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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2404848

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2404848

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2404848
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantBIEHLER ANAÏS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mai 2024, M. A F, représenté par Me Biehler, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 mai 2024 par lequel la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise par une autorité incompétente ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire ;

La préfète du Rhône a produit des pièces, enregistrées le 25 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Besse pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Besse, magistrat désigné ;

- les observations de Me Sicoli, substituant Me Biehler, représentant le requérant, qui a repris ses conclusions et moyens, et de M. F.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant rwandais né en 1999, est entré en France en 2019, selon ses déclarations. Il a effectué une demande d'asile rejetée le 30 avril 2021 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, rejet confirmé par la Cour nationale du droit d'asile le 16 novembre 2022. Par des décisions du 3 mai 2024, la préfète du Rhône lui fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination dans lequel il est susceptible d'être reconduit d'office. M. F demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par Mme E D, attachée et cheffe du bureau de l'éloignement, qui a reçu délégation de signature à cet effet, par arrêté du 30 janvier 2024 de la préfète du Rhône, régulièrement publié, à l'effet de signer, en cas d'empêchement de Mme B C, directrice des migrations et de l'intégration. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. F, qui est entré en France en mars 2019, à l'âge de 20 ans, est célibataire et sans enfant à charge. S'il expose s'être inscrit à plusieurs formations depuis son entrée en France, il ne justifie pas de la réalité et du sérieux des études poursuivies, ayant d'ailleurs reconnu suite à son interpellation n'être pas un élève assidu et être souvent absent les " lendemains de soirée ", et n'a au demeurant jamais sollicité de titre de séjour en qualité d'étudiant. Par ailleurs, il n'établit pas avoir développé une vie privée ou familiale en France, et dispose d'attaches en République du Congo, pays où il a vécu jusqu'à son entrée en France et où il est légalement admissible, y bénéficiant du statut de réfugié, ainsi que les membres de sa famille. Dans ces conditions, la décision l'obligeant à quitter le territoire français ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas non plus entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

5. En troisième lieu, pour contester la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui ne désigne pas par elle-même le pays de destination, M. F ne peut utilement faire état des risques qu'il encourrait en cas de retour dans la République du Congo, et invoquer la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que M. F n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination, à l'encontre de laquelle il ne soulève aucun moyen distinct.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions dirigées à ce titre contre l'Etat, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A F et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

Thierry BesseLa greffière,

Sophie Lecas

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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