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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2407491

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2407491

mardi 4 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2407491
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 juillet 2024, M. D C, représenté par Me Sabatier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2024 par lequel la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de six mois ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué doit être regardé comme entaché d'un vice d'incompétence, sauf à justifier d'une délégation conférée à son signataire ;

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- cette décision méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de mettre en œuvre son pouvoir général de régularisation, alors qu'il remplit les critères fixés par l'article 2.1.1 de la circulaire du 28 novembre 2012 du ministre de l'intérieur ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ;

- cette décision a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les articles 3-1 et 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- les décisions accordant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français sont illégales du fait de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par une décision du 6 septembre 2024, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par une ordonnance du 7 octobre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 octobre 2024.

Un mémoire en défense a été enregistré le 15 janvier 2025 pour la préfète du Rhône et n'a pas été communiqué, l'instruction étant close.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Viotti, première conseillère, a seul été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 2 septembre 1985 à Sétif, est entré en France le 8 novembre 2015 sous couvert d'un visa de court séjour valable du 7 novembre 2015 au 2 mai 2016. Le 19 juillet 2016, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en invoquant sa qualité de descendant de français sur le fondement de l'alinéa b) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 4 avril 2017, le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer ce titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français. La légalité de cet arrêté a été confirmée en dernier lieu par un arrêt n° 17LY04012 rendu le 23 mai 2019 par la cour administrative d'appel de Lyon. Le 2 avril 2021, M. C a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien sur le fondement du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par l'arrêté du 12 juillet 2024 dont il est demandé l'annulation, la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de six mois.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne l'arrêté attaqué dans son ensemble :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme A B, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, qui disposait à cet effet d'une délégation, en vertu d'un arrêté du 15 mai 2024 portant délégation de signature aux agents de la préfecture, publié le 16 mai 2024 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de cet arrêté manque en fait.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ".

4. M. C fait valoir qu'il réside en France depuis plus de huit ans avec son épouse, leurs deux enfants, ses parents ainsi que ses frères et sœurs. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que son épouse fait également l'objet d'une mesure d'éloignement, dont la légalité est confirmée par un jugement n° 2407490 du même jour. Il n'est pas démontré que la cellule familiale ne pourrait se reconstituer en Algérie, où l'intéressé a vécu jusqu'à l'âge de trente ans et où ses enfants pourront poursuivre leur scolarité, le cas échéant au sein d'un établissement d'enseignement français. En outre, il n'est fait état d'aucun obstacle à ce que les membres de sa famille, avec lesquels il a vécu longtemps séparé, leur rendent visite en Algérie. Enfin, le requérant ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle particulière sur le territoire français en dépit de sa durée de présence en France, celui-ci s'étant au demeurant maintenu sur le territoire français en dépit d'une mesure d'éloignement prise à son encontre le 4 avril 2017. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 5° du 6 de l'accord franco-algérien doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée ne méconnaît pas l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ni n'est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation du requérant.

5. En deuxième lieu, compte tenu de la situation privée et familiale de M. C telle qu'exposée au point précédent, la préfète du Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de régulariser sa situation à titre exceptionnel. Par ailleurs, il ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Les moyens invoqués à l'encontre de la décision lui refusant un titre de séjour ayant été écartés, M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

7. Pour les mêmes motifs qu'exposés au point 4, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des articles 3-1 et 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

En ce qui concerne les décisions accordant un délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi :

8. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. C excipe en vain de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui des conclusions dirigées contre les décisions lui accordant un délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. M. C n'établissant pas que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait illégale, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, ne peut qu'être écartée.

10. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

11. Compte tenu de la situation privée et familiale de M. C telle que rappelée au point 4 et de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qu'il n'a pas exécutée le 4 avril 2017, la préfète du Rhône n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de six mois. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 juillet 2024. Par voie de conséquence, ne peuvent qu'être rejetées ses conclusions à fin d'injonction et celles à fin de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens dans les conditions prévues par les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Sabatier et à la préfète du Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 21 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Hervé Drouet, président,

M. François-Xavier Richard-Rendolet, premier conseiller,

Mme Océane Viotti, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 février 2025.

La rapporteure,

O. ViottiLe président,

H. Drouet

La greffière,

C. Chareyre

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2407491

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