jeudi 23 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2013087 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET DELABY DORISON AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 août 2020, M. A C, représenté par la selarl d'avocats Delaby Dorison, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux auxquels il a été assujetti au titre des années 2012 et 2013, outre les droits supplémentaires de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période couvrant le 1er octobre 2012 au 31 décembre 2013, ainsi que des pénalités et intérêts de retard afférents à ces cotisations et à ces droits ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'a pas bénéficié d'un débat oral et contradictoire ;
- l'administration fiscale n'a pas suffisamment motivé le rejet de sa comptabilité, ce qui vicie la procédure de reconstitution des revenus ce d'autant que l'absence de valeur probante de celle-là n'est pas établie ;
- la méthode de reconstitution des revenus est viciée dans son principe.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 février 2021, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts,
- le livre des procédures fiscales,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Belkacem,
- les conclusions de Mme Mauclair, rapporteure publique,
- et les observations de Me Dorison pour M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C qui exerce une activité de chirurgien plastique à titre libéral, à la fois dans son cabinet situé à Paris (16ème arrondissement) et au sein de cliniques privées situées en région parisienne et en Guyane, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2013 et, concomitamment, d'un contrôle portant sur sa situation fiscale personnelle au titre des années 2013 et 2014. A l'issue des opérations de contrôle de la vérification de comptabilité, qui se sont déroulées du 7 mai 2015 au 24 juillet suivant, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et rehaussements du résultat imposable à l'impôt sur le revenu ont été notifiés à M. C par une proposition de rectification du 27 juillet 2015. Par une lettre du 25 septembre 2015, le requérant a, par l'intermédiaire d'un cabinet comptable, adressé des observations à l'administration fiscale, qui a modifié les rehaussements, en abaissant le montant des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, tout en augmentant le montant du résultat imposable à l'impôt sur le revenu, ainsi que cela résulte d'une proposition de rectification du 16 novembre 2015. Puis, par une lettre du 19 janvier 2016, le requérant a exercé un recours hiérarchique, tout en sollicitant la saisine de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires. Par une décision du 12 mai 2016, intervenue sur le recours hiérarchique, les rectifications ont été maintenues, tandis que, par un avis émis le 24 novembre 2016, la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires a également proposé le maintien des rehaussements. Parallèlement, à l'issue des opérations de l'examen fiscale de la situation personnelle de M. C, qui se sont déroulées du 22 juin 2015 au 2 juin 2016, l'administration fiscale a notifié notamment des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu, résultant du rehaussement du bénéfice non imposable, par une proposition de rectification du 2 juin 2016. Par des réclamations contentieuses datées du 28 décembre 2018 et du 30 décembre 2019, adressées par l'intermédiaire de son conseil à l'administration fiscale, le requérant a demandé le dégrèvement de l'ensemble des impositions mises en recouvrement, le 17 juillet 2017, s'agissant des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, et les 15 septembre 2017 et 12 décembre 2018 s'agissant des autres impositions. Par une décision du 23 janvier 2020, l'administration a rejeté ces réclamations. Par la présente requête, M. C demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux auxquels il a été assujetti au titre des années 2012 et 2013, outre les droits supplémentaires de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période couvrant le 1er octobre 2012 au 31 décembre 2013, ainsi que des pénalités et intérêts de retard afférents à ces cotisations et à ces droits.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
2. Aux termes de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales : " I. - Les agents de l'administration des impôts vérifient sur place, en suivant les règles prévues par le présent livre, la comptabilité des contribuables astreints à tenir et à présenter des documents comptables () ". Dans le cas où la vérification de la comptabilité d'une entreprise a été effectuée, soit, comme il est de règle, dans ses propres locaux, soit, si son dirigeant ou représentant l'a expressément demandé, dans les locaux du comptable dans lesquels sont déposés les documents comptables, c'est au contribuable qui allègue que les opérations de vérification ont été conduites sans qu'il ait eu la possibilité d'avoir un débat oral et contradictoire avec le vérificateur de justifier que ce dernier se serait refusé à un tel débat.
3. Si, le requérant soutient qu'il a été privé de la garantie attachée à un débat oral et contradictoire, dès lors qu'il n'a pas été en mesure d'expliquer les particularités professionnelles de son activité de chirurgien plasticien, ni de réfuter les allégations de son ex-épouse à partir desquelles la reconstitution a été opérée lors des opérations de contrôle, il résulte toutefois de l'instruction que ces opérations de vérification, intervenues du 7 mai 2015 au 24 juillet suivant, se sont toutes tenues dans les locaux du cabinet d'expertise comptable mandaté à cette effet par le requérant, et ce, à sa demande. M. C, qui a alors la charge de la preuve, n'apporte aucun élément de nature à établir que le vérificateur, se serait, lors de ses interventions, refusé à tout échange de vues avec lui. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :
S'agissant du rejet de la comptabilité :
4. Aux termes de l'article 54 du code général des impôts : " Les contribuables mentionnés à l'article 53 A sont tenus de représenter à toute réquisition de l'administration tous documents comptables, inventaires, copies de lettres, pièces de recettes et de dépenses de nature à justifier l'exactitude des résultats indiqués dans leur déclaration. Si la comptabilité est tenue en langue étrangère, une traduction certifiée par un traducteur juré doit être représentée à toute réquisition de l'administration ". Aux termes de l'article 55 du même code : " Le service des impôts vérifie les déclarations. Il peut rectifier les déclarations en se conformant à la procédure prévue à l'article L. 55 du livre des procédures fiscales ". Enfin, aux termes de l'article 99 de ce code dans sa rédaction applicable au litige : " Les contribuables soumis obligatoirement au régime de la déclaration contrôlée ou qui désirent être imposés d'après ce régime sont tenus d'avoir un livre-journal servi au jour le jour et présentant le détail de leurs recettes et de leurs dépenses professionnelles. Le livre-journal tenu par les contribuables non adhérents d'une association de gestion agréée comporte, quelle que soit la profession exercée, l'identité déclarée par le client ainsi que le montant, la date et la forme du versement des honoraires. Ils doivent en outre tenir un document appuyé des pièces justificatives correspondantes, comportant la date d'acquisition ou de création et le prix de revient des éléments d'actif affectés à l'exercice de leur profession, le montant des amortissements effectués sur ces éléments, ainsi qu'éventuellement le prix et la date de cession de ces mêmes éléments. Ils doivent conserver ces registres ainsi que toutes les pièces justificatives selon les modalités prévues aux deux premiers alinéas du I de l'article L102 B du livre des procédures fiscales () ".
5. Pour écarter la valeur probante de la comptabilité présentée par M. C, et partant pour rejeter celle-ci, l'administration fiscale s'est fondée sur la globalisation des recettes, l'absence de comptabilisation des recettes en matière de taxe sur la valeur ajoutée, l'absence de compte client, l'existence d'un compte caisse créditeur, l'absence de justificatifs et des écritures erronées.
6. Si le requérant soutient que l'administration fiscale ne pouvait lui reprocher la globalisation de ses recettes, en fonction du mode de paiement, dès lors qu'il aurait produit tous les justificatifs permettant des recoupements et une individualisation des recettes, il résulte, toutefois, de l'instruction, que, lors des opérations de contrôle, M. C n'a pas produit le livre journal retraçant au jour le jour le paiement ou leur affectation, ni aucun autre document établissant une individualisation des paiements. De plus, le requérant ne produit aucun des justificatifs allégués dans le cadre de la présente instance. En outre, le requérant ne peut utilement se prévaloir de sa méconnaissance des dispositions régissant la taxe sur la valeur ajoutée applicable à son activité pour contester le rejet de sa comptabilité sur ce point. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que la comptabilité en litige ne précisait pas l'existence d'un compte client, tout en faisant état d'impayés, alors que l'absence d'un tel compte implique l'absence de créances auprès des clients, révélant ainsi une incohérence, et partant un manque de sincérité. Dans ces circonstances, alors même que cela reste sans incidence sur le résultant imposable, l'administration fiscale pouvait écarter la valeur probante de la comptabilité. Enfin, le requérant ne conteste pas l'existence d'un compte caisse créditeur et d'écritures comptables erronées, mais se borne à invoquer des erreurs sans incidence sur le résultat imposable, qui justifiaient légalement le rejet de la comptabilité. Par suite, la comptabilité présentée était irrégulière et c'est à bon droit qu'elle a été considérée par l'administration comme n'étant pas probante.
S'agissant de la charge de la preuve :
7. D'une part, aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Aux termes de l'article R.* 193-1 du livre des procédures fiscales : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ". En l'espèce, il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a procédé à la taxation d'office des rappels de taxe sur la valeur ajoutée en litige, en application des dispositions du 3° de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales, en raison de l'absence de dépôt des déclarations de taxe pour l'année 2013. Par suite, le requérant supporte la charge de la preuve du caractère exagéré de l'imposition en litige.
8. D'autre part, aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsque l'une des commissions ou le comité mentionnés à l'article L. 59 est saisi d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission ou le comité. Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission ou du comité. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge. Elle incombe également au contribuable à défaut de comptabilité ou de pièces en tenant lieu, comme en cas de taxation d'office à l'issue d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle en application des dispositions des articles L. 16 et L. 69 ". Comme il a été dit précédemment, la comptabilité du requérant a été rejetée comme irrégulière, incomplète et non probante car elle comportait de graves irrégularités tenant, en particulier, à l'absence de justificatifs détaillés des recettes professionnelles pour la période soumise à vérification. En outre, il est constant que la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires s'est prononcée, dans un avis émis le 24 novembre 2016, en faveur du maintien du rehaussement. Dès lors, M. C supporte également la charge de la preuve du caractère exagéré des autres impositions en litige.
S'agissant de la méthode de reconstitution :
9. Pour reconstituer le chiffres d'affaires réalisé par M. C, le service a obtenu, en exerçant son droit de communication auprès des établissements au sein desquels exerce le requérant, le nombre de patients qu'il a opérés au cours des années 2012 et 2013. Il a également pu, sur autorisation du 1er juillet 2015, consentie par le juge, consulter le dossier de procédure de l'instance de divorce, qui comportait une grille tarifaire des interventions du requérant en Guyane portant la mention " 09/2012 ", laissant apparaître un tarif de 1 800 euros pour le plus bas et de 7 000 euros pour le plus élevé, alors même que le requérant avait indiqué l'inexistence d'une telle grille lors des opérations de contrôle. En se fondant sur ces tarifs, ainsi que la consultation de son site internet, le service a retenu une moyenne de 3 800 euros par intervention mammaire, appliquée au nombre de patients opérés en 2012 et 2013, en estimant qu'il s'agissait de l'activité principale du requérant outre une somme globale de 30 000 euros au titre des activités exercées au sein de son propre cabinet et consistant en des injections. Le requérant ne conteste pas sérieusement la méthode retenue par l'administration fiscale en faisant valoir que la somme retenue présente un caractère global en ce qu'elle comporte les honoraires d'autres confrères ou des prestations, que son activité ne peut être regardée comme portant exclusivement sur des interventions mammaires, ou bien encore que le nombre de patients est erroné, faute d'apporter le moindre élément de nature à établir la réalité de ses allégations, alors qu'il supporte la charge de la preuve. Il en est de même s'agissant de la somme globale de 30 000 euros, dont il résulte de l'instruction, qu'elle a été reconstituée à partir du chiffre d'affaires de l'année 2014, et pour lequel une réfaction de 10 % a été appliquée pour tenir compte de l'évolution de cette activité.
10. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander la décharge des impositions en litige. Par suite, les conclusions présentées à cette fin doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Les dispositions de cet article font obstacle à ce que l'administration fiscale, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamnée à verser au requérant la somme que celui-ci demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Par suite, ces conclusions doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.
Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Fouassier, président,
Mme Belkacem, première conseillère,
Mme Marchand, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.
La rapporteure,
N. BelkacemLe président,
C. FOUASSIER
La greffière,
C. EL HOUSSINE
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
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