mardi 21 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2402783 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL BLT DROIT PUBLIC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 mars, 13 juin et 28 août 2024, Mme A B et M. C B, représentés par Me Combaret, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 septembre 2023 par lequel le maire de la commune de Saint-Priest-en-Jarez a délivré à la société Entreprise Thomas un permis de construire en vue de l'édification, après démolition d'une maison individuelle avec piscine, d'un immeuble collectif de vingt-cinq logements sur un tènement situé rue de la Piot, et la décision implicite de rejet de leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Priest-en-Jarez et de la société Entreprise Thomas une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable, dès lors qu'ils justifient leur intérêt pour agir et avoir notifié leur recours contentieux conformément à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;
- le dossier de permis de construire est incomplet, faute de comporter un plan de masse coté dans les trois dimensions ;
- le permis de construire en litige aurait dû être précédé d'une autorisation de division ;
- l'implantation du portail d'accès sur l'alignement méconnaît l'article UCb 3 du règlement du plan local d'urbanisme ;
- le local d'entreposage des déchets et de stationnement des cycles est implanté sur l'alignement, en méconnaissance de l'article UCb 6 du règlement du plan local d'urbanisme ;
- l'immeuble projeté ne respecte pas les distances de retrait par rapport aux limites séparatives imposées par l'article UCb 7 du règlement du plan local d'urbanisme ;
- il méconnaît la règle de hauteur prescrite par l'article UCb 10 du règlement du plan local d'urbanisme ;
- le projet porte atteinte au caractère des lieux avoisinants en méconnaissance de l'article UCb 11 du règlement du plan local d'urbanisme ;
- les toitures-terrasses ne sont pas végétalisées, en méconnaissance de l'article UCb 11 du règlement du plan local d'urbanisme.
Par des mémoires en défense enregistrés les 2 mai 2024 et 15 juillet 2024, la société Entreprise Thomas, représentée par Me Thiry, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce que le tribunal sursoit à statuer sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme pour permettre la régularisation du permis de construire en litige, et en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable, dès lors que les requérants n'ont pas notifié leur recours contentieux conformément à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme et qu'ils ne justifient pas d'un intérêt pour agir ;
- à titre subsidiaire, aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 juillet 2024, la commune de Saint-Priest-en-Jarez, représentée par Me Mouseghian, conclut à titre principal au rejet de la requête, le cas échéant après que le tribunal ait fait usage des pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme pour permettre la régularisation de l'arrêté attaqué, et, en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge des requérants le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par courrier du 22 juillet 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et de la date à partir de laquelle l'instruction était susceptible d'être close dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 613-1 et le dernier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.
La clôture immédiate de l'instruction est intervenue le 21 octobre 2024 par une ordonnance du même jour.
Un mémoire a été enregistré le 21 octobre 2024 pour la société Entreprise Thomas et n'a pas été communiqué.
Par un courrier du 17 décembre 2024, les parties ont été informées que le tribunal était susceptible de faire application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et de surseoir à statuer sur la requête dans l'attente de la régularisation des illégalités tenant à :
- la méconnaissance de l'article UCb 3 du règlement du plan local d'urbanisme communal en ce qui concerne l'aménagement du portail sur l'alignement ;
- la méconnaissance de l'article UCb 6 s'agissant de l'implantation sur l'alignement du local d'entreposage des déchets et de stationnement des cycles ;
- la méconnaissance de l'article UCb 7 relatif à l'implantation de la construction par rapport aux limites séparatives Est.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Viotti, première conseillère,
- les conclusions de M. Gilbertas, rapporteur public,
- les observations de Me Combaret, représentant les requérants, celles de Me Mouseghian représentant la commune de Saint-Priest-en-Jarez et celles de Me Ibanez, représentant la société Entreprise Thomas.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 26 septembre 2023, le maire de la commune de Saint-Priest-en-Jarez a délivré à la société Entreprise Thomas un permis de construire en vue de l'édification, après démolition d'une maison individuelle avec piscine, d'un immeuble collectif de vingt-cinq logements sur un tènement situé rue de la Piot. Le 20 novembre 2023, M. et Mme B ont formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par le maire de Saint-Priest-en-Jarez pendant deux mois, soit le 21 janvier 2024. Par la présente requête, les époux B demandent l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la recevabilité :
2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation () ".
3. Il résulte de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
4. Mme B établit, par la production d'un acte notarié, qu'elle est propriétaire d'une maison d'habitation avec piscine, dans laquelle elle réside avec son époux. Cette maison est édifiée sur les parcelles cadastrées AN 149 et AN 150, lesquelles jouxtent la parcelle AN 201. Afin de réaliser le projet autorisé par le permis de construire en litige, une partie de la parcelle 201 est détachée pour être intégrée à l'unité foncière formée par les parcelles AN 28, AN 198 et AN 199, sur lesquelles l'autorisation accordée permet l'édification d'un immeuble collectif de vingt-cinq logements répartis sur deux étages. Pour justifier de leur intérêt à agir, les requérants invoquent une atteinte à leur cadre de vue, résultant notamment des vues que la construction projetée créera sur leur terrain situé en surplomb, lequel bénéficiait jusqu'alors d'une vue dégagée, ainsi que des nuisances sonores engendrées par les occupants de l'immeuble. Alors que le bâtiment projeté en R+2 avec toitures-terrasses accessibles présentent une hauteur à l'acrotère de 6,95 mètres, il ne ressort pas des pièces du dossier que les atteintes dont se prévalent M. et Mme B seraient dénuées de réalité. Compte tenu de la hauteur de la construction, de la topographie des lieux et de sa proximité par rapport à leur habitation, les requérants apportent suffisamment d'éléments pour établir que le projet est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de leur bien. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense et tirée du défaut d'intérêt pour agir doit être écartée.
5. Aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. Cette notification doit également être effectuée dans les mêmes conditions en cas de demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant un certificat d'urbanisme, ou une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code. L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. / La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours. / La notification du recours à l'auteur de la décision et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation est réputée accomplie à la date d'envoi de la lettre recommandée avec accusé de réception. Cette date est établie par le certificat de dépôt de la lettre recommandée auprès des services postaux ".
6. Les requérants démontrent avoir notifié à la commune de Saint-Priest-en-Jarez et à la société Entreprise Thomas leur recours gracieux et contentieux dans le délai de quinze jours qui leur était imparti par l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense à ce titre doit être écartée.
En ce qui concerne la légalité du permis de construire attaqué :
7. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire comprend : / a) Les informations mentionnées aux articles R. 431-5 à R. 431-12 ; / b) Les pièces complémentaires mentionnées aux articles R. 431-13 à R. 431-33-1 ; / c) Les informations prévues aux articles R. 431-34 et R. 431-34-1. / Pour l'application des articles R. 423-19 à R. 423-22, le dossier est réputé complet lorsqu'il comprend les informations mentionnées au a et au b ci-dessus. / Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente ". L'article R. 431-7 de ce code prévoit : " Sont joints à la demande de permis de construire : / a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; / b) Le projet architectural défini par l'article L. 431-2 et comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 431-8 à R. 431-12 ". L'article R. 431-9 du même code dispose : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu () ".
8. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis voire inexacts, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire que dans le cas où ces omissions, inexactitudes ou insuffisances ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
9. Contrairement à ce que soutiennent M. et Mme B, le dossier de permis de construire comprend un plan de masse coté dans les trois dimensions, conformément aux dispositions de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme. Si ce plan de masse fait apparaître la hauteur des bâtiments calculée à partir du niveau du terrain fini, les plans de coupes illustrent le profil du terrain naturel ainsi que la hauteur de l'immeuble mesurée à partir de celui-ci. Ces éléments étaient suffisants pour permettre aux services instructeurs d'apprécier la conformité de la construction, notamment à la règle de hauteur posée par l'article UCb 10 du règlement du plan local d'urbanisme.
10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 442-1 du code de l'urbanisme : " Constitue un lotissement la division en propriété ou en jouissance d'une unité foncière ou de plusieurs unités foncières contiguës ayant pour objet de créer un ou plusieurs lots destinés à être bâtis ". L'article L. 442-1-1 de ce code prévoit : " Un décret en Conseil d'Etat énumère les divisions en vue de construire qui, en fonction de leur objet particulier ou par suite de leur contrôle au titre d'une autre procédure, ne sont pas constitutives d'un lotissement au sens de l'article L. 442-1 ". Selon l'article L. 442-2 dudit code : " Un décret en Conseil d'Etat précise, en fonction de la localisation de l'opération ou du fait que l'opération comprend ou non la création de voies, d'espaces ou d'équipements communs, les cas dans lesquels la réalisation d'un lotissement doit être précédée d'un permis d'aménager ". En outre, l'article L. 442-3 de ce code dispose : " Les lotissements qui ne sont pas soumis à la délivrance d'un permis d'aménager doivent faire l'objet d'une déclaration préalable ". Enfin, en vertu de l'article R. 442-1 du même code : " Ne constituent pas des lotissements au sens du présent titre et ne sont soumis ni à déclaration préalable ni à permis d'aménager : / () f) Les détachements de terrain d'une propriété en vue d'un rattachement à une propriété contiguë ; () ".
11. Il ressort des pièces du dossier de permis de construire que le terrain d'assiette du projet s'étend sur une superficie totale de 3 369,9 mètres carrés, composé des parcelles cadastrées section AN 28, 198, 199 ainsi qu'une partie de la parcelle AN 201, sur laquelle est construite une piscine destinée à être démolie. Cette opération, qui consiste à détacher le terrain d'une propriété en vue de le rattacher à une propriété contigüe ne constitue pas un lotissement au sens de l'article L. 442-1 du code de l'urbanisme et n'était, dès lors, pas soumise à l'obtention préalable d'une autorisation.
12. En troisième lieu, aux termes de l'article UCb 3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Priest-en-Jarez : " 3.1. Accès : / Tout terrain enclavé est inconstructible à moins que son propriétaire ne produise une servitude de passage suffisante, instituée par acte authentique ou par voie judiciaire, en application de l'article 682 du code civil. / Lorsque le terrain est riverain de deux ou plusieurs voies publiques, l'accès sur celle de ces voies qui présenterait une gêne ou un risque pour la circulation peut être interdit. / Chaque fonds ne disposera en principe que d'un seul accès charretier. / Les garages et les portails seront placés et conçus de telle sorte que les manœuvres d'entrée et de sortie puissent se faire dans les meilleures conditions de visibilité. Les garages et les portails seront aménagés de telle sorte que si un véhicule doit stationner immédiatement avant de pénétrer dans le garage ou franchir le portail, il puisse le faire en dehors de la chaussée ".
13. Il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit l'installation d'un portail coulissant automatisé positionné à l'alignement du trottoir. Une telle configuration rend nécessaire l'arrêt, fût-il temporaire, des véhicules sur la chaussée durant le temps requis pour l'ouverture du portail, en méconnaissance des prescriptions de l'article UCb 3 précité du règlement du plan local d'urbanisme.
14. En quatrième lieu, aux termes de l'article UCb 6 du règlement du plan local d'urbanisme : " 6.1. Les constructions doivent être édifiées en recul, au minimum 5 m, par rapport à l'alignement des voies existantes, modifiées ou à créer. Toutefois, lorsque cette voie est un chemin piéton, l'implantation peut être faite en limite pour des constructions d'une hauteur inférieure ou égale à 3.5 m. / 6.2. Dans le cas de composition d'ensemble et pour les constructions en bande, ce minimum peut être ramené à 2,5 m. / 6.3. La règle générale peut être modifiée, notamment pour tenir compte de l'implantation des constructions existantes, de la déclivité du terrain. Dans ce cas les constructions pourront être autorisées à l'alignement ou dans la continuité du bâti existant à condition de ne pas compromettre la visibilité et la sécurité ".
15. Il ressort des pièces du dossier que le local destiné à l'entreposage des déchets et au stationnement des cycles sera positionné à l'alignement de la voie, à proximité immédiate du portail d'accès. La commune de Saint-Priest-en-Jarez et la société Entreprise Thomas font valoir que cette implantation dérogatoire est motivée par la déclivité du terrain d'Est en Ouest et vise à faciliter l'accès des résidents au local. Toutefois, l'aire de stationnement projetée, sur laquelle s'implante ledit local, ne présente quant à elle aucune pente et s'étend sur plus de dix-sept mètres à partir de l'alignement. Ainsi, ni la commune, ni le pétitionnaire ne démontrent que l'implantation du local sur l'alignement se justifie par la topographie du terrain en dénivelé. Les requérants sont dès lors fondés à soutenir que le projet méconnaît les dispositions de l'article UCb 6 précité du règlement.
16. En cinquième lieu, aux termes de l'article UCb 7 du règlement du plan local d'urbanisme : " 7.1. Les constructions peuvent s'implanter : / - soit à une distance des limites séparatives au moins égale à la hauteur du bâtiment et jamais inférieure à 5 mètres / - soit le long des limites séparatives / * s'il s'agit d'une construction d'une hauteur inférieure à 3,5 mètres / * s'il existe déjà un * s'il existe déjà un bâtiment édifié en limite séparative sur la parcelle voisine à condition de respecter la même hauteur dans la partie jointive. Au-delà la hauteur maximum sera de 3,5 m. / * à l'intérieur d'un lotissement ou groupe d'habitations de maisons individuelles comportant des maisons jumelées. / () 7.4. la règle générale peut être modifiée, notamment pour tenir compte de l'implantation des constructions existantes qui ne respectent pas les distances par rapport aux limites séparatives, des aménagements seront autorisés tels que : la fermeture des escaliers extérieurs, terrasses, paliers etc) ".
17. En l'absence de mentions particulières du règlement du plan local d'urbanisme, tout point de la façade, y compris au niveau des balcons en saillie, doit respecter une distance minimale par rapport à la limite séparative, correspondant à la hauteur totale de l'immeuble. Lorsque l'implantation des bâtiments par rapport aux limites séparatives est régie par rapport à la hauteur des bâtiments, cette hauteur est mesurée à l'égout du toit ou, pour ce qui est des toitures terrasses, à l'acrotère, en l'absence de dispositions contraires figurant au plan local d'urbanisme.
18. Il ressort des pièces du dossier que l'immeuble projeté s'implante à 5 mètres de la limite séparative Est, alors qu'il atteint une hauteur de 6,95 mètres à l'acrotère. Les requérants sont dès lors fondés à soutenir que, faute de respecter un recul au moins égal à la hauteur du bâtiment, le projet ne respecte pas les dispositions de l'article UCb 7 du règlement du plan local d'urbanisme.
19. En sixième lieu, aux termes de l'article UCb 10 du règlement du plan local d'urbanisme : " La hauteur des constructions est mesurée à partir du sol existant jusqu'au sommet du bâtiment, ouvrages techniques, cheminées et autres superstructures exclus. / Hauteur absolue : / La hauteur de toute construction ne doit pas excéder 7 m. La hauteur des constructions annexes (garages, buanderies) ne doit pas excéder 3,50 m ".
20. Pour l'application de ces dispositions, la hauteur maximale des bâtiments édifiés doit être mesurée depuis le niveau du sol naturel et jusqu'au faîte du toit ou, en ce qui concerne les toitures terrasses, jusqu'au sommet de l'acrotère, sans inclure les ouvrages techniques, cheminées et autres superstructures. En l'espèce, le sommet de l'acrotère de la toiture terrasse de l'immeuble projetée s'érige à 6,95 mètres du sol naturel. Si M. et Mme B soutiennent que cette hauteur devait tenir compte des garde-corps installés sur la terrasse, ces ouvrages techniques sont exclus du calcul de la hauteur. Par suite, le projet respecte les dispositions de l'article UCb 10 précité du règlement du plan local d'urbanisme.
21. En septième lieu, aux termes de l'article UCb 11 du règlement du plan local d'urbanisme communal : " Si la construction par son implantation, son volume, son aspect général ou certains détails de ses façades est de nature à porter atteinte à l'environnement bâti, le permis de construire peut-être refusé ou n'être accordé que sous réserve de l'observation de certaines prescriptions particulières. / Les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrage à édifier ou à modifier, ne doivent pas porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants ainsi qu'aux paysages urbains. / I. Constructions / - l'aspect et l'implantation des constructions doivent être en harmonie avec le paysage naturel ou bâti existant / - les constructions dont l'aspect général ou certains détails architecturaux sont d'un type régional affirmé étranger à la région sont interdites / - doivent être recouverts d'un enduit tous les matériaux qui, par leur nature et par l'usage de la région, sont destinés à l'être, tels le béton grossier, les parpaings agglomérés, etc / - les mouvements de sol susceptibles de porter atteinte au caractère d'un site naturel ou bâti sont interdits. / - les extensions ou modifications devront être en harmonie avec le bâtiment existant. / Tout projet d'expression contemporaine et innovant par rapport aux règles ci-dessus devra prendre en compte le caractère du site naturel et bâti. / Toitures / - les toitures doivent avoir deux, trois ou quatre pans par volume dans le sens convexe ; leur pente étant comprise entre 30 et 50 % / - en règle générale, le faîtage doit être parallèle aux courbes de niveau - les toitures à une pente sont autorisées pour les volumes annexes lorsque ceux-ci sont accolés à une construction de taille importante et pour les abris de jardin de petite dimension / - les couvertures seront exécutées en tuile de ton rouge. / - les toitures terrasses végétalisées sont autorisées / - des dispositions différentes peuvent être admises pour l'implantation de dispositifs d'économies d'énergies et d'énergies renouvelables (capteurs solaires, panneaux photovoltaïques, récupération des eaux de pluie,). / Toutefois, d'autres matériaux de couverture et d'autres formes de toitures peuvent être autorisés pour la réfection des toitures existantes, l'extension des bâtiments existants ou des bâtiments annexes pour être en harmonie avec le bâti et le paysage environnant. / Façades / Si dans les alentours un matériau de façade ou de toiture est d'usage dominant, il peut être imposé de l'introduire dans la construction projetée ou de choisir un matériau voisin par l'aspect et la couleur. / Les imitations de matériaux sont rigoureusement interdites, notamment les fausses briques, les faux pans de bois, les fausses pierres, etc Les matériaux n'ayant pas une tenue suffisante dans le temps sont proscrits. / L'aspect des constructions et notamment la couleur des façades et des menuiseries, sera compatible avec la tenue générale de la zone et l'harmonie du paysage existant. Les principes suivants doivent être respectés : / - Simplicité des formes / - Harmonie des couleurs / - Harmonie des volumes / - Intégration dans le site () ".
22. Si les constructions projetées portent atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, l'autorité administrative compétente peut s'opposer au projet ou assortir son autorisation de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel ou urbain de nature à fonder le refus de permis de construire ou l'opposition à déclaration préalable ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de cette autorisation, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel ou urbain sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.
23. Eu égard à la teneur des dispositions de l'article UCb 11 du règlement du plan local d'urbanisme, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, d'apprécier si l'autorité administrative a pu légalement autoriser la construction projetée, compte tenu de ses caractéristiques et de celles des lieux avoisinants, sans méconnaître les exigences résultant de cet article. Dans l'exercice de ce contrôle, le juge doit tenir compte de l'ensemble des dispositions de cet article et de la marge d'appréciation qu'elles laissent à l'autorité administrative pour accorder ou refuser de délivrer une autorisation d'urbanisme.
24. Ainsi qu'il a été dit, la société Entreprise Thomas a pour projet d'édifier un immeuble collectif à toit plat de vingt-cinq logements répartis sur deux étages, pour une hauteur totale au sommet de l'acrotère de 6,95 mètres. Il ressort des photographies versées aux débats par les parties, ainsi que des vues disponibles sur le site internet " Google maps ", que le terrain d'assiette du projet se trouve dans un secteur pavillonnaire de la commune sans unité architecturale particulière, composé de maisons traditionnelles de taille considérable, de quelques maisons modernes à toit plat ainsi que d'immeubles à trois étages, dont la Clinique du Parc implantée en face du projet. L'immeuble projeté, bien qu'imposant, présente ainsi des volumes, une hauteur et un aspect similaires aux immeubles et équipements collectifs avoisinants. Par suite, et alors que les immeubles collectifs d'habitation ne sont pas interdits en zone UCb, le maire de Saint-Priest-en-Jarez n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que la construction projetée ne porte pas atteinte à l'environnement bâti.
25. En dernier lieu, contrairement à ce que soutiennent les requérants, les dispositions de l'article UCb 11 du règlement du plan local d'urbanisme n'interdisent pas les toitures terrasses accessibles, sous réserve qu'elles soient végétalisées, ce qui est le cas en l'espèce. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UCb 11 précité doit être écarté dans toutes ses branches.
Sur les conséquences de l'illégalité du permis de construire :
26. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que seuls les moyens tirés de la méconnaissance des articles UCb 3, UCb 6 et UCb 7 peuvent, le cas échéant, justifier l'annulation du permis de construire en litige, les autres moyens invoqués se révélant infondés.
27. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire () estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ".
28. Lorsqu'une autorisation d'urbanisme a été délivrée en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance de l'autorisation, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'une autorisation modificative dès lors que celle-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédée de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Elle peut, de même, être régularisée par une autorisation modificative si la règle relative à l'utilisation du sol qui était méconnue par l'autorisation initiale a été entretemps modifiée ou si cette règle ne peut plus être regardée comme méconnue par l'effet d'un changement dans les circonstances de fait de l'espèce.
29. Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.
30. Les vices retenus aux points 13, 15 et 18 relatifs à la méconnaissance des articles UCb 3, UCb 6 et UCb 7 sont susceptibles d'être régularisés sans apporter au projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.
31. Les parties ont été invitées à présenter leurs observations sur l'éventuelle mise en œuvre des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme. Par suite, et alors que le pétitionnaire ne s'oppose pas à la mise en œuvre de ces dispositions, il y a lieu de surseoir à statuer pendant un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement, dans l'attente de l'intervention éventuelle d'une mesure de régularisation propre à remédier à l'illégalité retenue.
D É C I D E :
Article 1er : Il est sursis à statuer, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, sur la légalité du permis de construire délivré le 26 septembre 2023 par le maire de Saint-Priest-en-Jarez à la société Entreprise Thomas jusqu'à l'expiration d'un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement pour lui permettre de notifier au tribunal un permis de construire régularisant les vices mentionnés aux points 13, 15 et 18 du présent jugement.
Article 2 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à M. C B, à la commune de Saint-Priest-en-Jarez et à la société Entreprise Thomas.
Délibéré après l'audience du 7 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
M. Hervé Drouet, président,
M. François-Xavier Richard-Rendolet, premier conseiller,
Mme Océane Viotti, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 janvier 2025.
La rapporteure,
O. ViottiLe président,
H. Drouet
La greffière,
L. Khaled
La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2402783
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026