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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2403903

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2403903

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2403903
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantEMILIE AÏT MEHDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 avril 2024 sous le n°2402812 au tribunal administratif de Versailles, et transmise au tribunal administratif de Lyon par ordonnance du 17 avril 2024 de la présidente du tribunal administratif de Versailles, M. B D, représenté par Me Aït Mehdi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 mars 2024, par lequel la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de réexaminer sa situation, à fin de délivrance de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire des décisions attaquées ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale, étant à tort fondée sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 juillet 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 mai 2024.

La présidente du tribunal a désigné M. Besse pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, ont été entendus :

- le rapport de M. Besse, magistrat désigné ;

- les observations de Me Chourlin, substituant Me Aït Mehdi, représentant le requérant, qui a repris ses conclusions et moyens, en soutenant en outre que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen réel de sa situation, et de M. D, assisté de Mme E, interprète en arménien.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant arménien né en 1994, déclare être entré en France en 2020. Il a déposé une demande d'asile, qui a été rejetée le 27 avril 2021 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, rejet confirmé par la Cour nationale du droit d'asile le 19 mai 2023. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 24 mars 2024, notifié le même jour, par lequel la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en se fondant sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai.

Sur les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et d'astreinte :

2. En premier lieu, par un arrêté du 4 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratif spécial de la préfecture de l'Essonne, la préfète de L'Essonne a donné délégation à M. C A, directeur de cabinet, pour signer tous actes, arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant, qui déclare être entré en France en 2020 sans pour autant le justifier, aurait été muni d'un visa lui permettant d'entrer et de séjourner régulièrement sur le territoire. Par ailleurs, il n'établit pas non plus disposer d'un titre de séjour, ni avoir essayé de régulariser sa situation après le rejet définitif de sa demande d'asile par la Cour nationale du droit d'asile le 19 mai 2023. Dès lors, il doit être regardé comme se maintenant irrégulièrement sur le territoire. Dans ces conditions, et alors même que la décision aurait également pu être fondée sur le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète pouvait légalement l'obliger à quitter le territoire sans méconnaitre les dispositions du 1° du même article. Par suite, le moyen tiré de l'absence de base légale de la décision doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D a été entendu par les services de gendarmerie le 24 mars 2024, suite à son interpellation, et interrogé sur ses liens avec la France et l'éventualité d'une mesure d'éloignement. Dans ces conditions, et alors qu'il ressort des pièces du dossier que ces éléments ont été pris en compte par l'auteur de la décision, le moyen selon lequel la décision aurait été prise en méconnaissance du principe général du droit d'être entendu doit être écarté.

6. En quatrième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision, très circonstanciée, que celle-ci n'aurait pas été prise après un examen réel et sérieux de la situation du requérant, ce que ne saurait suffire à démontrer le fait que la préfète a indiqué, alors d'ailleurs que le requérant n'avait pas produit d'éléments de nature à justifier sa vie commune, qu'il ne justifiait pas de la " régularité du séjour " de sa compagne, dont il avait pourtant indiqué qu'elle était de nationalité française.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

8. M. D, qui déclare être entré en France en 2020 à l'âge de 26 ans, fait valoir qu'il s'est marié avec une ressortissante française, le 20 avril 2024, soit un mois environ après la décision attaquée. Toutefois, les intéressés ne vivaient pas ensemble à la date de la décision en litige et les pièces produites au dossier, pas plus d'ailleurs que les écritures peu circonstanciées du requérant, qui indique avoir rencontré son épouse en juin 2023, ne permettent pas d'établir l'existence d'une vie commune stable et établie, à la date de la décision en litige. Enfin, si les parents et le frère du requérant vivent en France, ceux-ci n'y résident pas régulièrement, leurs demandes d'asile ayant d'ailleurs été rejetées. Dans ces conditions, et alors que le requérant, qui ne justifie pas d'une insertion particulière dans la société française, n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Arménie, où il a vécu l'essentiel de sa vie, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette décision n'est, pour les mêmes motifs, pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées, de même, et par voie de conséquence, que ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais d'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions dirigées à ce titre contre l'Etat, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et à la préfète de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

Thierry Besse

La greffière,

Sophie Lecas

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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