lundi 15 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2406831 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | KLING SOPHIE |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 11 juillet 2024, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, la magistrate désignée du tribunal administratif de Nancy a transmis au tribunal la requête présentée par M. A B.
Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal de Nancy le 5 juillet 2024 et un mémoire, enregistré le 14 juillet 2024, M. B, représenté en dernier lieu par Me Chinouf, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de prononcer son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler les décisions du 4 juillet 2024 par lesquelles le préfet de la Meuse l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Meuse de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros hors taxes au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient dans sa requête que :
- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence de leur auteur ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- le préfet a méconnu le principe du respect des droits de la défense ;
- le 1 et le 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont méconnus ;
- le préfet a commis une erreur de droit ;
- les décisions portent une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation.
Il soutient dans son mémoire enregistré le 14 juillet 2024 que :
- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence de leur auteur ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de la situation de l'intéressé ;
- elle méconnaît les stipulations du 4° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision de refus de délai de départ volontaire doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la mesure d'éloignement ;
- la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la mesure d'éloignement ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juillet 2024, le préfet de la Meuse conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- l'accord du 27 décembre 1968 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Reniez, première conseillère, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 15 juillet 2024, Mme Reniez, magistrate désignée, a présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Chinouf, avocate, représentant M. B, qui abandonne tous les moyens invoqués dans la requête et non repris dans son mémoire enregistré le 14 juillet 2024, qui maintient les moyens développés dans son mémoire du 14 juillet 2024 à l'exception du moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées qu'elle abandonne également ;
- les observations de M. B ;
- les observations de Me Morisson-Cardinaud, substituant Me Tomasi, représentant le préfet de la Meuse, qui conclut au rejet de la requête et soutient que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant et que les autres moyens ne sont pas fondés, qui indique que les stipulations du 4 de l'article 6 de l'accord franco-algérien ne sont pas méconnues dès lors que le comportement de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public, que l'intéressé ne justifie pas contribuer à l'entretien et l'éducation de son enfant, qu'il n'apporte pas la preuve qu'il n'aurait pas accès aux soins nécessaires à son état en Algérie et ne produit pas de pièces médicales établissant la gravité de l'absence de soins.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien, retenu en centre de rétention administrative, conteste les décisions du 4 juillet 2024 par lesquelles le préfet de la Meuse l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 précédemment visée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, la décision litigieuse comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Meuse, qui n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation, au regard des éléments portés à sa connaissance, avant d'édicter la mesure d'éloignement ou vérifié son droit au séjour. La circonstance que le préfet n'ait pas visé le 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfants ne révèle pas que ce dernier n'aurait pas tenu compte de l'enfant du requérant qui est mentionné dans la décision. Le moyen tiré du défaut d'examen doit par suite être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
6. Le requérant n'établit pas l'ancienneté et la stabilité de sa relation avec une ressortissante française en se bornant à produire des attestations de cette dernière, indiquant qu'ils sont en couple depuis le 23 septembre 2020 et qu'elle s'engage à l'héberger à son domicile à sa sortie de détention, et l'acte de naissance de leur enfant. S'il est père d'un enfant français né en 2021, il n'établit pas, par les seules pièces qu'il produit, qu'il contribuerait à son éduction et son entretien ou aurait maintenu des liens avec lui. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant, qui indique être entré en France en octobre 2016, serait dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. S'il est suivi médicalement, il n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement adapté à son état en Algérie. En outre, le requérant ne justifie pas d'une insertion particulière en France où il a été condamné le 29 juin 2020 à une peine d'un an d'emprisonnement avec sursis pour des faits de " port sans motif légitime d'arme à feu, munition ou de leurs éléments de catégorie D ", " acquisition ou cession dans le cadre d'une activité réglementée de substance vénéneuse sans justificatif ou enregistrement conforme " et " faux dans un document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité, ou accordant une autorisation ", le 15 septembre 2022 à une peine de trois ans d'emprisonnement pour acquisition illicite, cession ou offre illicite, détention illicite et transport illicite en bande organisée " de substance, plante, préparation ou médicament inscrit sur les listes I et II ou classée comme psychotrope " et le 1er février 2023 à une peine de six mois d'emprisonnement pour " port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D " en récidive et " violence commise en réunion sans incapacité ". Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation de l'intéressé.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale est délivré de plein droit : () 4) Au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. () ".
8. Les stipulations précitées ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.
9. Compte tenu de ce qui a été dit au point 7, le préfet est fondé à faire valoir que la présence de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 4 de l'article 6 de l'accord franco-algérien doit par suite être écarté.
10. En dernier lieu, les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent être utilement invoquées à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui ne fixe pas le pays de destination.
En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :
11. Les conclusions dirigées contre la décision obligeant le requérant à quitter le territoire français étant rejetées, l'intéressé ne peut demander, par voie de conséquence, l'annulation de la décision fixant le délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
12. En premier lieu, les conclusions dirigées contre la décision obligeant le requérant à quitter le territoire français étant rejetées, l'intéressé ne peut demander, par voie de conséquence, l'annulation de la décision fixant le délai de départ volontaire.
13. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ".
14. M. B n'est, en tout état de cause, pas fondé à soutenir que le préfet aurait dû vérifier s'il pouvait bénéficier d'un traitement en Algérie alors qu'il s'est borné à indiquer qu'il avait des soucis de santé et un rendez-vous le 31 juillet 2024, sans apporter d'autres précisions au préfet avant l'édiction de la décision contestée. Par ailleurs, M. B n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé en Algérie. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit par suite être écarté.
15. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 4 juillet 2024 par lesquelles le préfet de la Meuse l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction doivent par suite être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les conclusions de la requête de M. B sont rejetées pour le surplus.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Meuse.
Lu en audience publique le 15 juillet 2024.
La magistrate désignée,
E. Reniez
La greffière,
L. Bon-Mardion
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026