et sa fille dont l'ancienneté, la stabilité et l'intensité de leurs relations ne sont pas établies par les pièces du dossier. Il n'établit pas avoir exécuté la précédente mesure d'éloignement du 28 mai 2019 ni ne justifie d'une intégration dans la société française. Par suite, alors qu'il ne conteste pas que sa présence serait constitutive d'une menace à l'ordre public, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés. Si M. B soutient que l'interdiction de retour l'empêcherait de poursuivre les démarches de reconnaissance de paternité, il n'établit pas avoir étamé de telles démarches. Le moyen tiré de de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, dès lors, être écarté.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
11. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article R. 733-1 de ce code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".
12. Si M. B soutient qu'une assignation dans le département du Rhône, avec une obligation de se présenter les lundis et jeudis entre 9h00 et 18h00 la direction zonale de la police aux frontières de Lyon l'empêcherait de mener des démarches, possibles uniquement à Paris et Marseille, pour obtenir ses documents d'identité camerounais, il ne l'établit pas.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées à fin d'annulation des arrêtés du 26 février 2024, par lesquels la préfète du Rhône a fait obligation à M. B de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction et au titre des frais d'instance.
D É C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mars 2024.
La magistrate désignée,
A. LacroixLa greffière,
L. Bon-Mardion
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026