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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2406775

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2406775

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2406775
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantMAHDJOUB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 juillet 2024, M. B A demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 juillet 2024 par lequel le préfet de la Haute-Savoie a prolongé d'une durée de deux ans l'interdiction de retour sur le territoire français dont il fait l'objet ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise sans examen préalable sérieux de sa situation personnelle ;

- cette décision est disproportionnée.

Le préfet de la Haute-Savoie a transmis des pièces, enregistrées le 11 juillet 2024, mais n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a délégué à Mme C les pouvoirs qui lui sont attribués en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 12 juillet 2024, Mme C a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Mahdjoub, avocat de M. A, qui a repris les moyens soulevés dans la requête et indiqué que le préfet n'a fait valoir aucun élément nouveau depuis l'arrêté du 10 novembre 2023 portant notamment interdiction de retour, que M. A doit subir prochainement une opération chirurgicale et qu'il justifie d'une vie privée et familiale en France, où il est présent depuis sept ans et où réside sa compagne ;

- les observations de M. A, requérant, assisté de M. D, interprète en langue arabe ; il a indiqué devoir être réopéré de la jambe et suivre un traitement médicamenteux et qu'il ne comprend pas pourquoi l'interdiction de retour a été prolongée ;

- les observations de Me Coquel, substituant Me Tomasi, avocat du préfet de la Haute-Savoie, qui a conclu au rejet des moyens soulevés dans la requête et notamment indiqué que M. A ne justifiait pas d'une vie privée et familiale en France, ni de la réalité de ses problèmes de santé et que sa présence en France représente une menace pour l'ordre public.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 26 janvier 1997, entré irrégulièrement en France en 2017 d'après ses déclarations, a fait l'objet d'une mesure d'éloignement assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, par un arrêté du préfet de la Haute-Savoie du 10 novembre 2023. Par l'arrêté attaqué du 9 juillet 2024, le préfet de la Haute-Savoie a prolongé d'une durée de deux ans l'interdiction de retour prononcée le 10 novembre 2023. Le même jour, M. A a été placé au centre de rétention administrative de Lyon.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants :/ 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai () / Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français./ Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

4. Il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit, par ailleurs, faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de chacun de ces critères, cette autorité ne retient pas certains éléments correspondant à l'un ou certains d'entre eux au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

5. L'arrêté attaqué vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne l'arrêté portant de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour pris à l'encontre du requérant le 10 novembre 2023, ainsi que les éléments pris en compte par le préfet pour considérer que la présence en France de M. A constitue une menace pour l'ordre public. Il comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui le fondent et est, par suite, suffisamment motivé.

6. En deuxième lieu, il ne ressort pas de la décision attaquée, qui n'avait pas à faire figurer l'ensemble des éléments ayant trait à la situation personnelle du requérant ou ceux qu'il aurait invoqués notamment durant son audition, qu'elle aurait été prise sans examen préalable sérieux de la situation de M. A.

7. En dernier lieu, d'une part, M. A se maintient irrégulièrement sur le territoire français depuis plus de cinq ans, s'étant soustrait à l'exécution de quatre mesures d'éloignement prises à son encontre en 2019, 2020, 2021 et 2023, et il n'a pas respecté les termes des assignations à résidence dont il a fait l'objet par des décisions du préfet de l'Isère du 9 septembre 2021 et du préfet de la Haute-Savoie du 12 décembre 2023. D'autre part, la présence en France de M. A constitue une menace à l'ordre public eu égard tant au caractère répété des mises en cause dont il a fait l'objet que de la gravité des faits concernés, dès lors qu'il a été condamné à quatre mois d'emprisonnement pour des faits de vol en réunion et escroquerie commis le 9 novembre 2023, qu'il est en outre défavorablement connu des services de police pour des faits répétés de vol, de recel, intervenus entre les mois d'avril 2018 et octobre 2021, de violence avec usage ou menace d'une arme le 28 février 2021, et d'agression sexuelle sur mineur le 10 novembre 2023, et qu'il a en dernier lieu été interpellé le 8 juillet 2024 pour des faits de recel. Par ailleurs, M. A, qui ne soutient pas qu'il serait dépourvu de toute attache en Algérie, ne justifie pas de la réalité de sa vie privée et familiale en France, ni que son état de santé nécessiterait une prise en charge indisponible dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Savoie n'a pas fait une inexacte application des dispositions des articles L. 612-11 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prolongeant l'interdiction de retour pour une durée supplémentaire de deux ans, cette durée ne présentant pas de caractère disproportionné.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Haute-Savoie.

Jugement rendu en audience publique le 12 juillet 2024.

La magistrate désignée,

P. C

La greffière,

E. Gros

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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