mardi 10 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2403923 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | POCHARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 avril 2024, Mme B C épouse D, représentée par Me Pochard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 mars 2024 par lequel la préfète de l'Ardèche a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé son pays de destination et lui a opposé une interdiction de retour d'une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ardèche de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, de la munir d'une autorisation provisoire de séjour et de lui délivrer dans le délai d'un mois une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le refus de séjour attaqué est insuffisamment motivé et résulte d'un défaut d'examen de sa situation ;
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure, faute de consultation de la commission du titre de séjour ;
- le refus de séjour critiqué méconnaît les dispositions des articles L. 423-23, L. 435-1 et L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire critiqués portent une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et résultent d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire en litige méconnaissent l'intérêt supérieur de sa fille protégé par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'illégalité du refus de titre qui lui est opposé entache d'illégalité l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français, la décision fixant son pays de destination ainsi que la décision portant interdiction de retour prises sur son fondement ;
- la décision fixant son pays de destination méconnaît l'intérêt supérieur de sa fille protégé par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant interdiction de retour porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, méconnaît l'intérêt supérieur de sa fille protégé par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ainsi que les dispositions des articles L. 612-7 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La préfète de l'Ardèche a produit des pièces, enregistrées le 21 juin 2024.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 11 juillet 2024.
Vu les pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté du 1er avril 2021 relatif à la délivrance, sans opposition de la situation de l'emploi, des autorisations de travail aux étrangers non ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Le président de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Richard-Rendolet.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissante arménienne née en 1973, Mme D demande l'annulation de l'arrêté du 21 mars 2024 par lequel la préfète de l'Ardèche a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé son pays de destination et lui a opposé une interdiction de retour d'une durée de trois ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
2. Traduisant un examen de la situation particulière de la requérante, l'arrêté critiqué, qui fait en particulier état de façon circonstanciée du fondement de la demande de titre de séjour de l'intéressée ainsi que de sa situation administrative, personnelle et familiale, comporte les éléments de fait et de droit qui donnent leur fondement aux décisions qu'il contient. Par suite et alors qu'il ne ressort pas du dossier que la requérante a saisi l'autorité préfectorale de sa situation au regard des dispositions nouvelles de l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les moyens tirés du défaut de motivation du refus de titre de séjour en litige et du défaut d'examen de la situation de la requérante doivent être écartés.
3. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention () " vie privée et familiale " (). / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants () l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
4. Si la requérante soutient que la préfète de l'Ardèche aurait dû saisir pour avis la commission du titre de séjour avant de se prononcer sur sa demande, les éléments qu'elle produit, s'agissant en particulier des années 2012 à 2016, ne suffisent pas pour établir sa résidence habituelle et continue en France depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen doit être écarté.
5. Pour soutenir que les dispositions législatives et les stipulations citées au point 3 ont été méconnues, Mme D se prévaut de l'ancienneté de sa présence et de sa bonne intégration en France où elle se trouve depuis l'année 2012, de la présence à ses côtés de son mari et de ses enfants nés en 1995, 1996 et 2011, de la scolarisation de sa fille au collège, de son activité professionnelle en tant qu'aide à domicile et du suivi de cours de français. Toutefois, il est constant que la requérante, dont la résidence continue en France depuis 2012 n'est pas établie, s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire national en dépit des mesures d'éloignement dont elle a fait l'objet en 2013, en 2019 et en 2022 ainsi que des refus de titre de séjour qui lui ont été opposés en 2019 et 2022, et que ses deux fils aînés ainsi que son mari se trouvent également en situation irrégulière et font l'objet d'obligations de quitter le territoire français. En outre, il ne ressort pas du dossier qu'il lui serait impossible de retourner en Arménie, pays dont l'ensemble de sa famille a la nationalité et où sa fille née en 2011 a vocation à la suivre. Dans ces conditions et compte tenu également des effets de la décision attaquée, les moyens tirés, d'une part, de l'atteinte excessive que le refus de titre de séjour en litige porterait au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, d'autre part, de la méconnaissance de l'intérêt supérieur de la fille de la requérante protégé par les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés. Les circonstances dont il est fait état et tirées notamment, outre sa situation familiale, de l'exercice par la requérante depuis plusieurs années d'une activité d'aide à domicile au service de particuliers et des perspectives professionnelles s'offrant ainsi à elle, ne suffisent pas davantage pour considérer que la décision en litige résulterait d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des prévisions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, du pouvoir de régularisation dont dispose l'autorité préfectorale ou encore des conséquences du refus critiqué sur la situation personnelle de Mme D.
En ce qui concerne les autres décisions :
6. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que Mme D n'est pas fondée à soutenir que l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé prive de base légale l'obligation qui qui est faite de quitter le territoire ainsi que les décisions fixant son pays de destination et lui opposant une interdiction de retour.
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :
7. Si Mme D soutient que l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français méconnaît les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation, ces moyens doivent être écartés pour les motifs de fait relatifs à la situation personnelle et familiale de la requérante exposés au point 5.
S'agissant de la fixation du pays de destination :
8. Si Mme D fait valoir que sa fille A née en Russie en 2011 ne connaît pas l'Arménie et que la situation de celle-ci serait affectée par un retour dans ce pays, cette circonstance ne suffit pas, compte tenu de ce qui a été dit quant à la situation familiale de l'intéressée, pour considérer que la décision en litige méconnaît les stipulations précitées de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ou résulte d'une erreur manifeste d'appréciation.
S'agissant de l'interdiction de retour :
9. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction alors applicable : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
10. Si Mme D se prévaut de l'ancienneté de sa présence en France, des attaches familiales qu'elle y compte et de ses perspectives professionnelles, il est toutefois constant que la requérante s'est maintenue sur le territoire français en dépit des refus de titre de séjour qui lui ont été opposés et des obligations de quitter le territoire français prises à son encontre en 2013, 2019 et 2022. Compte tenu également de ce qui a été dit précédemment quant à la situation en France des membres de la famille de la requérante, c'est sans méconnaître les dispositions précitées des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, que la préfète de l'Ardèche a prononcé à son encontre une interdiction de retour, dont la durée de trois ans ne présente pas en l'espèce un caractère disproportionné.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre l'arrêté du 21 mars 2024 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme C épouse D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse D et à la préfète de l'Ardèche.
Délibéré après l'audience du 24 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gille, président,
M. Richard-Rendolet, premier conseiller,
Mme Feron, première conseillère
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 septembre 2024.
Le rapporteur,
F-X. Richard-RendoletLe président,
A. Gille
Le greffier,
Y. Mesnard
La République mande et ordonne au préfet de l'Ardèche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2300356
**Sujet principal** : Demande d'indemnisation d'un agent public pour absence de réintégration après une période de disponibilité. **Juridiction** : Tribunal Administratif de Marseille (8ème chambre). **Solution retenue** : Le tribunal rejette la fin de non-recevoir opposée par la commune, estimant que le requérant a bien produit l'ensemble des pièces requises selon l'article R. 414-5 du code de justice administrative. **Textes appliqués** : Article R. 414-5 du code de justice administrative (règles de procédure concernant la production des pièces).
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08/04/2026
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