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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2402970

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2402970

mardi 28 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2402970
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 26 mars 2024 et 3 janvier 2025, M. B C A, représenté par la Selarl BS2A Bescou et Sabatier avocats associés (Me Sabatier), demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 décembre 2023 par laquelle la préfète du Rhône a refusé de lui accorder un rendez-vous en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour et a ainsi refusé de lui accorder un titre de séjour, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, et sous astreinte de cent euros par jour de retard, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", à titre subsidiaire, de lui fixer un rendez-vous pour le dépôt de sa demande de titre de séjour à première date utile et d'enregistrer sa demande si son dossier est complet, en lui délivrant un récépissé de dépôt de cette demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un rendez-vous en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour :

- la décision attaquée ne comporte pas le nom ni la qualité de son auteur et n'est pas signée ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation en droit ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et méconnaît sa propre compétence en refusant de lui accorder un rendez-vous pour déposer sa demande de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en se fondant sur le motif qu'il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il a fait état de circonstances nouvelles concernant sa situation personnelle et familiale ;

- la substitution de motifs sollicitée par la préfète du Rhône doit être rejetée, dès lors que sa demande ne revêt pas un caractère abusif ou dilatoire et qu'elle n'a pas recherché l'existence d'éléments nouveaux.

En ce qui concerne la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour :

- la décision portant refus de titre de séjour ne comporte pas le nom ni la qualité de son auteur et n'est pas signée ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation en droit ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 décembre 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle demande que le motif tiré du caractère abusif ou dilatoire de la demande soit substitué au motif mentionné dans la décision contestée et elle soutient que, par voie de conséquence, les moyens tirés du défaut de motivation, du défaut d'examen et de l'erreur manifeste d'appréciation ne sont pas fondés.

Par un courrier du 10 décembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité partielle des conclusions en annulation de la requête en tant qu'elles sont dirigées contre une décision implicite de refus de titre de séjour, une telle décision ne pouvant être révélée par la seule décision explicite de refus de rendez-vous qui est contestée.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à 1'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Roux, conseillère ;

- et les observations de Me Guillaume, substituant Me Sabatier, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant de la République démocratique du Congo, né le 16 septembre 1985, déclare être entré en France le 19 juin 2012. Le 16 mai 2023, il a déposé, sur le téléservice dénommé " demarches-simplifiees.fr ", une demande de rendez-vous auprès des services de la préfecture du Rhône en vue d'y déposer une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par une décision du 18 décembre 2023, la préfète du Rhône a rejeté sa demande. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision en tant qu'elle a explicitement refusé de lui accorder un rendez-vous et en tant qu'elle a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour, ainsi que la décision par laquelle la préfète du Rhône a implicitement rejeté son recours gracieux formulé le 21 décembre 2023.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aucune disposition législative ou réglementaire ni aucun principe ne fixe de délai déterminé dans lequel l'autorité administrative serait tenue de recevoir un étranger ayant demandé à se présenter en préfecture pour y déposer sa demande de titre de séjour. Toutefois, eu égard aux conséquences qu'a sur la situation de l'étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande, et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande dans un délai raisonnable. Par suite, en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative ne peut légalement refuser de fixer un rendez-vous à un étranger ayant demandé à se présenter en préfecture pour y déposer une demande de titre de séjour. En revanche, alors qu'un refus explicite de fixer un rendez-vous en vue du dépôt d'un dossier de demande de titre de séjour ne se prononce pas sur le caractère complet ou non de ce dossier, un tel refus, quel qu'en soit le motif, n'est pas de nature à révéler une décision portant refus de titre de séjour susceptible de faire l'objet d'un recours en excès de pouvoir.

3. En premier lieu, alors que la décision explicite refusant de délivrer un rendez-vous n'a pas pu faire naître ni révéler une décision implicite de refus de délivrance du titre de séjour que M. A avait l'intention de solliciter, les conclusions de la requête dirigées contre une telle décision implicite inexistante doivent être rejetées comme irrecevables.

4. En second lieu, il ressort des termes de la décision du 18 décembre 2023 que la préfète du Rhône a refusé d'accorder un rendez-vous en préfecture à M. A afin de lui permettre de déposer sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, au motif qu'il avait fait l'objet d'une précédente décision de refus de délivrance d'un titre de séjour, assortie d'une obligation de quitter le territoire français, et qu'il n'avait fait valoir aucune circonstance nouvelle concernant sa situation. Toutefois, ces seuls motifs ne suffisent pas à qualifier la demande de rendez-vous de M. A d'abusive ou de dilatoire, alors que l'intéressé n'a pas pu se présenter en préfecture en vue de l'enregistrement de son dossier de demande d'admission exceptionnelle au séjour, afin de faire valoir d'éventuelles circonstances nouvelles ayant une incidence sur l'appréciation de son droit au séjour. Par suite, dès lors que seul le caractère abusif ou dilatoire de la demande de rendez-vous pouvait permettre à l'autorité préfectorale de rejeter cette demande, M. A est fondé à soutenir que la préfète du Rhône ne pouvait légalement refuser d'y faire droit pour les motifs qu'elle avance et qu'elle a ainsi entaché sa décision refusant de lui accorder un rendez-vous, ainsi que la décision refusant de faire droit à son recours gracieux, d'une erreur de droit.

5. Toutefois, l'administration peut faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

6. En défense, la préfète du Rhône fait valoir qu'elle aurait pu prendre la même décision en se fondant sur le caractère abusif ou dilatoire de la demande du requérant, en se fondant notamment sur la circonstance que M. A a déposé une demande de rendez-vous auprès des services de la préfecture du Rhône en vue d'y déposer une nouvelle demande d'admission exceptionnelle au séjour, le 16 mai 2023, soit moins d'un mois après le rejet de son recours par la cour administrative d'appel de Lyon, le 27 avril 2023. Toutefois, il résulte de l'instruction que cet arrêt était relatif à une décision adoptée par la préfète du Rhône le 19 janvier 2022 à propos d'une demande d'admission au séjour enregistrée au bénéfice de M. A le 11 septembre 2019. Le requérant se prévaut, en outre, de circonstances de fait nouvelles à l'appui de sa demande d'admission au séjour, dont la plateforme " demarches-simplifiees.fr " ne lui permettait pas de faire état, dès lors qu'il n'est pas contesté qu'il réside désormais depuis plus de dix ans en France et que, par un jugement du 20 septembre 2022, soit postérieur à la décision du 19 janvier 2022, le tribunal administratif de Lyon a annulé la décision retirant le titre de séjour qui avait été accordé à sa compagne, avec laquelle il attestait, à la date de sa nouvelle demande, d'une communauté de vie plus ancienne et stable, ainsi que de sa présence auprès de leurs enfants nés de cette union. Dans ces conditions, malgré les précédents refus d'admission de M. A au séjour, sa demande, qui n'avait pas pour effet de faire obstacle aux précédentes mesures d'éloignement prises à son encontre, ne pouvait pas être considérée comme abusive ou dilatoire. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit à la substitution de motif sollicitée par l'administration.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de la décision explicite du 18 décembre 2023 par laquelle la préfète du Rhône a refusé de lui fixer un rendez-vous afin de lui permettre de déposer sa demande de titre de séjour, ainsi que la décision par laquelle la préfète du Rhône a implicitement rejeté son recours gracieux formé à l'encontre de cette décision. Le surplus de ses conclusions en annulation doit être rejeté.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Le présent jugement, qui annule pour un motif de fond la décision de la préfète du Rhône refusant de fixer un rendez-vous à M. A pour lui permettre de déposer sa demande de titre de séjour, implique nécessairement, mais seulement, qu'il soit enjoint à la préfète du Rhône de lui fixer un tel rendez-vous. Il lui sera enjoint d'y procéder dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a, en revanche, pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte sollicitée. De même, alors que l'enregistrement de sa demande de titre de séjour le jour de ce rendez-vous ne pourra se réaliser qu'en cas de présentation d'un dossier complet, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à la préfète du Rhône de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui en délivrer un récépissé, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A d'une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision explicite du 18 décembre 2023 par laquelle la préfète du Rhône a refusé de fixer un rendez-vous à M. A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de fixer un rendez-vous en préfecture à M. A pour lui permettre de déposer sa demande de titre de séjour, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C A et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Bour, présidente,

Mme Jorda, première conseillère,

Mme Le Roux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2025.

La rapporteure,

J. Le Roux La présidente,

A-S. Bour

La greffière,

C. Delmas

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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