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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2005904

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2005904

vendredi 4 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2005904
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4e Section - 3e Chambre
Avocat requérantFERRACCI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 27 mars 2020, le 3 février, le 25 mai et le 30 août 2021, le syndicat des copropriétaires de l'immeuble sis 16 rue Paul Valéry, représenté par Me Ferracci, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération n° 2019 DU 110 par laquelle le Conseil de Paris dans sa séance des 1er, 2, 3 et 4 octobre 2019 a désigné le projet " Chai Subaquatique ", porté par Winereef, renommé la société extraordinaire des réservoirs de Passy (SERP), lauréat de l'appel à projets urbains innovants " C 2 " sur le site " Réservoirs de Passy " situé 26, rue Copernic dans le 16ème arrondissement, approuvé la division en volumes de l'ensemble immobilier situé 54 à 60, rue Lauriston, 18, 26 et 34/A, rue de Copernic et 15, rue Paul Valéry dans le 16ème arrondissement, sur la base du projet d'état descriptif de division de volumes (EDDV) identifiant notamment le volume n°1 destiné à faire l'objet d'un transfert de droits réels au lauréat pour réaliser son projet, et autorisé la maire de Paris à signer cette division, constaté la désaffectation et prononcé le déclassement du volume n° 1 y compris sous voirie, autorisé la maire de Paris à signer une promesse de bail à construction ainsi qu'un bail à construction portant sur le volume n° 1, autorisé la constitution de toutes servitudes nécessaires dans le cadre de l'EDDV, autorisé le dépôt par la SERP de toutes demandes d'autorisations administratives notamment d'urbanisme nécessaires à la réalisation du projet "Chai Subaquatique " ainsi qu'effectuer ou faire effectuer tous les diagnostics, sondages et études préalables nécessaires et autorisé le comptable public à passer les écritures d'ordre non budgétaires de réintégration dans le patrimoine de la ville des biens figurant dans l'annexe 1, correspondant au volume n° 1, actuellement affecté à Eau de Paris, ensemble la décision de la maire de la ville de Paris rejetant le recours gracieux.

2°) de mettre à la charge de la ville de Paris la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a la capacité et un intérêt lui donnant qualité pour agir en justice ; la réalisation du projet retenu génèrera des nuisances sonores et portera atteinte à la sécurité de l'immeuble ;

- les modalités de convocation des conseillers municipaux sont irrégulières ;

- les dispositions de l'article L. 2121-17 du code général des collectivités territoriale en l'absence de quorum ;

- le déclassement est illégal dès lors que le bassin est encore affecté au service public de lutte contre l'incendie ;

- la délibération est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle procède au déclassement d'un élément indissociable du domaine public ;

- le déclassement est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un détournement de pouvoir en satisfaisant un intérêt privé ;

- la délibération est illégale en ce qu'elle autorise la conclusion d'un contrat de droit privé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2021, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que la requête est irrecevable pour défaut d'intérêt donnant qualité à agir et qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme de Schotten, rapporteure publique,

- et les observations de Me Ferracci, avocat du syndicat des copropriétaires de l'immeuble sus 16 rue Paul Valéry.

Considérant ce qui suit :

1. La ville de Paris est propriétaire des réservoirs de Passy situés au sud de la place de l'Etoile, à l'angle du 26, rue Copernic, des 54 à 60, rue Lauriston et du 15, rue Paul Valéry sur une parcelle cadastrée section FE n° 66. Un appel à projets urbains innovants " Les dessous de Paris " dit " C 2 " a été lancé le 23 mai 2017 par la ville de Paris. Parmi les sites concernés par cet appel à projet figurent les bassins Villejust et la réserve incendie du site des réservoirs de Passy. Par une délibération n° 2019 DU 110, le Conseil de Paris, dans sa séance des 1er, 2, 3 et 4 octobre 2019, a désigné le projet " Chai Subaquatique ", porté par Winereef, renommé la société extraordinaire des réservoirs de Passy (SERP), lauréat de l'appel à projets urbains innovants " C 2 " sur le site " Réservoirs de Passy " situé 26, rue Copernic dans le 16ème arrondissement, approuvé la division en volumes de l'ensemble immobilier situé 54 à 60, rue Lauriston, 18, 26 et 34/A, rue de Copernic et 15, rue Paul Valéry dans le 16ème arrondissement de Paris sur la base du projet d'état descriptif de division de volumes (EDDV) identifiant notamment le volume n° 1 destiné à faire l'objet d'un transfert de droits réels au lauréat pour réaliser son projet et autorisé la maire de Paris à signer cette division, constaté la désaffectation et prononcé le déclassement du volume n° 1, autorisé la maire de Paris à signer une promesse de bail à construction ainsi qu'un bail à construction portant sur le volume n° 1, autorisé la constitution de toutes servitudes nécessaires dans le cadre de l'EDDV, de toutes demandes d'autorisations administratives notamment d'urbanisme nécessaires à la réalisation du projet " Chai Subaquatique " et de tous les diagnostics, sondages et études préalables nécessaires et autorisé le comptable public à passer les écritures d'ordre non budgétaires de réintégration dans le patrimoine de la ville des biens figurant dans l'annexe 1, correspondant au volume n° 1, actuellement affecté à Eau de Paris. Le syndicat des copropriétaires de l'immeuble sis rue Paul Valéry demande au tribunal d'annuler, notamment, cette délibération.

2. Aux termes de l'article 14 de la loi du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis : " La collectivité des copropriétaires est constituée en un syndicat qui a la personnalité civile. / () Il a pour objet la conservation et l'amélioration de l'immeuble ainsi que l'administration des parties communes. () ". Par la délibération attaquée, le conseil de Paris a principalement désigné le lauréat d'un projet urbain sur le site " Réservoirs de Passy " et a prononcé le déclassement du volume n° 1 de ce site mais n'a pas octroyé une autorisation d'urbanisme et ne porte pas davantage sur la signature du bail à construction que cette délibération autorise la maire de Paris à signer au profit du lauréat du projet. Elle constitue essentiellement une autorisation d'occupation, après déclassement, d'une dépendance du domaine privé de la Ville de Paris pour la réalisation d'un projet innovant de nature culturel et, ne prévoyant elle-même aucune construction nouvelle ou modification du site sur lequel sera mis en œuvre le projet en cause, n'est ainsi pas susceptible de porter une quelconque atteinte aux intérêts du syndicat requérant que son objet, limitativement décrit par les dispositions de l'article 14 de la loi du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis, lui donne vocation à défendre.

3. En tout état de cause, pour justifier son intérêt à agir contre la délibération attaquée, le syndicat requérant fait valoir qu'elle autorise la réalisation d'un projet qui engendrera des nuisances sonores, une augmentation de la circulation et portera atteinte à la sécurité de l'immeuble. Toutefois, d'une part, le projet du lauréat consiste en la création d'un chai subaquatique, un lieu de convivialité, un espace gastronomique et un espace multimodal ainsi qu'un potager et une serre inaccessibles au public sur le site des réservoirs de Passy, dans le 16ème arrondissement de Paris, et ne sera pas susceptible, en tant que tel, d'engendrer des nuisances sonores de nature à incommoder le voisinage, les seuls espaces extérieurs prévus par le projet n'étant pas accessibles au public. D'autre part, compte tenu de l'ampleur limitée du projet et de son insertion dans un quartier parisien déjà fréquenté, l'augmentation de la circulation dans la rue évoquée par le syndicat requérant ne peut être regardée comme susceptible d'être significative et de nature à établir qu'il serait porté à un intérêt du syndicat une atteinte lui donnant qualité pour agir contre la délibération attaquée. Enfin, le risque d'atteinte à la sécurité des immeubles engendré par le déclassement autorisé par la délibération n'est pas établi. Au contraire, il ressort du projet de bail à construction annexé à la délibération, et notamment de son point 25, que toutes les précautions ont été prises pour assurer l'entretien du site par le lauréat sous la surveillance de la Ville de Paris et prévoit un mécanisme permettant à cette dernière de faire effectuer les travaux aux entiers frais, risques et périls du preneur en cas de carence. Par ailleurs, si le syndicat requérant affirme que le projet implique la réalisation de travaux d'ampleur ayant un impact sur les fondations de l'ensemble des bassins, la délibération n'autorise pas de tels travaux qui devront faire, en vertu de la délibération litigieuse elle-même, le cas échéant, l'objet d'une autorisation d'urbanisme.

4. Il résulte de ce qui précède que, au regard de l'objet des syndicats des copropriétaires, qui se limite à la conservation et à l'amélioration de l'immeuble ainsi qu'à l'administration des parties communes et alors que la délibération attaquée n'est pas de nature à porter atteinte à un des intérêts que ce syndicat est chargé de défendre et ainsi il ne justifie, par ses écritures, d'aucun intérêt direct et certain lui donnant qualité pour agir contre cette délibération. Par suite, sa requête doit être rejetée comme irrecevable.

D E C I D E :

Article 1er : La requête du syndicat des copropriétaires de l'immeuble du 16 rue Paul Valéry est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié au syndicat des copropriétaires de l'immeuble du 16 rue Paul Valéry et à la Ville de Paris.

Délibéré après l'audience du 14 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Simonnot, président,

Mme Voillemot, première conseillère,

M. Paret, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2022.

La rapporteure,

C. B Le président,

J-F. SIMONNOT

La greffière,

S. RAHMOUNI

La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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