mercredi 16 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2406262 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BS2A BESCOU ET SABATIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 juin 2024, M. B A, représenté par la Selarl BS2A Bescou et Sabatier avocats associés (Me Sabatier), demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 17 juin 2024 par laquelle la préfète du Rhône a procédé au retrait de son certificat de résidence algérien, a assorti ce retrait d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui restituer son certificat de résidence algérien, ou à tout le moins de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai de trente jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à lui verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
- elles sont entachées d'incompétence ;
En ce qui concerne la décision portant retrait du certificat de résidence algérien :
- elle est insuffisamment motivée en fait et est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation individuelle ;
- elle méconnaît le principe de sécurité juridique ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, en l'absence de preuve de fraude et d'intention frauduleuse ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation individuelle ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, d'une erreur de droit et d'un vice de procédure ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, en ce qu'il est éligible de plein droit à un titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité des décisions portant retrait de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité des décisions portant retrait de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 septembre 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête. Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bour, présidente,
- et les observations de Me Guillaume, substituant Me Sabatier, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant algérien né le 11 janvier 1986, est entré régulièrement sur le territoire français le 14 juin 2014. Sa demande d'asile formulée en 2015 ayant été définitivement rejetée, il s'est maintenu sur le territoire français malgré une mesure d'éloignement prononcée à son encontre en 2016. Marié à une ressortissante française le 20 août 2016, il s'est vu délivrer un certificat de résidence algérien d'une durée de 10 ans, valable du 15 mars 2019 au 14 mars 2029, en sa qualité de conjoint de français. Il a ensuite sollicité sa naturalisation en décembre 2021. Découvrant dans le cadre de l'instruction de cette demande qu'il avait divorcé entretemps, la préfète du Rhône lui a retiré son certificat de résidence algérien par la décision contestée du 17 juin 2024, assortie d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi.
Sur les conclusions en annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence valable dix ans, renouvelé automatiquement, confère à son titulaire le droit d'exercer en France la profession de son choix, dans le respect des dispositions régissant l'exercice des professions réglementées. / Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : / a) Au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 nouveau 2) et au dernier alinéa de ce même article (). ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision. ". L'article L. 241-2 du même code dispose que : " Par dérogation aux dispositions du présent titre, un acte administratif unilatéral obtenu par fraude peut être à tout moment abrogé ou retiré. ". Il appartient à l'administration d'établir la preuve de la fraude, tant s'agissant de l'existence des faits matériels l'ayant déterminée à délivrer l'acte que de l'intention du demandeur de la tromper.
3. Pour procéder au retrait du certificat de résidence valable du 15 mars 2019 au 14 mars 2029, délivré à M. A le 24 avril 2019 en sa qualité de conjoint de français, la préfète du Rhône a estimé que le mariage de M. A avait été contracté hors de toute intention matrimoniale et présentait un caractère frauduleux, sur le constat que le requérant, marié depuis le 20 août 2016, avait rompu toute communauté de vie avec son épouse le 18 août 2019, soit environ quatre mois après la délivrance de son certificat de résidence algérien, que le divorce avait été prononcé par un jugement du tribunal judiciaire de Lyon du 11 mars 2021 avec un report de ses effets au 18 août 2019, et que M. A s'était abstenu d'informer les services préfectoraux de ce changement de sa situation matrimoniale.
4. Toutefois, et alors que la seule rupture de la communauté de vie entre les époux postérieurement au mariage n'est pas, par elle-même, de nature à établir que ce mariage aurait été contracté dans le but exclusif d'obtenir un titre de séjour, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que le mariage de M. A avec Mme C, en dépit de la rupture de la vie commune entre les époux intervenue quatre mois après la délivrance du titre de séjour en litige et trois ans après la célébration de leur mariage, procèderait d'une intention frauduleuse. En effet, alors que lui incombe la charge de la preuve de la fraude qu'elle allègue, la préfète du Rhône ne remet en cause la communauté de vie des époux ni sur la durée de leur mariage, ni à la date de délivrance à M. A de sa carte de résident, et ne conteste pas que, antérieurement à la célébration du mariage, les intéressés avaient fait l'objet d'une vérification des intentions motivant leur union. En outre, la seule circonstance que, par son jugement du 11 mars 2021, le juge aux affaires familiales a fixé les effets du divorce à la date de la rupture de la vie commune, soit le 18 août 2019, comme il peut être usuellement décidé, ne révèle pas plus une intention frauduleuse dans la célébration initiale de ce mariage. Par ailleurs, et ainsi que le soutient valablement le requérant, l'autorité préfectorale ne pouvait légalement lui faire grief d'avoir omis d'informer l'administration du changement de sa situation familiale, dès lors qu'aucun dispositif de retrait d'un certificat de résidence, légalement délivré, en cas de modification de la situation familiale n'est prévu par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Au surplus, il ressort des pièces du dossier qu'il n'a pas caché cette information, l'ayant spontanément produite dans son dossier de demande de naturalisation. Dans ces conditions, alors que la préfète du Rhône n'apporte pas la preuve du caractère frauduleux de l'obtention de la carte de résident de M. A, elle ne pouvait légalement procéder au retrait de cette carte sur ce motif.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision portant retrait de sa carte de résident ainsi que, par voie de conséquence, celle des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixant le pays de destination, l'astreignant à se présenter une fois par semaine à la direction zonale de la police aux frontières, et lui retirant son passeport et sa carte nationale d'identité dans l'attente de l'organisation de son départ.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ". Le juge de l'injonction, saisi de conclusions présentées au titre de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, est tenu de statuer sur ces conclusions en tenant compte de la situation de droit et de fait existant à la date de son arrêt.
7. Le présent jugement, qui annule la décision du 17 juin 2024 par laquelle la préfète du Rhône a procédé au retrait de la carte de résident de M. A, implique nécessairement, eu égard au motif sur lequel il se fonde, que la préfète du Rhône lui restitue ce titre de séjour. Il lui sera enjoint de procéder à cette restitution dans le délai de 15 jours suivant la notification du présent jugement. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte sollicitée.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, partie perdante dans la présente instance, le paiement à M. A d'une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté de la préfète du Rhône du 17 juin 2024 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de restituer à M. A sa carte de résident algérien dans le délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bour, présidente,
Mme Jorda, conseillère,
Mme Le Roux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 16 octobre 2024.
La présidente-rapporteure,
A-S. BourL'assesseure la plus ancienne,
V. Jorda
La greffière,
C. Touja
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026