mardi 19 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-1907207 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CRUSOE |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n°1907207, les 11 avril 2019 et 21 mai 2021, Mme E B, Mme G H et M. D H, représentés par Me Crusoé, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner l'Etat à verser à Mme B la somme de 910 000 euros et à Mme G H et M. D H la somme de 50 000 euros chacun, portant intérêts à compter de la date de réception de la demande et avec capitalisation de ces intérêts, en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis du fait des conditions de leur logement de 2014 à 2017 ;
2°) d'ordonner, avant dire droit, une expertise médicale pour évaluer les conséquences que l'exposition aux nuisances ont occasionné sur leur état de santé, sur leur perspective professionnelle et sur leur vie personnelle, après évaluation du taux d'invalidité ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'administration a commis une faute tirée de son manquement à son obligation de sécurité, en méconnaissance de l'article 23 de la loi du 13 juillet 1983 et de l'article L. 4121-1 du code du travail ;
- elle a commis une faute en méconnaissant l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 ;
- elle a commis une faute en les logeant dans un logement indécent et insalubre ;
- le préjudice issu des conditions de vie dans un logement indécent et insalubre doit être estimé, pour Mme B, à hauteur de 300 000 euros, et pour chacun de ses enfants, à hauteur de 50 000 euros ;
- le préjudice issu des troubles dans les conditions d'existence et le préjudice d'agrément doivent être estimés, pour Mme B, à la somme globale de 100 000 euros ;
- le préjudice moral de Mme B doit être estimé à hauteur de 95 000 euros ;
- le préjudice financier issu de sa période de congés maladie doit être estimé à 75 000 euros ;
- le préjudice corporel de Mme B s'élève à 100 000 euros ;
- son préjudice de carrière s'élève à 150 000 euros ;
- son préjudice de retraite s'élève à 90 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 12 avril et 17 juin 2021, la ministre de la culture conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
II. Par une requête et des mémoires, enregistrés sous le n°2022071 les 24 décembre 2020, 31 mai 2021, 31 mars et 30 mai 2022, Mme E B, représentée par Me Crusoé, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 29 octobre 2020 par laquelle la ministre de la culture a décidé, à la suite de l'accident de service subi par Mme B, de fixer la date de consolidation au 28 octobre 2017 avec une reprise de travail, et le taux d'incapacité à 4 % ;
2°) d'ordonner, avant dire droit, une expertise médicale propre à évaluer les conséquences que l'exposition aux nuisances ont occasionné sur son état de santé et à évaluer si ses troubles sont consolidés et si le taux d'invalidité peut se limiter à 4 % ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'aucun représentant du personnel n'a participé à la séance au cours de laquelle sa situation a été évoquée par la commission de réforme ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation quant à la date de consolidation de son état de santé ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation quant à son taux d'invalidité.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 3 décembre 2021, 12 avril 2022 et 31 mai 2022, la ministre de la culture conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
III. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n°2125106, les 23 novembre et 26 décembre 2021, Mme E B, représentée par Me Crusoé, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 23 septembre 2021 par laquelle la ministre de la culture a rejeté sa demande d'allocation temporaire d'invalidité ;
2°) d'enjoindre à la ministre de la culture de faire droit à sa demande d'allocation temporaire d'invalidité, dans un délai d'un mois, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la décision du 23 septembre 2021 est illégale en raison de l'illégalité de celle du 29 octobre 2020, sur laquelle elle se fonde.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2022, la ministre de la culture conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête de Mme B est irrecevable, dès lors qu'elle conteste un courrier électronique à caractère informatif qui ne lui fait pas grief, et qu'elle n'a pas saisi l'administration d'une demande régulière et complète d'allocation temporaire d'invalidité ;
- le moyen soulevé par Mme B n'est pas fondé.
Deux mémoires ont été enregistrés pour Mme B le 1er juillet 2022 et n'ont pas été communiqués.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de la santé publique ;
- la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- le décret du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ;
- le décret n°86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires ;
- le décret n°2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de M. Abrahami, rapporteur public,
- et les observations de Me Crusoé, représentant Mme B, Mme G H et M. D H.
Des notes en délibéré, présentées pour Mme B et ses enfants, dans la requête n° 1907207, et pour Mme B dans les requêtes n° 2022071 et n° 2125106, ont été enregistrées le 18 juillet 2022.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 27 février 2014, Mme E B, titulaire du corps des techniciens des services culturels et des bâtiments de France, a été affectée, à compter du 14 mars 2014, au musée archéologique national et domaine national de Saint-Germain-en-Laye, rattaché à la direction générale du patrimoine du ministère de la culture et de la communication, en tant qu'adjointe au chef du service accueil surveillance et sécurité/sûreté des publics et du bâtiment. Dans le cadre de ses fonctions, elle a emménagé, avec ses enfants, Mme G et M. D H, dans un logement de fonction situé à l'intérieur du château de Saint-Germain-en-Laye. En septembre 2014, un important chantier de restauration a débuté au château. Le 5 janvier 2016, Mme B a déposé une déclaration de maladie professionnelle, en faisant valoir l'impact des nuisances dues aux travaux sur son état de santé. Le 6 septembre 2016, elle a été placée en congé pour maladie. La commission de réforme auprès de l'administration centrale, a émis, le 5 décembre 2016, un avis défavorable à la demande de reconnaissance de maladie professionnelle et un avis favorable à l'imputabilité au service de l'accident déclaré le 5 janvier 2016. Par une décision du 19 janvier 2017, la ministre de la culture et de la communication a suivi l'avis de la commission, sans retenir à ce stade de taux d'incapacité ni de date de consolidation. Mme B a formé une déclaration d'accident de travail le 4 mars 2017. Le 1er novembre 2017, Mme B a repris son service, en tant que cheffe de service du pôle accueil, surveillance et sécurité, au musée national Jean-Jacques Henner, à Paris. Le 19 décembre 2018, Mme B a notifié au ministère de la culture une demande indemnitaire, restée sans réponse. Une décision implicite de rejet est née le 19 février 2019. Par un arrêté du 25 mars 2019, le ministre de la culture a reconnu l'accident de service déclaré le 5 janvier 2016 comme imputable au service, et par un arrêté du 29 octobre 2020, il a fixé le taux d'incapacité de Mme B à 4 % et la date de consolidation au 28 octobre 2017. Par un courrier électronique du 23 septembre 2021, le ministère a répondu à une demande d'allocation temporaire d'invalidité de Mme B, en lui indiquant ne pas pouvoir à ce stade y donner une suite favorable. Par les présentes requêtes, Mme B et ses enfants sollicitent l'indemnisation des préjudices qu'ils estiment avoir subi du fait des nuisances provoquées par le chantier du château de Saint-Germain-en-Laye. Mme B demande également l'annulation des décisions par lesquelles le ministre de la culture a fixé le taux d'invalidité et la date de consolidation.
Sur la jonction :
2. Les requêtes susvisées n° 1907207, n° 2022071 et n° 2125106, présentées pour Mme B et ses enfants, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la responsabilité de l'Etat :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 23 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Des conditions d'hygiène et de sécurité de nature à préserver leur santé et leur intégrité physique sont assurés aux fonctionnaires durant leur travail ". Aux termes de l'article 2 du décret du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail : " Dans les collectivités et établissements mentionnés à l'article 1er, les locaux et installations de service doivent être aménagés, les équipements doivent être réalisés et maintenus de manière à garantir la sécurité des agents et des usagers. Les locaux doivent être tenus dans un état constant de propreté et présenter les conditions d'hygiène et de sécurité nécessaires à la santé des personnes. "
4. Il résulte de ces dispositions que les autorités administratives ont l'obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et morale de leurs agents.
5. Mme B soutient que le ministre de la culture a manqué à son obligation de sécurité et de protection de ses agents, dès lors qu'il n'a mis en œuvre que tardivement et insuffisamment les aménagements de son logement de fonction nécessaires pour la protéger, ses enfants et elle-même, des nuisances sonores et sanitaires résultant des travaux au château de Saint-Germain-en-Laye, d'août 2014 à octobre 2017, nuisances dont il avait connaissance. Elle soutient en particulier que ses demandes concernant la réalisation de travaux d'isolation phonique et d'étanchéité des fenêtres de son appartement n'ont pas été suivies d'effet, que le médecin de prévention, saisi à plusieurs reprises les 8 juillet 2015, 24 septembre 2015 et 13 janvier 2016, n'a préconisé que l'acquisition de bouchons d'oreille, et que ses demandes de relogement n'ont été examinées, sans succès, qu'à partir de mars 2017. Elle fait valoir que, du fait de ces circonstances, elle a subi des crises de rhinite allergique en raison des poussières du chantier, à partir de juin 2015, ainsi que des troubles auditifs persistants reconnus en juin 2015, et qu'elle a dû prendre un congé maladie à partir du 6 septembre 2016.
6. D'une part, il résulte de l'instruction que les travaux affectant directement le logement de Mme B ont été regroupés dans le temps afin de réduire leur nuisance immédiate pour les occupants de l'appartement de fonction, notamment en ce qui concerne les travaux sur ses fenêtres en février et août 2015. Les signalements de Mme B relatifs à des infiltrations d'eau, en août 2015, ont été immédiatement suivis de consignes délivrées par l'administration aux entreprises chargées du chantier pour y remédier, en indiquant que la présence du logement de fonction imposait des précautions particulières. En septembre 2015, à la suite de nouvelles infiltrations, un test à l'eau a été programmé avec l'architecte, et en mars 2016, une expertise a été réalisée pour identifier les dommages. Enfin, il résulte de l'instruction que l'administration a proposé à Mme B plusieurs visites de logements alternatifs à partir de mars 2017, alors que l'intéressée n'établit pas qu'elle aurait sollicité un relogement antérieurement à cette période. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'administration n'aurait pas pris de mesures pour limiter les nuisances causées par le chantier.
7. D'autre part, s'il est constant que la pose de double vitrage sur les fenêtres de l'appartement de fonction, sollicitée par Mme B, n'a jamais été réalisée, il résulte de l'instruction que des travaux y ont été réalisés pour calfeutrer ces fenêtres le 3 août 2015. En outre, l'administration a procédé à l'achat d'un casque de réduction de bruit dès le lendemain de la demande formulée par Mme B, le 22 janvier 2015, et a équipé l'ensemble des agents du musée de bouchons d'oreille, alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que les horaires des travaux auraient causé des nuisances sonores en dehors de ses périodes d'activité. Mme B n'établit pas, par les pièces qu'elle produit, que les nuisances qu'elle subissait excédaient les conséquences normales produites par un chantier de cette ampleur et nécessitaient des mesures supplémentaires à celles qui ont été prises, alors que le médecin de prévention, qui, ainsi qu'il a été dit, a examiné Mme B à plusieurs reprises pendant cette période, a seulement recommandé l'acquisition de bouchons d'oreille. Enfin, le rapport d'expertise médicale réalisé le 15 novembre 2016 par un médecin agréé du ministère de la culture a conclu que la pathologie subie par Mme B " n'est pas en lien avec son activité professionnelle " et qu'au demeurant, à cette date, " il n'est pas retrouvé au niveau de la meilleure oreille un déficit d'au moins 35 dB ". Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à soutenir que le ministre de la culture aurait, dans ces circonstances, manqué à son obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer sa sécurité et protéger sa santé physique et morale.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'évaluation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. Est passible d'une sanction disciplinaire tout agent ayant procédé ou ayant enjoint de procéder aux agissements définis ci-dessus. ".
9. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements, dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral, revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral.
10. En l'espèce, Mme B se borne à soutenir que l'administration n'a, à ses yeux, mis en œuvre aucune action pour protéger son état de santé. Toutefois, d'une part, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que l'administration a mis en œuvre une série d'actions pour tenir compte de la situation de Mme B et alléger les nuisances causées par le chantier du château. D'autre part, et en tout état de cause, les circonstances alléguées par Mme B ne peuvent être regardées comme des agissements répétés permettant de présumer l'existence d'un harcèlement moral.
11. En troisième lieu, aux termes de l'article 2 du décret n°2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent : " Le logement doit satisfaire aux conditions suivantes, au regard de la sécurité physique et de la santé des locataires : () 2. () Les portes et fenêtres du logement ainsi que les murs et parois de ce logement donnant sur l'extérieur ou des locaux non chauffés présentent une étanchéité à l'air suffisante. () 6. Les dispositifs d'ouverture et de ventilation des logements permettent un renouvellement de l'air adapté aux besoins d'une occupation normale du logement et au fonctionnement des équipements ".
12. Mme B soutient que l'administration a commis une faute en la logeant avec ses enfants dans un logement indécent et insalubre, au sens de ces dispositions. Elle fait valoir que le logement a connu, pendant la majeure partie de sa présence dans celui-ci, d'importants désordres liés à des infiltrations d'eau, à des problèmes d'isolation thermique et phonique, ainsi qu'à des infiltrations de poussières du chantier. Il résulte de l'instruction qu'un rapport d'expertise, réalisé le 25 janvier 2016 pour l'assureur de l'une des entreprises du chantier, en présence de représentants de l'administration et de Mme B, a retrouvé, dans la première chambre du logement, des traces de coulures sèches sur le mur ainsi que des traces de salpêtre sur les voûtes en briques situées à l'aplomb du chemin de ronde, tout en constatant que " les peintures sont dans un très bon état général ", tandis que les traces de coulures sèches constatées dans le reste de l'appartement ne constituaient pas des infiltrations. Il résulte également de l'instruction que des travaux de rénovation ont eu lieu dans cet appartement en 2014 et 2015, que les fenêtres du logement ont été calfeutrées pour prévenir l'infiltration de poussières au début des travaux litigieux, et qu'après le départ de Mme B, il a été reconverti, sans travaux supplémentaires, en bureaux accueillant les conservateurs. Dans ces conditions, Mme B n'apporte pas d'éléments suffisants pour établir que le logement dans lequel elle a été logée de 2014 à 2017 présentait un caractère indécent ou insalubre, au sens des dispositions précitées, susceptible d'engager la responsabilité de l'administration.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées pour Mme B et ses enfants doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 29 octobre 2020 :
14. En premier lieu, l'absence des représentants du personnel à la réunion du 7 septembre 2020 de la commission de réforme ministérielle n'est pas à elle seule de nature à entacher la procédure d'irrégularité, dès lors qu'il n'est ni établi ni même allégué par Mme B que cette commission n'aurait pas siégé dans les conditions fixées par le premier alinéa de l'article 19 du décret du 14 mars 1986 susvisé, en vertu duquel elle ne peut délibérer valablement que si la majorité absolue des membres en exercice assiste à la séance.
15. En deuxième lieu, la décision du 29 octobre 2020 par laquelle la ministre de la culture a décidé, à la suite de l'accident de service subi par Mme B, de fixer la date de consolidation au 28 octobre 2017, avec une reprise de travail et le taux d'incapacité à 4 %, a été signée par M. F C, attaché principal d'administration, chef du bureau de la filière technique et des métiers d'art, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature par décision du 11 septembre 2020, publiée au Journal Officiel le 13 septembre 2020. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
16. En troisième lieu, la décision attaquée comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, et vise l'avis de la commission de réforme du 7 septembre 2020. Elle est, par suite, suffisamment motivée.
17. En quatrième lieu, Mme B soutient que la décision attaquée, qui retient pour date de consolidation le 28 octobre 2017 et qui fixe le taux d'incapacité à 4 %, est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que son état de santé ne justifiait pas que cette date de consolidation ainsi qu'un taux d'incapacité aussi bas soient retenus. Elle produit, à l'appui de ses allégations, des résultats d'audiogrammes obtenus entre le 30 juin 2015 et le 11 décembre 2020, attestant de l'évolution de sa pathologie auditive. Toutefois, d'une part, il résulte de l'instruction que la commission de réforme a fixé la date de consolidation au 28 octobre 2017 pour tenir compte d'une durée suffisante d'un an après la cessation de l'exposition de Mme B aux nuisances sonores du chantier, à partir de son arrêt de travail de septembre 2016. D'autre part, les audiogrammes que Mme B produit, s'ils établissent une perte de capacité auditive à partir de 2019, n'établissent pas, à eux seuls, que cette évolution serait en lien direct et certain avec l'accident du travail déclaré le 5 janvier 2016, alors que la situation de nuisances sonores décrite par Mme B a cessé en 2016. Si Mme B produit un certificat médical du 12 janvier 2021 indiquant que la date de consolidation, au vu de l'audiogramme du 11 décembre 2020, devrait être fixée au 18 mai 2019, cette pièce est en tout état de cause postérieure à l'avis de la commission de réforme du 7 septembre 2020 et à la décision litigieuse. Enfin, Mme B ne produit pas d'éléments permettant de remettre en cause l'appréciation portée par la commission de réforme sur le taux d'incapacité, fixé à 4%. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision du 29 octobre 2020 est entachée d'erreur d'appréciation.
18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 29 octobre 2020 doivent être rejetées.
Sur la demande d'expertise avant dire-droit :
19. Ainsi qu'il a été dit au point 17, Mme B n'établit pas que la décision du 29 octobre 2020, qui retient pour date de consolidation le 28 octobre 2017 et qui fixe le taux d'incapacité à 4 %, est entachée d'une erreur d'appréciation. Elle n'apporte pas d'éléments de nature à remettre en cause l'avis rendu par la commission de réforme. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de faire droit à ses conclusions sollicitant la réalisation d'une expertise avant dire-droit.
Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense contre les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 23 septembre 2021 ;
20. Mme B sollicite l'annulation de la décision du 23 septembre 2021 par laquelle le ministère de la culture a rejeté sa demande d'allocation temporaire d'invalidité. Toutefois, le courrier électronique du 23 septembre 2021 ne constitue pas une décision susceptible de recours, dès lors qu'il s'est borné à informer Mme B que sa demande ne pouvait, " à ce stade ", recevoir une suite favorable, qu'elle devait être complétée par le questionnaire médical relatif à l'allocation temporaire d'invalidité rempli par un médecin agréé, que la décision ne pourrait intervenir qu'après la décision du tribunal sur la légalité de la décision du 29 octobre 2020 et qu'il venait en réponse à un courrier de Mme B du 17 septembre 2021 qui demandait des informations supplémentaires au sujet des documents à fournir pour remplir une demande d'allocation temporaire d'invalidité. Par suite, la fin de non-recevoir soulevée par le ministère de la culture doit être accueillie.
21. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes n° 1907207, n° 2022071 et n° 2125106 doivent être rejetées en toutes leurs conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 1907207, n° 2022071 et n° 2125106 sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B, à Mme G H, à M. D H et à la ministre de la culture.
Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Versol, présidente,
Mme Troalen, première conseillère,
M. Doan, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2022.
Le rapporteur,
R. A
La présidente,
F. Versol Le greffier,
A. Lemieux
La République mande et ordonne à la ministre de la culture, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 1907207, 2022071, 2125106/6-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026