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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2403890

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2403890

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2403890
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantDRAHY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 avril 2024 et un mémoire enregistré le 3 juillet 2024, M. A C, représenté par Me Drahy, demande au tribunal :

1°) d'ordonner au préfet de la Loire de communiquer son entier dossier sur le fondement duquel la décision litigieuse a été prise ;

2°) d'annuler les décisions du 8 avril 2024 par lesquelles le préfet de la Loire l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé un pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente du réexamen de sa situation, dans un délai de huit jours suivant la notification du jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- l'obligation de quitter le territoire français a été prise en violation du droit d'être entendu et à l'issue d'un comportement dilatoire de l'administration ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle ;

- le préfet de la Loire se fonde, à tort, sur son entrée irrégulière sur le territoire français alors que son passeport atteste du contraire ;

- pour ce même motif, la décision méconnaît le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît également l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en ce qu'elle est prise pour l'exécution d'une mesure d'éloignement elle-même illégale.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme de Lacoste Lareymondie.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 5 juillet 2024, Mme de Lacoste Lareymondie a présenté son rapport et entendu les observations de Me Drahy, représentant M. C assisté de Mme B, interprète.

Le préfet de la Loire n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions tendant à la communication de l'entier dossier de M. C par l'autorité administrative :

1. Aux termes des dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. () ". Dès lors que l'affaire est en état d'être jugée et que le principe du contradictoire a été respecté, il n'est pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier détenu par l'administration, laquelle a produit les pièces utiles.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; (). ".

3. Pour ordonner l'éloignement de M. C, de nationalité albanaise, le préfet de la Loire s'est fondé sur le 1° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif que l'intéressé serait entré irrégulièrement en France. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. C est entré pour la dernière fois en France le 7 juin 2018 à l'aéroport de Bâle-Mulhouse, comme en atteste le tampon apposé sur son passeport par les autorités compétentes. M. C, qui était dispensé de l'obligation de visa du fait de sa nationalité, justifie ainsi de son entrée régulière sur le territoire national, de sorte que le préfet de la Loire ne pouvait légalement ordonner son éloignement en se fondant sur les dispositions précitées. M. C est donc fondé à demander pour ce motif l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés à son encontre. Doivent également être annulées par voie de conséquence, les décisions accordant un délai de départ volontaire et fixant un pays de destination, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les moyens invoqués par M. C.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Le présent jugement implique nécessairement, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le préfet de la Loire délivre une autorisation provisoire de séjour à M. C dans l'attente du réexamen de sa situation. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans le délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement. En revanche, il ne ressort pas des dispositions de l'article L. 614-16, ni d'aucune autre disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que cette autorisation doive également autoriser l'exercice d'une activité professionnelle.

Sur les frais liés au litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, le versement à M. C d'une somme de 1 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du préfet de la Loire du 8 avril 2024 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire de délivrer une autorisation provisoire de séjour à M. C dans l'attente du réexamen de sa situation, dans un délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. C une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2024.

La magistrate désignée,

E. de Lacoste Lareymondie

La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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