vendredi 22 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2411208 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | NICOLAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 12 et 20 novembre 2024, Mme A C, représentée par Me Beligon, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 novembre 2024 par lequel la préfète du Rhône a décidé sa remise aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de l'admettre au séjour en France au titre de l'asile et, à tout le moins, de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter du jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;
- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen réel et sérieux ;
- la décision attaquée méconnaît l'article 12, 4°, paragraphe 2 du règlement (UE) n°604/2013 ;
- elle méconnaît les articles 17 et 31 du règlement (UE) n°604/2013 et elle est entachée à ce titre d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 novembre 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Jorda, conseillère, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 921-1, L. 921-2, L. 921-3, L. 921-4, L. 922-1 et L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jorda, conseillère ;
- les observations de Me Beligon, représentant Mme C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;
- les observations de Mme C, assistée par Mme B, interprète en langue portugaise, qui répond aux questions de la magistrate désignée ;
- la préfète du Rhône n'étant ni présente ni représentée.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, ressortissante angolaise née le 12 novembre 1991, a déclaré être entrée en France le 8 juin 2024. Par un arrêté du 6 novembre 2024, dont elle demande l'annulation, la préfète du Rhône a décidé sa remise aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. () ". Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre Etat membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application.
3. L'arrêté portant transfert aux autorités allemandes vise le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, mentionne les raisons pour lesquelles l'Allemagne a été identifiée comme l'État responsable de la demande d'asile de Mme C et examine les effets de la mesure au vu de la situation personnelle de l'intéressée. Ainsi, contrairement à ce que fait valoir la requérante, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation, qui ne se confond pas avec le bien-fondé, doit être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, la décision attaquée relève que, compte tenu de la situation personnelle de l'intéressée, les autorités belges ont été saisies, le 8 juillet 2024, sur le fondement de l'article 18 du règlement (UE) n°604/2013 précité puis que les autorités allemandes, saisies à leur tour, ont fait connaître leur accord explicite pour la réadmission de la requérante, en application de l'article 22 du même règlement. Dans ces conditions, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète du Rhône n'aurait pas sérieusement examiné la situation de la requérante. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 4 de l'article 12 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Si le demandeur est seulement titulaire d'un ou de plusieurs titres de séjour périmés depuis moins de deux ans ou d'un ou de plusieurs visas périmés depuis moins de six mois lui ayant effectivement permis d'entrer sur le territoire d'un État membre, les paragraphes 1, 2 et 3 sont applicables aussi longtemps que le demandeur n'a pas quitté le territoire des États membres. / Lorsque le demandeur est titulaire d'un ou plusieurs titres de séjour périmés depuis plus de deux ans ou d'un ou plusieurs visas périmés depuis plus de six mois lui ayant effectivement permis d'entrer sur le territoire d'un État membre et s'il n'a pas quitté le territoire des États membres, l'État membre dans lequel la demande de protection internationale est introduite est responsable ". Aux termes de l'article 18 du même règlement : " 1. L'Etat membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de : a) prendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 21, 22 et 29, le demandeur qui a introduit une demande dans un autre Etat membre ; b) de reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le demandeur dont la demande est en cours d'examen et qui a présenté une demande auprès d'un autre Etat membre () ". Aux termes de l'article 22 du même règlement : " 1. L'État membre requis procède aux vérifications nécessaires et statue sur la requête aux fins de prise en charge d'un demandeur dans un délai de deux mois à compter de la réception de la requête () ". L'article 25 de ce règlement énonce enfin que : " 1. L'État membre requis procède aux vérifications nécessaires et statue sur la requête aux fins de reprise en charge de la personne concernée aussi rapidement que possible et en tout état de cause dans un délai n'excédant pas un mois à compter de la date de réception de la requête. Lorsque la requête est fondée sur des données obtenues par le système Eurodac, ce délai est réduit à deux semaines () ".
6. La requérante soutient que la décision en litige méconnaît les dispositions de l'article 12 du règlement (UE) n°604/2013 susvisé dès lors que le visa, qui lui a été délivré par les autorités allemandes, est expiré depuis plus de six mois. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les autorités allemandes ont délivré à la requérante un visa, valable du 29 août au 27 septembre 2023, qui lui a permis d'entrer sur le territoire belge, où elle a effectué une demande d'asile, le 20 novembre 2023 ; que, par la suite, les autorités belges ont demandé aux autorités allemandes de prendre en charge l'intéressée et que cette demande a été acceptée le 19 janvier 2024, mais que Mme C ayant fui, le transfert entre la Belgique et l'Allemagne n'a pas pu être opéré de sorte que les délais de transferts ont été prolongés de dix-huit mois. Il ressort également des pièces du dossier que Mme C a effectué une demande d'asile en France, le 24 juin 2024, et que les autorités françaises, constatant la première demande d'asile effectuée en Belgique, ont saisi les autorités de ce pays, qui ont rejeté la demande de réadmission, le 12 juillet 2024, et ont renvoyé vers l'Allemagne et, enfin, que les autorités allemandes, ayant été saisies, ont fait connaître leur accord explicite pour la réadmission de Mme C, le 5 septembre 2024. Dans ces conditions, la circonstance que le visa délivré par les autorités allemandes soit expiré depuis plus de six mois lorsque Mme C a effectué sa demande d'asile en France le 24 juin 2024 est sans incidence dès lors que, la détermination de l'État membre en principe responsable de l'examen de la demande de protection internationale s'effectue une fois pour toutes lors de la première demande d'asile et au vu de la situation existant à cette date et que, en l'espèce, lors de sa première demande d'asile, effectuée le 20 novembre 2023 en Belgique, le visa de la requérante était expiré depuis moins de six mois. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
7. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 visé ci-dessus : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". La faculté ainsi laissée à chaque État membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en application des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Et aux termes de l'article 3.1 de la convention de New York relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
8. Si Mme C allègue avoir été contrainte de fuir son pays d'origine en raison du comportement violent et menaçant du père de son enfant, qui les expose à de graves sévices, et que celui-ci est parvenu à les retrouver en Allemagne et en Belgique, elle ne l'établit pas. De même, en se bornant à se prévaloir de la scolarité de son fils et de leur apprentissage de la langue française, la requérante, qui a déclaré être entrée sur le territoire national le 8 juin 2024, n'établit pas disposer d'une vie privée et familiale en France. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, Mme C ne peut se prévaloir d'aucun motif exceptionnel ou d'aucune circonstance humanitaire qui aurait justifié que la préfète du Rhône décide, à titre dérogatoire, d'examiner sa demande de protection internationale en application des dispositions précitées de l'article 17 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 susvisé. De même, elle n'est pas fondée à faire valoir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, en prenant la mesure de transfert litigieuse, cette autorité administrative n'a pas méconnu les dispositions précitées. Elle n'a pas davantage porté sur les circonstances de l'espèce une appréciation manifestement erronée. Pour les mêmes motifs, la décision en litige n'a méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
9. En cinquième lieu, Mme C, qui n'établit pas ni même n'allègue être elle-même affectée d'une pathologie particulière, ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article 31 du règlement (UE) n° 604/2013, qui sont relatives aux échanges d'information sur son état de santé.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Beligon et à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2024.
La magistrate désignée,
V. JordaLa greffière,
L. Bon-MardionLa République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Une greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026