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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2407240

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2407240

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2407240
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 23 juillet 2024 sous le n° 2407240, M. C B, représenté par la Selarl BS2A Bescou et Sabatier Avocats Associés (Me Sabatier), demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 25 juin 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a retiré le certificat de résidence algérien valable du 13 janvier 2022 au 12 janvier 2032 dont il était bénéficiaire, a refusé de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône à titre principal, de lui restituer son certificat de résidence algérien de dix ans ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'un an et, à défaut, de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est recevable ;

- les décisions sont signées par une autorité incompétente ;

S'agissant de la décision portant retrait et refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de l'ancienneté de son séjour en France au regard des stipulations de l'article 6, 1) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 6,5) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il est éligible à la délivrance d'un certificat de résidence algérien sur le fondement des stipulations de l'article 6,1) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant des décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination :

- elles sont illégales du fait de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

La requête a été communiquée à la préfète du Rhône qui n'a pas produit de mémoire en défense mais a produit des pièces enregistrées le 26 septembre 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction.

II. Par une requête, enregistrée le 29 juillet 2024 sous le n° 2407549, M. C B, représenté par la Selarl BS2A Bescou et Sabatier Avocats Associés (Me Sabatier), demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 juin 2024 par laquelle la préfète du Rhône a rejeté sa demande de regroupement familial présentée au bénéfice de son épouse et de ses enfants ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône d'admettre son épouse et ses trois enfants au bénéfice du regroupement familial, ou de procéder au réexamen de sa demande, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est signée par une autorité incompétente ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant retrait de titre de séjour.

La requête a été communiquée à la préfète du Rhône qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Vaccaro-Planchet a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 12 février 1971, entré régulièrement en France le 22 décembre 2011, a bénéficié d'un certificat de résidence valable du 6 mars 2012 au 5 mars 2022 puis d'un certificat de résidence d'une durée de dix ans valable jusqu'au 12 janvier 2032 en raison de son mariage avec une ressortissante française, le 6 mars 2011. Le 15 juin 2017, M. B a déposé une demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse de nationalité algérienne, avec laquelle il est marié depuis le 14 juillet 2015, et de leurs trois enfants mineurs nés les 10 octobre 2000, 16 mars 2009 et le 27 juillet 2011. Il demande l'annulation des décisions du 25 juin 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a d'une part rejeté sa demande de regroupement familial et, d'autre part, procédé au retrait de son certificat de résidence, refusé de lui délivrer un titre de séjour au regard de sa durée de présence en France, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

2. Les requêtes nos 2407240 et 2407549 sont relatives à la situation d'un même ressortissant étranger et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte :

En ce qui concerne le moyen dirigé contre l'ensemble des décisions attaquées :

3. L'ensemble des décisions attaquées du 25 juin 2024, ont été signées par Mme A, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture du Rhône, en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet en date du 15 mai 2024, publié au recueil des actes administratifs spécial le 16 mai suivant et qui est accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant retrait et refus de certificat de résidence :

4. Il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier, réel et sérieux de la situation personnelle de M. B. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier doit être écarté.

5. Aux termes de l'article 6, 1) de l'accord franco-algérien susvisé : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant ; () ".

6. S'il est constant que M. B réside en France depuis le mois de décembre 2011 soit depuis plus de dix ans à la date de la décision en litige, il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté qu'il a obtenu par fraude son premier titre de séjour valable dix ans du fait de son mariage avec une ressortissante française, dès lors que s'il a épousé une ressortissante française le 6 mars 2011 avant de divorcer le 8 septembre 2014, il était alors déjà marié avec une ressortissante algérienne, qu'il avait épousée le 15 juillet 1999, dont il a divorcé le 8 janvier 2014 avant de l'épouser de nouveau le 14 juillet 2015. Ainsi, sa durée de présence sur le territoire français a été acquise par fraude. Par suite, et malgré la production de bulletins de salaires et d'avis d'imposition correspondant aux années 2012 à 2024, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Rhône aurait fait une inexacte application des stipulations susmentionnées de l'article 6, 1) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article 6, 5) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () ; 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ".

8. Si M. B se prévaut de sa présence sur le territoire français depuis plus de dix ans à la date de la décision en litige et de ce qu'il a exercé une activité salariée en intérim ou sous contrat à durée déterminée à compter du mois de février 2012 avant une embauche le 3 juillet 2019 sous contrat à durée indéterminée en tant que carrossier, il n'est toutefois pas établi qu'il aurait fixé de manière durable le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire national, alors notamment que son épouse et leurs trois enfants résident en Algérie, où il a lui-même vécu l'essentiel de son existence. Par suite, c'est sans porter à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée que la préfète du Rhône a refusé de l'admettre au séjour. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 6, 5) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié doivent ainsi être écartés. Pour les mêmes motifs, et en l'absence d'argumentation spécifique, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de regroupement familial :

9. Si M. B soutient que la décision par laquelle la préfète du Rhône a rejeté sa demande de regroupement familial présentée au bénéfice de son épouse et de ses enfants serait illégale du fait de l'illégalité de la décision de retrait de titre de séjour, en l'absence d'illégalité de cette dernière décision, le moyen ainsi soulevé doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale du fait de l'illégalité de cette décision.

11. Eu égard à ce qui a été dit au point 6, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur de droit, le requérant remplissant les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit, ne peut qu'être écarté.

12. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, en l'absence de tout élément particulier tenant à cette obligation, être écarté par les mêmes motifs que ceux exposés au point 8.

En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination :

13. En l'absence d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait illégale du fait de l'illégalité de ces décisions.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte.

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais liés au litige.

D E C I D E:

Article 1er : Les requêtes de M. B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

Mme Feron, première conseillère,

Mme de Tonnac, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La présidente-rapporteure,

V. Vaccaro-Planchet

L'assesseure la plus ancienne

Mme Feron

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

Mme Feron

La greffière,

E. Gros

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

Nos 2407240 - 2407549

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