jeudi 10 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2503309 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | MACIEJEWSKI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 mars 2025, M. A B, représenté par Me Maciejewski, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision implicite née du silence gardé par la préfète du Rhône sur sa demande, déposée le 21 avril 2023, de renouvellement de son titre de séjour pluriannuel mention " salarié " ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de réexaminer sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail dans l'attente du jugement au fond ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article l. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est présumée s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour ; sa situation professionnelle est fragilisée, et il risque de perdre son travail et de se retrouver dans l'incapacité de subvenir aux besoins de sa famille, alors que sa fille, âgée de quatre ans, suit des soins en raison de troubles de l'orthophonie et de la psychomotricité, pour la prise en charge desquels il doit justifier d'une situation régulière ;
- sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, les moyens suivants :
* la décision est entachée d'un défaut de motivation, malgré la demande de communication des motifs qu'il a adressée à la préfète ;
* la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen de sa situation, alors qu'il remplit les conditions de renouvellement de son titre de séjour.
Par un mémoire enregistré le 31 mars 2025, la préfète du Rhône a informé le tribunal qu'elle avait pris à l'encontre du requérant une décision de refus de séjour, en date du 27 mars 2025, assortie d'une obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire enregistré le 8 avril 2025, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie ; le requérant ne justifie pas des difficultés qu'il aurait rencontrées avec son employeur pendant l'instruction de sa demande ; il n'y a plus d'urgence dès lors qu'il a pris une décision expresse de rejet ;
- aucun des moyens n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
Vu les autres pièces du dossier et la requête enregistrée le 19 mars 2025 sous le n° 2503308 par laquelle M. B a demandé l'annulation de la décision implicite de rejet en litige, puis celle de la décision du 27 mars 2025 refusant de lui délivrer un titre de séjour.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Besse, président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Senoussi, greffière d'audience, M. Besse a lu son rapport, et entendu les observations de :
- Me Maciejewski, représentant M. B, qui a précisé qu'elle demandait désormais la suspension de la décision de refus de renouvellement de titre de séjour en date du 27 mars 2025, par les mêmes moyens que ceux soulevés contre la décision initiale ; elle a soutenu en outre que la préfète du Rhône a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en estimant que M. B représentait une menace pour l'ordre public, alors d'ailleurs qu'il a obtenu le relèvement de la mention de ses condamnations à son casier judiciaire ; que cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ; que ce refus méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, M. B vivant avec sa fille, qu'il accompagne notamment pour son suivi médical, alors que sa compagne et mère de l'enfant n'est pas en capacité actuellement d'héberger cette enfant, en raison de son état psychiatrique.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant malien né en 1999, a sollicité, le 21 avril 2023, le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle mention " salarié ", qui expirait le 17 juin 2023. Un refus implicite est né du silence gardé pendant quatre mois par la préfète du Rhône sur sa demande, auquel s'est substituée en cours d'instance une décision du 27 mars 2025, refusant de renouveler ce titre de séjour et obligeant l'intéressé à quitter le territoire français. M. B demande, dans le dernier état de ses écritures, de suspendre l'exécution de ce refus de renouvellement de titre de séjour, en '
Sur l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
3. D'une part, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier si la condition d'urgence est remplie compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe satisfaite dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait du titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. En l'espèce, M. B, qui séjournait régulièrement en France a demandé le renouvellement de son titre de séjour pluriannuel mention " salarié ". Il peut ainsi se prévaloir d'une présomption d'urgence. Si la préfète du Rhône soutient que le requérant ne justifie pas des difficultés qu'il aurait rencontrées avec son employeur lors de l'instruction de sa demande de titre de séjour, cette circonstance n'est pas de nature à renverser cette présomption, alors au demeurant que le refus explicite désormais contesté fait nécessairement obstacle à ce que M. B puisse continuer de poursuivre son activité salariée, qu'il exerce depuis 2019. Par suite, la condition d'urgence requise par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie.
5. D'autre part, en l'état de l'instruction, les moyens visés ci-dessus tiré de ce que la préfète du Rhône ne pouvait légalement fonder sa décision, sur le fondement des dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif que M. B représente une menace pour l'ordre public, et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
6. Les deux conditions posées par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision du 27 mars 2025 par laquelle la préfète du Rhône a refusé de renouveler le titre de séjour de M. B.
Sur l'injonction :
7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Rhône de délivrer à M. B, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, renouvelée jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa demande. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais du litige :
8. Il y lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros à verser à M. B au titre des frais non compris dans les dépens qu'il a exposés.
ORDONNE :
Article 1er : L'exécution de la décision du 27 mars 2025 par laquelle la préfète du Rhône a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par M. B est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de délivrer à M. B, dans le délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler renouvelée jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa demande.
Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, au ministre de l'intérieur et à la préfète du Rhône.
Fait à Lyon, le 10 avril 2025.
Le juge des référés,
T. Besse
La greffière,
A. Senoussi
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,