mercredi 30 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2407146 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JU 3ème chambre |
| Avocat requérant | CLEMENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 19 juillet et 30 septembre 2024, M. C E, représenté par Me Clément, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 juin 2024 par lequel la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays vers lequel il pourrait être éloigné d'office et n'a pas renouvelé son attestation de demande d'asile ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de le munir dans le délai de quinze jours d'une autorisation provisoire de séjour et d'effacer son signalement aux fins de non-admission dans le Système d'information Schengen, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté critiqué ;
- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen de sa situation et a été prise en violation de son droit d'être entendu garanti par les principes généraux du droit de l'Union européenne ;
- l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français résulte d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'illégalité de l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français entache d'illégalité les décisions fixant son délai de départ volontaire et son pays de destination, ainsi que la décision refusant le renouvellement de son attestation de demande d'asile ;
- la décision fixant son pays de renvoi méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 septembre 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
La présidente du tribunal a désigné M. Gille pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gille, magistrat désigné ;
- et les observations de Me Clément pour M. D.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissant arménien né en 1974 et entré en France au mois de mars 2024, M. D a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 31 mai 2024. M. D conteste l'arrêté du 26 juin 2024 par lequel la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays vers lequel il pourrait être éloigné d'office et n'a pas renouvelé son attestation de demande d'asile.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
3. L'arrêté du 26 juin 2024 a été signé par Mme A, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, en vertu de la délégation que la préfète du Rhône lui a donnée par un arrêté du 15 mai 2024 publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
4. Traduisant un examen de la situation particulière de M. D, la décision attaquée fait état de façon circonstanciée de la situation administrative et personnelle de celui-ci. Par suite, le moyen tiré par le requérant du défaut d'examen de sa situation doit être écarté.
5. Si M. D soutient que la mesure d'éloignement qu'il conteste est intervenue en méconnaissance de son droit d'être préalablement entendu, il est toutefois constant que la décision en litige a été prise sur le fondement des dispositions précitées du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile après le rejet de la demande d'asile présentée par l'intéressé qui, ne contestant pas avoir été informé lors de l'enregistrement de cette demande de la possibilité de le faire, n'a pas présenté de demande d'admission au séjour à un autre titre ni fait état auprès de l'autorité administrative de circonstances particulières susceptibles de faire obstacle à un éloignement. En outre et alors qu'il ressort du dossier que M. D a récemment pu être pris en charge en Arménie pour l'insuffisance rénale chronique dont il souffre, les circonstances dont le requérant fait état relatives à son état de santé ne suffisent pas, au regard des exigences de prise en charge qui sont invoquées, pour caractériser l'existence en l'espèce d'un obstacle à ce que la décision en litige soit prise ou pour considérer que l'autorité préfectorale aurait pris une autre décision si elle en avait été informée. Par suite, le moyen doit être écarté.
6. A l'appui de sa contestation, M. D fait valoir qu'il est atteint d'insuffisance rénale chronique au stade IV, de diabète ainsi que de l'hépatite C et que son état de santé nécessite un traitement lourd, en particulier une dialyse. Toutefois, alors que le requérant ne compte pas d'attaches familiales en France, qu'il est constant que M. D a récemment pu bénéficier d'une dialyse en Arménie et qu'il n'apparaît en tout état de cause pas qu'aucun traitement ne serait disponible dans son pays ni qu'un défaut de soins l'exposerait à des conséquences d'une exceptionnelle gravité, le moyen tiré par M. D de ce que l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle doit être écarté.
En ce qui concerne la fixation du délai de départ volontaire :
7. Eu égard à ce qui précède, M. D n'est pas fondé à soutenir que l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire qui lui a été opposée entache d'illégalité la décision prise sur son fondement lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours.
En ce qui concerne la fixation du pays de renvoi :
8. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité () / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de cet article : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants ".
9. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment, le moyen selon lequel l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui fonde la décision en litige entache celle-ci d'illégalité doit être écarté.
10. A l'appui de sa contestation, M. D fait également valoir les risques auxquels il serait exposé en cas de retour en Ukraine, où il a longuement séjourné avec les membres de sa famille. Toutefois, alors que M. D est de nationalité arménienne, a vu sa demande d'asile rejetée et a bénéficié de soins dans son pays d'origine à une période récente, celui-ci ne produit aucun élément de nature à établir le caractère réel, sérieux et actuel des risques qui sont invoqués. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne l'absence de renouvellement de l'attestation de demande d'asile :
11. Eu égard à ce qui précède, M. D n'est en tout état de cause pas fondé à soutenir que la décision refusant de lui délivrer une nouvelle attestation de demande d'asile doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre l'arrêté du 26 juin 2024 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de M. D à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution.
Sur les frais liés au litige :
14. Alors que le bureau d'aide juridictionnelle n'a pas statué sur la situation du requérant au titre de l'aide juridictionnelle, il y a lieu de faire application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus et d'admettre M. D au bénéfice de cette aide à titre provisoire. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en revanche obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la requête présentées sur leur fondement et dirigées contre l'Etat, qui n'est pas partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête de M. D est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
A. Gille
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026