vendredi 14 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2014184 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 4e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET COLL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des mémoires et un mémoire récapitulatif enregistrés les 7 septembre 2020, 19 octobre 2020, 1er décembre 2022 et 22 février 2023, Mme B A, représentée par Me Coll, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a refusé de faire droit à sa demande de mutation sur les postes pour lesquels elle avait formulé des vœux ;
2°) d'annuler l'arrêté par lequel le garde des sceaux, ministre de la justice, a prononcé les mutations des fonctionnaires sur ces postes ;
3°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, de modifier la liste des fonctionnaires mutés et de lui accorder sa mutation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- la décision de refus de mutation est insuffisamment motivée ;
- l'administration n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit, l'administration ayant priorisé les critères prévus par les lignes directrices de gestion par rapport à ceux prévus par les dispositions de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 ;
- elle est entachée d'une erreur de fait, l'administration n'établissant pas les motifs pour lesquels sa candidature n'a pas été privilégiée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; le centre de ses intérêts matériels et moraux est situé outre-mer ; elle relève de l'une des catégories prévues par les dispositions de l'article L. 5212-13 du code du travail ; elle exerce ses fonctions dans un quartier urbain où se posent des problèmes sociaux et de sécurité particulièrement difficiles ; elle bénéficie de bons états de service, elle est parent isolé et son état de santé justifie sa mutation ;
- le non-respect par l'administration des règles qu'elle a elle-même établies entraîne une rupture d'égalité de traitement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mai 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable, Mme A ne produisant ni le relevé des décisions de la mobilité des attachés d'administration du ministère de la justice du 9 mars 2020, ni les arrêtés de mutation des fonctionnaires ;
- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 janvier 2023, Mme C D conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- le moyen tiré de l'irrégularité de la composition de la commission administrative paritaire est inopérant ;
- les autres moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Blusseau, conseiller ;
- et les conclusions de M. Degand, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A est attachée d'administration de l'Etat au ministère de la justice et a été affectée à la mission de modernisation au sein du pôle SIRH (système d'information des ressources humaines) dans les fonctions de chef de projet. Le 17 janvier 2020, elle a demandé sa mutation dans le cadre de la campagne de mobilité des attachés d'administration sur le poste de responsable du service administratif et financier au centre pénitentiaire de Baie-Mahault en Guadeloupe, le poste de responsable de l'appui au pilotage territorial à la direction interrégionale de la protection judiciaire et de la jeunesse en Martinique, le poste de chef de cabinet des chefs de cours à la cour d'appel de Cayenne et le poste de chef de la section de la gestion des personnels de l'encadrement supérieur au secrétariat général à Paris. Le 15 juin 2020, le garde des sceaux, ministre de la justice, a diffusé le relevé des décisions rectificatif de la mobilité des attachés d'administration du ministère de la justice au titre de la campagne 2020 sur lequel le nom de l'intéressée ne figure pas et sur lequel figure le nom de Mme C D, affectée sur le poste de responsable du service administratif et financier au centre pénitentiaire de Baie-Mahault en Guadeloupe. Mme A demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a refusé de faire droit à sa demande de mutation et la décision de mutation de Mme D.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes des dispositions de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat alors en vigueur : " I. - L'autorité compétente procède aux mutations des fonctionnaires en tenant compte des besoins du service. /II. - Dans toute la mesure compatible avec le bon fonctionnement du service et sous réserve des priorités instituées à l'article 62 bis, les affectations prononcées tiennent compte des demandes formulées par les intéressés et de leur situation de famille. Priorité est donnée : /1° Au fonctionnaire séparé de son conjoint pour des raisons professionnelles, ainsi qu'au fonctionnaire séparé pour des raisons professionnelles du partenaire avec lequel il est lié par un pacte civil de solidarité s'il produit la preuve qu'ils se soumettent à l'obligation d'imposition commune prévue par le code général des impôts ; /2° Au fonctionnaire en situation de handicap relevant de l'une des catégories mentionnées aux 1°, 2°, 3°, 4°, 9°, 10° et 11° de l'article L. 5212-13 du code du travail ; /3° Au fonctionnaire qui exerce ses fonctions, pendant une durée et selon des modalités fixées par décret en Conseil d'Etat, dans un quartier urbain où se posent des problèmes sociaux et de sécurité particulièrement difficiles ; /4° Au fonctionnaire qui justifie du centre de ses intérêts matériels et moraux dans une des collectivités régies par les articles 73 et 74 de la Constitution ou en Nouvelle-Calédonie ; () ".
3. Lorsque, dans le cadre d'un mouvement de mutation, un poste a été déclaré vacant, l'administration doit comparer l'ensemble des candidatures dont elle est saisie, au titre des mutations, en fonction, d'une part, de l'intérêt du service, d'autre part, si celle-ci est invoquée, de la situation de famille des intéressés appréciée, pour ce qui concerne les agents qui demandent leur mutation, compte tenu des priorités fixées par les dispositions de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984.
En ce qui concerne la décision de refus de mutation sur le poste de responsable du service administratif et financier au centre pénitentiaire de Baie-Mahault en Guadeloupe et le poste de chef de la section de la gestion des personnels de l'encadrement supérieur au Secrétariat général à Paris :
4. En premier lieu, la décision par laquelle l'administration refuse la mutation d'un fonctionnaire n'est pas au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. En outre, aucune autre disposition législative ou réglementaire n'impose qu'une telle décision fasse l'objet d'une motivation. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que les décisions attaquées ont été prises après un examen réel et sérieux de la situation personnelle de Mme A. Par suite, ce moyen doit être écarté.
6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que pour refuser de faire droit à la demande de mutation de Mme A sur le poste proposé en Guadeloupe et celui proposé à Paris, l'administration a pris en compte les profils qui, après un entretien, se révèlent être les meilleurs pour les occuper et, dans le cadre de cette démarche, a constaté que Mme A ne justifie pas de l'ensemble des compétences et aptitudes requises pour y être mutée. En faisant ainsi prévaloir l'intérêt du service afin de sélectionner les agents les plus adaptés aux postes à pourvoir, ainsi que le prévoient les dispositions précitées de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984, elle n'a pas commis d'erreur de droit.
7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que la candidature de Mme A au poste de responsable du service administratif et financier au centre pénitentiaire de Baie-Mahault n'a pas été retenue au motif que, au regard de ses acquis actuels, sa candidature ne lui permet pas d'être opérationnelle à court terme. Il en ressort également que sa candidature au poste de chef de la section de la gestion des personnels de l'encadrement supérieur au secrétariat général à Paris n'a pas été retenue au motif qu'elle n'a pas travaillé dans le management hiérarchique depuis six ans, qu'elle ne connaît pas le domaine de la paie, ni celui de la gestion administrative, que lors de son entretien de mise en situation elle est restée très théorique et peu efficace dans son approche, qu'elle a montré des carences trop importantes et que ses demandes de télétravail sont inadaptées par rapport au calendrier du poste. Dans ces conditions, les circonstances que Mme A bénéficie du centre de ses intérêts matériels et moraux outre-mer, qu'elle relève de l'une des catégories prévues par les dispositions de l'article L. 5212-13 du code du travail et qu'elle exerce dans un quartier urbain où se posent des problèmes sociaux et de sécurité particulièrement difficiles, ce qui correspond aux critères de priorité de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984, lesquels sont secondaires par rapport à l'intérêt du service, ne sont pas utilement invoqués. Il en est de même de ce qu'elle dispose de très bons états de service dans des fonctions différentes de celles à pourvoir, et de la double circonstance qu'elle est un parent isolé et que son état de santé justifierait sa mutation. Par suite, alors même qu'il n'est pas établi que la manière de servir de l'agent retenu était plus satisfaisante, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
8. En cinquième lieu, il résulte de ce qui est dit au point 7 du présent jugement que le garde des sceaux, ministre de la justice, établit les faits sur lesquels ces deux décisions de mutation sont fondées et leur inexactitude ne ressort pas des pièces du dossier. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
9. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance du principe d'égalité de traitement des agents publics doit être écarté.
En ce qui concerne la décision de refus de mutation sur le poste de responsable de l'appui au pilotage territorial à la direction interrégionale de la protection judiciaire et de la jeunesse en Martinique et de chef de cabinet des chefs de cours à la cour d'appel de Cayenne :
10. En premier lieu, la décision par laquelle l'administration refuse la mutation d'un fonctionnaire n'est pas au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. En outre, aucune autre disposition législative ou réglementaire n'impose qu'une telle décision fasse l'objet d'une motivation. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
11. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que les postes situés en Martinique et en Guyane n'étaient pas vacants. Par suite, la requérante ne peut utilement soutenir que la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, d'une erreur de droit, d'une erreur de fait, d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance du principe d'égalité de traitement des agents publics.
12. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, les conclusions à fin d'annulation de Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Mme C D et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 31 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Aubert, présidente,
M. Julinet, premier conseiller,
M. Blusseau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 avril 2023.
Le rapporteur,
A. BLUSSEAU
La présidente,
S. AUBERT
La greffière,
A. LOUART
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026