mardi 13 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2010526 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | RIOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 20 juillet 2020, le 1er mars 2021 et
le 20 avril 2022, Mme B C, représentée par Me Riou, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 19 avril 2019 par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande de regroupement familial, ensemble la décision du 26 août 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique ;
2°) d'enjoindre au préfet de police la délivrance d'un titre de séjour à son enfant,
Mme A F, au titre du regroupement familial, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Elle soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'erreurs de droit ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 août 2020, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mai 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 15 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 11 mai 2022, 12 heures.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 mai 2020 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales ;
- la convention du Conseil de l'Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l'égard des femmes et la violence domestique ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Sueur, greffière d'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, ressortissante malienne née en 1971, a sollicité une demande de regroupement familial en vue de l'admission au séjour de sa fille aînée, Alima F née en 2002. Par un arrêté du 19 avril 2019, le préfet de police a rejeté cette demande et par une décision du 26 août 2019, le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal l'annulation de ces deux décisions.
2. En premier lieu, si Mme C soutient que les deux décisions ont été prises par des autorités incompétentes, d'une part, M. G D a reçu délégation de signature par arrêté n° 2018-00802 du 20 décembre 2018, publié au recueil des actes administratifs spécial du 21 décembre 2018, à l'effet de signer au nom du préfet de police tous actes, arrêtés et décisions. Par suite, M. D était compétent pour signer au nom du préfet de police l'arrêté du 19 avril 2019 rejetant la demande de regroupement familial de Mme C.
3. D'autre part, M. I H a reçu délégation de signature par une décision du 9 octobre 2017, publiée au journal officiel de la République française du 14 octobre 2017, à l'effet de signer au nom du ministre de l'intérieur, tous actes, arrêtés et décisions, à l'exclusion des décrets. Par suite, M. H était compétent pour signer au nom du ministre de l'intérieur la décision du 26 août 2019 rejetant le recours hiérarchique de Mme C.
4. Il résulte de ce qui précède que le moyen d'incompétence invoqué par Mme C manque en fait et doit être écarté.
5. En deuxième lieu, si Mme C soutient que l'arrêté du 19 avril 2019 et la décision du 26 août 2019 sont insuffisamment motivés, il ressort des pièces du dossier que les décisions attaquées comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles mentionnent notamment les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressée. Elles sont, par suite, suffisamment motivées au regard des exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 411-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " Le regroupement familial peut également être sollicité pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et ceux de son conjoint dont, au jour de la demande, la filiation n'est établie qu'à l'égard du demandeur ou de son conjoint ou dont l'autre parent est décédé ou déchu de ses droits parentaux. " Aux termes de l'article L. 411-6 du même code : " Peut être exclu du regroupement familial : / [] / 3° Un membre de la famille résidant en France. "
7. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet, même s'il dispose d'un pouvoir de régularisation, est en droit de rejeter la demande dans le cas où l'intéressé ne justifierait pas remplir l'une ou l'autre des conditions légalement requises, notamment lorsque le membre de la famille objet de la demande est présent sur le territoire français.
8. Il est constant que la fille de Mme C est entrée en France en 2017 et qu'elle était donc déjà présente sur le territoire national lors du dépôt de la demande de regroupement familial auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 27 avril 2018. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que les décisions attaquées ont méconnu l'article L. 411-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'alinéa 10 du préambule de la Constitution de 1946 : " La Nation assure à l'individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement. "
10. Il ressort des pièces du dossier que, à la date des décisions attaquées, Mme C était titulaire d'une carte de résident sur le territoire français valable jusqu'en 2028 et que l'enfant mineure était déjà titulaire d'un document de circulation pour étranger mineur. En tout état de cause, les décisions litigieuses n'ont ni pour effet de remettre en cause le droit au séjour de l'intéressée, ni de la contraindre à quitter le territoire français. Ainsi, elles ne font pas obstacle à la poursuite de la vie privée et familiale en France de la requérante et de ses enfants. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur et le préfet de police n'ont pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales, ni l'alinéa 10 du préambule de la Constitution de 1946. Eu égard à ce qui vient d'être analysé, ils n'ont pas non plus entaché leurs décisions d'une erreur manifeste d'appréciation.
11. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Aux termes de l'article 10-1 de la même convention : " Conformément à l'obligation incombant aux Etats parties en vertu du paragraphe 1 de l'article 9, toute demande faite par un enfant ou ses parents en vue d'entrer dans un Etat partie ou de le quitter aux fins de réunification familiale est considérée par les Etats parties dans un esprit positif, avec humanité et diligence. Les Etats parties veillent en outre à ce que la présentation d'une telle demande n'entraîne pas de conséquences fâcheuses pour les auteurs de la demande et les membres de leur famille. "
12. Ainsi qu'il a été dit au point 10, les décisions attaquées n'ont pas pour effet de séparer l'enfant de leur mère, dans la mesure où elles ne sont pas assorties d'une mesure d'éloignement. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur et le préfet de police n'ont pas méconnu les stipulations précitées des articles 3-1 et 10-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, et n'ont pas davantage entaché leurs décisions d'une erreur manifeste d'appréciation.
13. Aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " Aux termes de l'article 59 de la convention du Conseil de l'Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à égard des femmes et la violence domestique : " [] 3. Les Parties délivrent un permis de résidence renouvelable aux victimes, dans l'une ou les deux situations suivantes : / a. lorsque l'autorité compétente considère que leur séjour est nécessaire au regard de leur situation personnelle ; [] ". Aux termes de l'article 61 de la même convention : " 1. Les Parties prennent les mesures législatives ou autres nécessaires pour respecter le principe de non-refoulement, conformément aux obligations existantes découlant du droit international. / 2. Les Parties prennent les mesures législatives ou autres nécessaires pour que les victimes de violence à l'égard des femmes nécessitant une protection, indépendamment de leur statut ou lieu de résidence, ne puissent en aucune circonstance être refoulées vers un pays où leur vie serait en péril ou dans lequel elles pourraient être victimes de torture ou de peines ou traitements inhumains ou dégradants. "
14. Si Mme C fait valoir qu'elle a fait venir sa fille en France pour lui éviter de subir des tortures ou traitements inhumains, notamment des excisions et mariages forcés, et qu'il ressort des pièces du dossier que la requérante ainsi que sa fille ont elles-mêmes subi une excision, ainsi qu'il a été dit au point 10, les décisions attaquées ne sont pas assorties d'une mesure d'éloignement. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur et le préfet de police n'ont ni méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales, ni celles des articles 59 et 61 de la convention du Conseil de l'Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à égard des femmes et la violence domestique, ni davantage entaché leurs décisions d'une erreur manifeste d'appréciation.
15. De surcroît, il ressort des pièces du dossier que, postérieurement aux décisions attaquées, la fille aînée de Mme C, Alima F, s'est vue délivrée une carte de séjour pluriannuelle renouvelable valable jusqu'au 17 juin 2023.
16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée, y compris, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Ladreyt, président,
M. Gandolfi, premier conseiller,
Mme Leravat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2022.
Le président,
J-P. LADREYT
La rapporteure,
C. E
La greffière,
L. SUEUR
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026