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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2007537

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2007537

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2007537
TypeDécision
PublicationC+
Formation3e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET COLIN-STOCLET

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I°) Par une requête n° 2007537, enregistrée le 27 mai 2020, et un mémoire, enregistré le 18 janvier 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la commune d'Antony, représentée par la SAS Boulloche, Colin et Stoclet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'avis de sommes à payer n° 2020-6-10 du 26 février 2020 émis par le Syndicat Mixte Autolib' Vélib' Métropole (SMAVM) pour avoir paiement de la créance de 9 200 euros correspondant à la contribution de fonctionnement Autolib' de l'année 2020 des collectivités membres ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer la somme de 9 200 euros ;

3°) de mettre à la charge du SMAVM une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la base imposable est erronée et n'est pas suffisamment motivée ;

- l'avis des sommes à payer est illégal dès lors qu'il est fondé sur la délibération n° 2019-35 du 12 décembre 2019 reportée au 19 décembre 2019 du SMAVM portant approbation du montant des contributions 20120 au Syndicat, elle-même fondée sur la délibération du Syndicat n° 2018-18 du 21 juin 2018 portant constat de la résiliation de la convention de délégation de service public conclue le 25 février 2011 entre le SMAVM et la SAS Autolib', dont l'article 63 est illicite ;

- il méconnaît le principe d'exclusivité ;

- il méconnaît l'article L. 2224-2 du code général des collectivités territoriales.

Par des mémoires en défense, enregistrsé le 16 décembre 2020 et le 22 novembre 2023 ce dernier n'ayant pas été communiqué, le SMAVM conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la commune d'Antony au titre des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Commune d'Antony ne sont pas fondés.

II°) Par une requête n° 2104812 enregistré le 11 février 2021, et un mémoire enregistré le 18 janvier 2024 ce dernier n'ayant pas été communiqué, qui n'a pas été communiqué, la commune d'Antony, représentée par SAS Boulloche, Colin et Stoclet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération n° 2020-35 du 11 décembre 2020 portant modification des contributions des collectivités membres pour 2020 au SMAVM ;

2°) de mettre à la charge du SMAVM une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la délibération est illégale car elle est fondée sur la délibération 2018-18 du 21 juin 2018 portant constat de la résiliation de la convention de délégation de service public conclue le

25 février 2011 entre le SMAVM et la SAS Autolib', dont l'article 63 est illicite ;

- elle méconnaît le principe d'exclusivité ;

- elle méconnaît l'article L. 2224-2 du code général des collectivités territoriales ;

- elle institue sous forme de libéralité illégale une contribution complémentaire à la charge des communes membres du fait de la résiliation de la concession.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 29 mai 2021 et le 22 décembre 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, le SMAVM conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la commune d'Antony au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Commune d'Antony ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 16 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 31 mars 2023 à

12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Merino,

- les conclusions de Mme Noémie Beugelmans-Lagane, rapporteure publique,

- et les observations de Me Boulloche, représentant la commune d'Antony, et de

Me Amblard, représentant le SMAVM.

Une note en délibéré présentée pour le SMAVM a été enregistrée le 25 janvier 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Par une convention de délégation de service public signée le 25 février 2011, le syndicat mixte Autolib' et Vélib' Métropole (SMAVM), dont la commune d'Antony est membre, a confié à la société Autolib' la mise en place, la gestion et l'entretien d'un service d'automobiles électriques en libre-service et d'une infrastructure de recharge de véhicules électriques, pour une durée de 12 ans. La société Autolib', par un courrier du 25 mai 2018, a notifié au SMAVM l'absence d'intérêt économique de la concession et a demandé le versement de la compensation financière qu'elle estime lui être due, sur le fondement de l'article 63.2.2 de la convention précitée, à hauteur de 233,7 millions d'euros. Par une délibération n° 2018-18 du 21 juin 2018, le SMAVM a pris acte de la résiliation pour absence d'intérêt économique de la convention de délégation de service public.

2. Par des délibérations budgétaires successives couvrant les années 2018 à 2023, le SMAVM a tiré les conséquences de la résiliation de la convention et fixé pour chacune des collectivités membres une contribution complémentaire par année budgétaire au budget Autolib'.

3. S'agissant de l'année 2020, par une délibération n° 2019-35 du 12 décembre 2019, le comité syndical a approuvé les montants des contributions des collectivités membres au budget principal du syndicat en les fixant, en son article 1er, à 2 300 euros pour le fonctionnement du syndicat et à 3 600 euros pour la couverture des provisions, soit un montant total de 5 900 euros par station arrêtée au 25 juin 2018. En exécution de ces dispositions, le syndicat a émis à l'encontre de la commune d'Antony le 26 février 2020 un avis des sommes à payer d'un montant de 9 200 euros. Puis, par une délibération n° 2020-35 du 11 décembre 2020, le comité syndical, à l'article 1er, a abaissé le montant des contributions en les portant à 1 550 euros pour le fonctionnement du syndicat et à 3 600 euros pour la couverture des provisions, soit un montant total de 5 150 euros par station arrêtée au 25 juin 2018.

4. Par les requêtes, n° 2007537 et n° 2104812, la commune d'Antony demande, respectivement, l'annulation de l'avis des sommes à payer du 26 février 2020 et la décharge de l'obligation de payer correspondante, ainsi que l'annulation de la délibération n° 2020-35 du 11 décembre 2020.

Sur la jonction :

5. Les requêtes de la commune d'Antony présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a dès lors lieu d'y statuer par un même jugement.

Sur les conclusions en annulation et en décharge de l'obligation de payer :

Les principes applicables :

6. D'une part, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. S'agissant d'un acte réglementaire, une telle exception peut être formée à toute époque, même après l'expiration du délai du recours contentieux contre cet acte. S'agissant d'un acte non réglementaire, l'exception n'est, en revanche, recevable que si l'acte n'est pas devenu définitif à la date à laquelle elle est invoquée, sauf dans le cas où l'acte et la décision ultérieure constituant les éléments d'une même opération complexe, l'illégalité dont l'acte serait entaché peut être invoquée en dépit du caractère définitif de cet acte.

7. D'autre part, le cocontractant lié à une personne publique par un contrat administratif est tenu d'en assurer l'exécution, sauf en cas de force majeure, et ne peut notamment pas se prévaloir des manquements ou défaillances de l'administration pour se soustraire à ses propres obligations contractuelles ou prendre l'initiative de résilier unilatéralement le contrat. Il est toutefois loisible aux parties de prévoir dans un contrat qui n'a pas pour objet l'exécution même du service public les conditions auxquelles le cocontractant de la personne publique peut résilier le contrat en cas de méconnaissance par cette dernière de ses obligations contractuelles. Cependant, le cocontractant ne peut procéder à la résiliation sans avoir mis à même, au préalable, la personne publique de s'opposer à la rupture des relations contractuelles pour un motif d'intérêt général, tiré notamment des exigences du service public. Lorsqu'un motif d'intérêt général lui est opposé, le cocontractant doit poursuivre l'exécution du contrat. Un manquement de sa part à cette obligation est de nature à entraîner la résiliation du contrat à ses torts exclusifs. Il est toutefois loisible au cocontractant de contester devant le juge le motif d'intérêt général qui lui est opposé afin d'obtenir la résiliation du contrat.

Analyse :

En ce qui concerne la légalité de l'avis des sommes à payer du 26 février 2020 :

8. D'une part, la délibération du comité syndical du SMAVM n° 2019-35 du 12 décembre 2019 portant " approbation des montants des contributions 2020 au Syndicat " est motivée en ces termes : " S'agissant du budget principal, le syndicat a résilié depuis le 25 juin 2018 la délégation de service public qu'il avait avec la société Autolib'. Afin de couvrir les dépenses récurrentes (remboursement d'emprunt, charges de fonctionnement du syndicat), et les provisions, il est proposé aux membres du syndicat, une contribution en 2020 d'un montant de 5 900 euros par station (2 300 euros pour le fonctionnement et 3 600 euros pour les prévisions () ". Aux termes de l'article 1er de cette délibération budgétaire, à caractère non réglementaire, qui met à la charge des membres du syndicat un supplément de contribution au budget principal Autolib' pour 2020 dont il n'est pas établi qu'il servirait à couvrir des dépenses supplémentaires sans rapport avec celles résultant de la résiliation de la délégation de service public, le montant de cette contribution a été fixé pour chacune des collectivités membres à 5 900 euros par station ouverte au 25 juin 2018. Ainsi, l'avis des sommes à payer en litige qui a pour objet la " contribution fonctionnement Autolib' 2020 selon délibération 2019-35 du 19 décembre 2019 " est la conséquence inéluctable de l'article 1er de cette délibération budgétaire, ces deux actes formant ensemble une opération complexe.

9. D'autre part, la délibération n° 2019-35 du 14 décembre 2018 précitée vise la délibération du comité syndical n° 2018-18 du 21 juin 2018 qui constate la résiliation, au 25 juin 2018, de la convention de délégation de service public conclue entre le Syndicat Autolib' et la société Autolib' le 25 février 2011, en exécution de son article 63.3, dont elle n'est pas détachable.

10. Or, aux termes de l'article 63 du contrat de concession, ce dernier peut être résilié pour absence d'intérêt économique. L'article 63.1 du contrat stipule que " Si malgré tous les efforts du concessionnaire qui assure le Service Public Autolib' conformément aux dispositions de la convention, et en l'absence de manquement grave de ce dernier, les comptes du concessionnaire font apparaître, en raison notamment de l'aléa commercial, des pertes d'une ampleur exceptionnelle sans que le Plan d'Affaire Actualisé ne prévoit de perspective d'amélioration, la concession sera considérée comme ne présentant pas d'intérêt économique ". L'article 63.2.1 stipule : " Les Parties conviennent que la Concession ne présente pas d'intérêt économique lorsque le Plan d'Affaires Actualisé ne permet pas de constater le retour à un montant de pertes inférieur à SOIXANTE (60) millions d'euros au terme de la Concession ". L'article 63.2.2 intitulé " Notification d'un défaut d'intérêt économique ", stipule que : " Le Concessionnaire notifiera cette situation au Concédant. Ce dernier s'engage alors à procéder, dans un délai de trois (3) mois à compter de ladite notification, au versement d'une compensation financière correspondant à la différence entre le résultat net cumulé négatif jusqu'au terme de la Concession tel que prévu dans le Plan d'Affaires Actualisé et le montant de SOIXANTE (60) millions d'euros de pertes, le solde de cette différence étant divisé par le nombre d'année de la Concession restant à courir et versé chaque année au Concessionnaire par le Concédant ". L'article 63-3 stipule que : " Si le Concédant ne souhaite pas verser les compensations spécifiées à l'article 63.2.2, et après un délai d'un mois à compter de la réception par le Concédant de la notification prévue à l'article 63.2.2 faite par le Concessionnaire ou, le cas échéant, de l'avis du Comité de Conciliation prévu à l'article 63.2.5, les Parties conviennent que la Concession sera résiliée à cette date, et le régime d'indemnisation de l'article 61 s'appliquera ".

11. Ainsi, l'article 63 du contrat de concession prévoit une résiliation de ce dernier au profit de la société Autolib' en raison de l'inexécution par le syndicat Autolib' de son engagement contractuel stipulé à l'article 63.2.2 de procéder au versement d'une compensation financière passé le délai de trois mois suivant la notification par Autolib' de l'absence d'intérêt économique du contrat, correspondant à la différence entre le résultat net cumulé négatif jusqu'au terme de la Concession tel que prévu dans le Plan d'Affaires Actualisé et le montant de 60 millions d'euros de pertes qu'Autolib' s'est engagée contractuellement à supporter. Or, dès lors que le contrat a pour objet l'exécution même d'un service public, cette clause de résiliation du contrat pour défaut d'intérêt économique, au profit d'Autolib' est entachée de nullité.

12. Il suit de là que la délibération du comité syndical du 21 juin 2018 qui constate la résiliation de la convention de délégation de service public en exécution de l'article 63.3 qui est entaché de nullité est, par voie de conséquence, elle-même entachée d'illégalité et doit être écartée dans son application. Dès lors, la délibération n° 2019-35 du 12 décembre 2019 est dépourvue de base légale et la commune d'Antony est fondée à exciper de son illégalité à l'appui de la contestation de l'avis des sommes à payer en litige.

13. Il suit de là que la commune d'Antony est fondée à demander l'annulation de l'avis des sommes à payer du 26 février 2020 et la décharge de l'obligation de payer correspondant, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête n° 2007537.

En ce qui concerne la légalité de la délibération n° 2020-35 du 11 décembre 2020 :

14. Il résulte des motifs énoncés ci-dessus que l'article 1er de la délibération n° 2020-35 du 11 décembre 2020 qui abaisse le montant des contributions des collectivités membres telles que fixées par l'article 1er de la délibération n° 2019-35 du 12 décembre 2019 est entaché d'illégalité.

15. La commune d'Antony est dès lors fondée à demander l'annulation de cette délibération, en tant seulement, d'une part, qu'elle fixe, en son article 1er le montant des contributions 2020 pour l'exercice de la compétence Autolib' du syndicat et, d'autre part, qu'elle fixe, au sein de cet article, la fraction du complément de contribution supportée par la commune d'Antony. Il y a lieu d'en prononcer l'annulation sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés à l'appui de la requête n° 2104812.

Sur les frais liés à l'instance :

16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge du syndicat Autolib' la somme de 2 500 euros que la commune d'Antony réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

17. En revanche, les dispositions précitées font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Antony la somme que le SMAVM réclame au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : L'avis des sommes à payer n° 2020-6-10 du 26 février 2020 d'un montant de 9 200 euros émis par le SMAVM à l'encontre de la commune d'Antony est annulé.

Article 2 : La commune d'Antony est déchargée de l'obligation de payer la somme de 9 200 euros correspondant à l'avis des sommes à payer du 26 février 2020.

Article 3 : L'article 1er de la délibération n° 2020-35 du 11 décembre 2020 du comité syndical du SMAVM modifiant les montants des contributions des membres du syndicat au titre de 2020 pour l'exercice de la compétence Autolib' du syndicat est annulé en tant qu'il fixe la fraction du complément de contribution supportée par la commune d'Antony.

Article 4 : Le SMAVM versera à la commune d'Antony la somme de 2 500 (deux mille cinq cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des deux requêtes est rejeté.

Article 6 : Les conclusions du SMAVM présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à la commune d'Antony et au Syndicat Mixte Autolib' Vélib' Métropole.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gracia, président,

Mme Merino, première conseiller,

Mme Renvoise, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.

La rapporteure,

M. MERINO

Le président,

J-Ch. GRACIA La greffière,

C. YAHIAOUI

La République mande et ordonne au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2 et 2104812/3-3

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