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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2407447

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2407447

mercredi 7 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2407447
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantSAIDI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. B C D contestant l'arrêté du 23 juillet 2024 ordonnant son transfert aux autorités portugaises pour l'examen de sa demande d'asile. Le requérant invoquait notamment la méconnaissance des articles 4 et 5 du règlement (UE) n° 604/2013 (Dublin III), ainsi que des articles 3 de la CEDH et 33 de la Convention de Genève. Le tribunal a jugé que la remise des brochures d'information en lingala, langue comprise par l'intéressé, était établie et que l'entretien individuel avait été mené conformément aux textes. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation, confirmant la légalité de la décision de transfert.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 juillet et 6 août 2024, M. B C D demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 juillet 2024 par lequel la préfète du Rhône a ordonné son transfert aux autorités portugaises, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Il soutient que :

- il est originaire de la République démocratique du Congo, sous le nom A C, mais a pu entrer au Portugal sous une fausse identité ;

- la décision méconnait l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, dès lors que les brochures d'information sur le droit d'asile ne lui ont pas été remises le jour de sa demande de protection mais seulement lors de l'entretien ;

- elle méconnait l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, dès lors que le résumé d'entretien individuel du 26 février 2024 n'a pas repris ses déclarations sur ses craintes de persécution au Portugal et les motifs de sa venue en France, et dès lors qu'il n'est pas établi que l'entretien aurait été mené par une personne qualifiée ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 33 de la convention de Genève ainsi que celles de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bertolo pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 7 août 2024, M. Bertolo a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Saidi, qui revient à titre préliminaire sur l'identité du requérant, et reprend les éléments de la requête et du mémoire complémentaire, notamment en insistant sur l'état de santé de M. D.

La préfète du Rhône n'étant ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, qui s'est déclaré ressortissant angolais puis ressortissant de la République démocratique du Congo, est entré irrégulièrement en France selon ses déclarations le 17 février 2024. L'intéressé a sollicité l'enregistrement de sa demande d'asile et ses empreintes ont été relevées le 26 février 2024. La consultation du fichier VIS a mis en évidence que l'intéressé était entré sur le territoire des États membres au moyen d'un visa délivré par les autorités portugaises, et il a par suite été informé que sa demande relevait de la procédure Dublin. Le Portugal a fait connaître son accord explicite pour la réadmission de l'intéressé le 30 avril 2024. Par une décision du 23 juillet 2024 dont le requérant demande l'annulation, la préfète du Rhône a ordonné son transfert aux autorités portugaises, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 précédemment visée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, il résulte des dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 que dès qu'une demande de protection internationale est introduite dans un Etat membre, les autorités compétentes de cet Etat doivent délivrer au demandeur l'ensemble des informations énumérées aux a) à f) de cet article, par écrit, dans une langue que l'intéressé comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Pour ce faire, elles doivent lui remettre la brochure mentionnée au paragraphe 3 de l'article 4. Il ressort des pièces produites par la préfète du Rhône que, les deux brochures d'information A " j'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " et B " je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' " ont été remises à M. D dès l'introduction de sa demande d'asile, qui les a datées et signées, aucun élément ne permettant de retenir qu'elles lui auraient été remises tardivement. Celles-ci sont rédigées en Lingala, langue que le requérant a déclaré comprendre. Ainsi, contrairement à ce qu'il soutient, M. D a bénéficié des informations prévues par les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'Etat membre responsable, l'Etat membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les Etats membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'Etat membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'Etat membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ".

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. D a bénéficié d'un entretien individuel le 26 février 2024 avec un agent du service chargé de l'asile de la préfecture du Rhône. Le requérant n'apporte aucun commencement de preuve de ce que ce résumé, qui n'a pas à être exhaustif mais doit seulement reprendre les principales informations fournies par le demandeur, serait incomplet, alors qu'il était assisté d'un interprète en langue Lingala qu'il a déclaré comprendre, et qu'il a signé ledit compte-rendu.

6. D'autre part, s'il ne résulte ni des dispositions citées au point 4 ni d'aucun principe que devrait figurer sur le compte-rendu de l'entretien individuel la mention de l'identité de l'agent qui a mené l'entretien, il appartient à l'autorité administrative, en cas de contestation sur ce point, d'établir par tous moyens que l'entretien a bien, en application des dispositions précitées de l'article 5.5 du règlement du 26 juin 2013, été " mené par une personne qualifiée en vertu du droit national ". Alors que le requérant conteste que l'entretien ait été mené par un agent qualifié de la préfecture, la préfète du Rhône fait valoir que le compte-rendu mentionne que l'entretien a été mené par un agent qualifié, dont les initiales (YA) sont précisées, et comporte un tampon numéroté du bureau de l'asile et de l'hébergement de la préfecture du Rhône, assorti d'une signature de l'agent instructeur ayant conduit l'entretien. Dans ces conditions, et en l'absence de tout élément contraire apporté par le requérant permettant de douter de la qualification de l'agent, le moyen tiré de l'irrégularité de l'entretien doit être écarté. Par ailleurs, aucun élément du dossier ne permet de tenir pour établi que cet entretien n'aurait pas été mené dans des conditions en garantissant la confidentialité. Dès lors, M. D n'est pas fondé à invoquer la méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit. ". La faculté laissée à chaque État membre, par les dispositions précitées de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

8. Aux termes de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 : " Aucun des Etats Contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. / () ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. Si le requérant fait état de ses craintes en cas de retour au Portugal, dès lors qu'il y est entré sous une fausse identité et qu'il estime que les autorités portugaises n'examineront pas sa demande de manière objective, ces circonstances ne permettent pas d'établir que les autorités portugaises, qui ont donné leur accord sur la demande de prise en charge adressée par les autorités françaises, ne sont pas en mesure de traiter sa demande d'asile dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile, en l'absence d'existence avérée de défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs d'asile dans ce pays, au demeurant État-membre de l'Union européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Si M. D fait également état de craintes en cas de retour en Angola ou en République démocratique du Congo, il n'apporte au tribunal aucun élément de nature à établir l'actualité et le caractère personnel des risques qu'il pourrait encourir en cas de retour dans ces pays. Enfin, s'il se prévaut d'éléments médicaux faisant en particulier état de ce qu'il souffre de lombalgies chroniques, il n'établit pas qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé au Portugal. Dans ces conditions, les éléments dont le requérant se prévaut ne permettent pas d'établir qu'en refusant de faire usage de la clause discrétionnaire, la préfète du Rhône aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 et méconnu les stipulations de l'article 33 de la convention de Genève ainsi que celles de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. D doivent être rejetées.

D E C I D E

Article 1er : M. D est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C D, alias A C et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 août 2024.

Le magistrat désigné,

C. Bertolo La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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